Ils font passer les décisions difficiles en y mettant la forme

Mohammed Benboubker
DG de Freelance.com
«Ne regrettez jamais vos choix, il y va de votre crédibilité»
«Je préfère toujours privilégier la franchise pour annoncer une mauvaise nouvelle. Il faut avant tout établir une relation de confiance et prendre un certain nombre de précautions. Par exemple, vous ne pouvez pas évoquer les mauvais résultats de l’entreprise alors que vous sortirez une voiture à 1MDH quelques mois après. Il y va de votre crédibilité.
Des décisions difficiles, on en prend souvent. J’ai dû me séparer de quelques collaborateurs durant ma vie professionnelle, mais toujours avec respect et estime. La plus pénible a été le licenciement de mon ancienne assistante. Même si elle a été présente dès le démarrage de la société, elle n’arrivait plus à suivre par la suite. A plusieurs reprises, j’ai essayé de la mettre dans le coup mais sans résultat. J’ai réfléchi tout un week-end avant de le lui annoncer. On a dû se séparer à l’amiable sans trop de fracas. D’ailleurs, j’ai voulu l’indemniser largement pour services rendus. J’ai également agi de la sorte pour rassurer les autres. Autre principe, c’est de ne jamais regretter ses choix. Si je m’amuse à le faire, je perds ma crédibilité et la confiance des autres. Il faut toujours être sûr et convaincu de ses décisions, qu’elles soient bonnes ou mauvaises.»

Mohamed Alami
DG d’une entreprise de distribution
«J’explique clairement mes intentions à l’équipe»
«Chaque matin, j’ai des décisions difficiles à prendre, concernant principalement la réorganisation des tâches quotidiennes. Dans le secteur agroalimentaire, tout va vite. Je suis sans cesse à la recherche de nouvelles formules, de nouveaux fournisseurs, de nouveaux débouchés…Nous alimentons chaque jour une centaine de points de vente en produits alimentaires.
J’ai une équipe de six commerciaux et le rythme de travail peut être parfois très soutenu. Malheureusement, pour gagner en efficacité, le confort de mes collaborateurs en prend parfois un sérieux coup. Ils se font violence pour fonctionner autrement et je me garde de les bousculer à tout moment. Une fois que ma décision est prise, je veille à expliquer clairement mes intentions à l’équipe et à les impliquer pour ne pas les mettre hors du coup. Comment les garder motivés ? Je leur laisse le soin d’organiser par eux-mêmes le ravitaillement des points de vente. Comme les répercussions sur le plan moral peuvent être néfastes, j’essaye au maximum de rester attentif à leurs préoccupations. Le plus souvent, je leur accorde une demi-journée libre en dehors du repos hebdomadaire pour s’aérer l’esprit.»

Abdellah El Mokhtari
Directeur informatique dans un groupe
«Je donne toujours à mes collaborateurs l’occasion de se reprendre»
«Des décisions difficiles, j’en prends assez souvent, surtout pour ce qui est des avertissements ou encore des licenciements. Pour ce dernier point, je prend particulièrement en compte l’aspect humain avant de remercier un collaborateur. Récemment, j’ai eu affaire à une fuite d’informations confidentielles de la part d’un collaborateur. La sanction aurait dû être sans appel : licenciement pour faute grave. Mais ça n’a pas été le cas. Le collaborateur en question avait en effet une quinzaine d’années d’ancienneté dans l’entreprise et il était proche de la retraite. Une telle décision l’aurait pénalisé sur tous les plans. J’ai préféré le recevoir dans mon bureau et discuter carte sur table avec lui. J’ai décidé de le rétrograder, sans pour autant lui fermer toute possibilité. Je laisse parfois également le collaborateur me proposer des alternatives. J’ai eu un autre cas de décision importante à prendre : le licenciement de 180 salariés d’une filiale textile du groupe qui devait fermer pour crise financière. Même en étant en déficit permanent, nous avions tout de même pris du temps avant d’y procéder pour ne pas léser le personnel.» .