Juriste d’entreprise : un métier en mal de reconnaissance

Face à la multiplication des réglementations, le juriste d’entreprise est devenue en quelques années incontournable.
Droit des sociétés, droit du travail, fiscalité, contrats, gestion des contentieux, assurance…, ses compétences sont larges et diversifiées.

S’il est un métier méconnu sur la place, c’est bien celui de juriste d’entreprise. Pourtant, son champ d’action est de loin l’un des plus intéressants. Spécialiste du droit, le juriste est en effet associé à toutes les grandes décisions commerciales, financières et techniques. S’il traite prioritairement les affaires de contentieux et vérifie la légalité des contrats, il est de plus en plus souvent associé aux négociations avec les clients ou les partenaires. Son rôle est alors d’évaluer les risques des opérations menées et d’imaginer les montages juridiques les plus avantageux pour l’entreprise. Il lui arrive ainsi d’accompagner les décideurs à l’extérieur pour discuter les termes d’un accord. «Dans un contexte de concurrence accrue et d’internationalisation des affaires, le juriste est alors devenu un acteur majeur dans la stratégie des entreprises», souligne Mohammed Jamal Maatouk, premier vice-président de l’Association des juristes d’entreprises au Maroc (AJEM).
On peut dire que le juriste s’est affirmé de plus en plus ces dernières années. Les services juridiques sont plus ou moins importants selon la taille de l’entreprise. De nouvelles fonctions sont apparues avec le développement de questions de droit plus spécifiques et la complexité croissante des cas. C’est pourquoi le juriste d’entreprise peut aussi être un spécialiste. Son arme d’appoint : se tenir informé de l’évolution des lois. Il doit être compétent dans l’ensemble des domaines qui requièrent son intervention : droit des sociétés, droit du travail, fiscalité, contrats, gestion des contentieux, assurance, immobilier.
Son activité peut par ailleurs s’étendre à des domaines très divers : affaires internationales, marché européen, protection de la propriété industrielle et de la propriété intellectuelle, marketing et consommation, produits financiers, informatique et nouvelles technologies de communication, environnement. Mais nos juristes ne sont pas encore arrivés à ce stade de compétition.

Des possibilités de promotion très limitées
Les promotions restent difficiles à obtenir pour le juriste d’entreprise en raison de la spécificité de ses tâches. C’est une fonction peu, voire pas du tout hiérarchisée. On trouve généralement le responsable juridique de l’entreprise assisté d’un ou de plusieurs collaborateurs. La possibilité d’évolution se fait donc en passant dans une société de plus grande taille ou en proposant un poste plus important. «Il peut toujours s’orienter vers des fonctions moins juridiques telles que les ressources humaines, les fonctions administratives…», note Younes Mouhib, DG du cabinet de recrutement Positif Conseil.
Pour exercer cette profession, une formation supérieure en droit (DEA ou DESS) est de mise. Hormis les universités de droit, les écoles privées, à l’image de IMADE, proposent dans leurs catalogues des cursus spécialisés comme le droit des affaires, le droit des assurances, le droit de la concurrence, de la consommation et de la propriété industrielle et bien d’autres disciplines.
En banque d’affaires, la formation juridique est très souvent complétée par un diplôme supplémentaire. Une expérience de plus de cinq années est nécessaire en qualité de juriste bancaire, de juriste d’affaires ou de juriste contentieux. Elle peut être acquise soit au sein de la banque avec un avancement obtenu par promotion interne, soit au sein d’une autre structure. Les juristes ayant une expérience importante en cabinet, et même des magistrats, peuvent également être retenus pour assurer cette responsabilité.

Un juriste débute à 4 000 DH seulement
Si elle est généralement considérée comme passionnante, un aspect de cette profession vient mettre un bémol à l’engouement qu’elle suscite : elle est très mal rémunérée, selon les professionnels. On sait qu’en France, par exemple, un juriste débute à 15 000 DH environ. Au Maroc, les salaires sont bien en dessous de ce niveau. Ainsi, un junior perçoit à peine 4 000 DH et ne dépasse guère 8 000 DH avec quelques années d’expérience, et le senior ne gagne pas beaucoup plus. Le salaire d’un directeur juridique dépasse rarement les 22 000 DH. Il émarge loin derrière un directeur financier ou un DRH. «Les salaires sont encore dérisoires. On est les moins bien lotis si l’on considère l’importance des missions qu’on effectue», déplore Kamal Bennani, cadre juridique dans une entreprise de la place. Il faut dire que la vigilance n’a pas encore de prix

Le salaire d’un directeur juridique dépasse rarement les 22 000 DH. Il émarge loin derrière un directeur financier ou un DRH.

La profession est encore peu hiérarchisée et la seule façon d’évoluer est d’intégrer à une entreprise plus importante ou de s’orienter vers des fonctions moins juridiques comme les ressources humaines.