Faire l’essentiel le matin, revenir après la rupture… A chacun sa façon de s’organiser

Mounya El Mesri Consultante RH dans un cabinet de conseil
«Il faut s’attendre à une baisse du rendement collectif»
«Ramadan se ressent sur trois points majeurs. Le premier, bien évidemment, concerne les horaires de travail. Toutes les entreprises sont obligées de s’astreindre aux horaires du mois sacré. On est donc obligé de terminer les tâches habituelles avant la rupture du jeune.
Le deuxième point important concerne le rendement. On note une baisse du rendement individuel, principalement pendant la première semaine. Mais, dès que l’on s’habitue aux privations, la situation peut être redressée. Je constate en outre qu’avec l’horaire continu, on peut mieux avancer dans un travail qui demande beaucoup de concentration. Ce qui nous fait oublier les petits creux de midi.
Le dernier point concerne le travail en groupe ou en mode projet. En effet, il y a des personnes qui peuvent maintenir le rythme et d’autres pas, ce qui peut affecter au final le rendement collectif.»

Mohamed Sobhi Chef comptable (entreprise industrielle)
«Arriver tôt au travail pour gagner du temps»
«Le mois de Ramadan ne constitue pas forcément un handicap sur le plan professionnel. Certaines personnes arrivent un peu plus tard au travail, alors que le contraire est plus avantageux car on est plus disponible le matin, plus “frais”, à condition de n’avoir pas veillé toute la nuit.
Au-delà de ce mois, je pense qu’il faut repenser l’organisation du temps de travail. Même en temps normal, la productivité baisse au-delà de 16 h 30. La raison en est que beaucoup de gens qui travaillent loin de chez eux ne font pas de réelle coupure entre midi et 14 heures, mangent mal, ne se reposent pas vraiment ou perdent toute leur énergie dans les transports en commun et autres taxis. La vraie question est de savoir si l’on ne pourrait pas adopter définitivement la journée continue.»

Aziz Jallili Chef de projet (entreprise de sécurité, gardiennage…)
«Je donne le maximum pendant la matinée»
«Pendant Ramadan, je donne le maximum le matin, histoire de ne pas perdre de temps après. Il est vrai qu’après 14 heures, on est moins concentré. L’autre problème, c’est que le temps de travail est plus court que d’ordinaire. En temps normal, nous travaillons une heure de plus que pendant Ramadan. Cependant, l’entreprise récupère les heures non travaillées durant les autres mois car on est obligé de respecter les 44 heures hebdomadaires.
En revanche, rien ne change sur le terrain. Les agents de sécurité sont obligés de respecter les 12 heures de travail, que ce soit de 18 heures à 6 heures ou l’inverse. Pour certains, la rupture du jeûne se fait sur les lieux de travail. L’important, c’est d’assurer une continuité de service pour nos clients.»

Halima G. Contrôleur de gestion
«Je suis une adepte de l’horaire continu»
«Le rythme du mois de Ramadan me convient parfaitement au plan professionnel. Je suis en effet une fervente adepte de la journée continue qui permet, à mon avis, d’être plus productif. La journée de travail se déroule en effet avec une plus grande concentration et sans l’interruption de 12h à14h, avec tous ses inconvénients: déperdition d’énergie, multiplication des déplacements entre le domicile et le lieu de travail, stress des transports en commun ou de la conduite aux heures de pointe, baisse du tonus et envie irrépressible de faire une petite sieste après le déjeuner.
Après la journée de travail, je dispose de temps dans la soirée pour regarder la télévision, lire, voir mes amis, choses que je ne peux pas faire en temps normal, mes journées de travail se terminant tard.
Malheureusement, mes collègues ne sont pas forcément dans les mêmes dispositions, ce qui crée parfois un décalage et des épisodes de tension au sein de notre équipe.»

Said Bennani Responsable financier et administratif
«C’est aussi le mois par excellence où l’on fait le bilan»
«Ramadan est pour moi un mois de travail tout à fait normal. Comme je carbure au café, je m’arrange pour en prendre avant l’appel à la prière du matin. Cela me permet de rester éveillé durant la journée.
C’est aussi le mois par excellence où l’on fait le bilan. Sur le plan professionnel, on ne peut pas dire que le rythme est vraiment normal et l’on remarque que le flux d’éléments entrants est en légère baisse. Vu les activités nocturnes (prières, shor, veillées familiales…), le démarrage, surtout le matin, est plus difficile. Mais, au-delà de 10 heures, la cadence redevient comme celle d’un jour normal. De la même manière, le rythme baisse au début du mois, mais avec l’habitude, la cadence normale du travail reprend le dessus. Pour ma part, au-delà de ces aspects, je profite toujours du Ramadan pour faire un bilan professionnel, personnel et, pourquoi pas, spirituel.»

Mounir Belhaj Responsable de budget (agence de communication)
«Souvent, je retourne au bureau après le ftor»
«Ramadan ou pas, mon rythme de travail ne change pas. Je ne suis pas de ceux qui considèrent ce mois comme un prétexte pour lever le pied, à cause de la faim ou de la cigarette. Notre entreprise est d’habitude très flexible dans l’organisation du temps de travail, sauf peut-être pour les administratifs qui gèrent le quotidien. Nous sommes donc notés en fonction de nos résultats, à savoir la satisfaction du client en termes de délai et de qualité de service. Personne ne peut se soustraire à ces obligations, qu’il jeûne ou pas. C’est la raison pour laquelle j’essaie de revenir au bureau après le ftor, en prenant soin d’en demander autant à un collaborateur directement concerné par le point à traiter, à chaque fois que cela est nécessaire.»