Gérer un patron difficile ? à‡a s’apprend

Inhibants, décourageants, les comportement de certains patrons peuvent
même vous conduire à la dépression.
Provoquer une discussion à ce sujet est toujours préférable
au laissez-faire.
Comment vous y prendre ? Quel langage utiliser ? Quelles méthodes employer : conseils utiles.

«Au bout de quatre ans je n’en pouvais plus !». Jamila, attachée de direction pourtant compétente, a quitté son emploi pour un autre, moins bien rémunéré et offrant moins de possibilités d’évolution. Son ancien patron ne lui manifestait aucun intérêt, était sec et cassant et la réprimandait souvent sans raison apparente. Son nouvel employeur, lui, est sympathique et n’hésite pas à la remercier ou à la féliciter. Le changement en valait-il la peine ? Pour Jamila, il était devenu impératif de franchir le pas. Aujourd’hui, elle a repris goût au travail et estime que le gain en motivation compense bien un salaire moins attrayant.
Le cas de cette attachée de direction n’est pas isolé. De nombreuses enquêtes sur la motivation des cadres montrent que les salariés quittent souvent leur emploi à cause du comportement de leur supérieur hiérarchique plutôt que pour des questions liées à l’entreprise. Il n’est pas rare de voir des salariés aller en grève pour demander le départ d’un responsable en raison de ses comportements. Outre les conflits sociaux, la pression qu’exercent les patrons difficiles a souvent des conséquences graves sur la santé de leurs collaborateurs. Ainsi, ce cadre d’une grande entreprise nous confie qu’il a été victime d’une dépression nerveuse à cause d’un «patron tyrannique».
En somme, la personnalité ou les comportements de certains patrons, des supérieurs hiérarchiques également, rendent le climat de travail désagréable, voire malsain et, par les frustrations ou disputes qu’ils engendrent, nuisent énormément à la productivité. En effet, il ne suffit plus d’avoir des compétences techniques pour réaliser de bons résultats, il faut aussi savoir gérer ces impondérables, sachant que la fuite n’est pas la bonne solution. Autrement dit, il ne suffit pas de déposer sa démission pour régler le problème. Vous risquez de retrouver la même situation ailleurs, si ce n’est pire. Patron anxieux, perfectionniste, hypertendu, conservateur ou nombriliste, les chances de tomber sur un de ces profils au sein d’une entreprise ne sont pas négligeables.
A vous d’agir pour ne pas être pris dans le cercle vicieux du doute. Ce n’est pas irréalisable. Ainsi, après avoir survécu à une relation tendue de plus de deux ans avec un patron difficile, Kamal Alaoui se réjouit de l’embellie des relations professionnelles. «Nous avons appris à nous connaître mutuellement. Nous ne perdons plus de temps sur nos différends. Les réunions informelles permettent justement de discuter à bâtons rompus pour rapprocher nos positions».

Apprenez à mieux connaître votre patron
Il y a donc avantage à susciter une discussion avec son patron quelle que soit son tempérament. Ne serait-ce que parce qu’une relation de travail plus satisfaisante entraînera vraisemblablement une réduction de votre niveau de stress et une amélioration de votre confiance en vous, ce qui se répercutera sur la productivité.
Mais, avant d’attaquer le problème de front, il vous faudra prendre le temps de vous poser quelques questions. Pourquoi votre patron est-il toujours dans cet état ? Subit-il des pressions au travail ? Quelles sont ses forces et ses faiblesses ? En est-il conscient? Qu’apprécie-t-il particulièrement ? Qu’est-ce qui le fâche ou au contraire le rend impatient ?
Il est également utile de vous concerter à ce sujet avec vos collègues et d’être plus attentif à ce qui se passe autour de vous. En effet, une meilleure connaissance des processus mentaux et des motivations d’une personne facilite la compréhension que l’on a de celle-ci et accroît notre tolérance et notre sympathie à son égard. Votre patron est perfectionniste et il aime que les choses soient faites dans les règles de l’art : vous pouvez toujours le prendre à son propre piège en lui faisant reconnaître vos mérites sur tel problème résolu.
Il est anxieux : obligez-le à reconnaître que ses réactions sont démesurées et que, tôt ou tard, la problématique sera résolue. «Il faut aussi savoir fixer des limites. Je me consacre huit heures par jour à mon boulot. Il n’est pas question que je travaille en plus le week-end. J’ai aussi une vie privée à mener», note Samira T., cadre dans un groupe immobilier, qui ne manque pas de le faire savoir à son patron hyperactif. «Même un petit changement de comportement de sa part constitue une victoire», souligne Ahmed Al Motamassik, sociologue d’entreprise.

Les compliments sincères sont utiles pour rétablir la confiance
A l’évidence, l’amélioration de la relation avec votre patron est un défi qui ne peut être relevé en quelques heures. Il faut du temps, certaines capacités de recherche et d’analyse, et une bonne dose d’humilité.
Entre-temps, quelques gestes peuvent être utiles pour l’amélioration des rapports. A commencer par les compliments. Ils sont aussi importants pour les patrons que pour les employés, pour autant qu’ils soient sincères. Comme dans tout rapport conflictuel, il est important de savoir quand se battre et quand céder. Les patrons ont aussi des patrons. Si cela ne dépendait que de lui, peut-être vous laisserait-il plus de liberté. Mais la décision ne dépend peut-être pas de lui. Dans ces conditions, sachez le conforter dans l’atteinte des objectifs.
Il faut aussi prendre le temps d’évaluer les incidences de votre démarche. «Souvent, les collaborateurs partent avec l’idée qu’il ne pourront pas changer le comportement de leur supérieur», note M. Al Moutamassik. Une telle attitude entraîne automatiquement un repli sur soi ou, pire, la paranoïa. A moins qu’il ne soit un maniaque, un manager cherche avant tout un résultat par un style de management plus ou moins approprié. Par conséquent, on peut trouver une issue si on arrive à ouvrir le dialogue.