Enquête : les profils les plus demandés dans le Souss-Massa

rub 4166

Les ingénieurs et techniciens
de plus en plus recherchés.
La fonction ressources humaines est très peu demandée.
Manque crucial d’informations sur les opportunités locales.
Pour les commerciaux,
la maîtrise de la langue amazigh est indispensable.
Les étudiants de l’ENCG Agadir ont enquêté.

Agadir, ce n’est pas seulement de belles plages et un climat favorable tout au long de l’année, mais aussi, et de plus en plus, un pôle économique très important. Pêche, agroalimentaire, tourisme et agriculture, la région Souss-Massa est connue pour ses richesses naturelles mais aussi culturelles. A elle seule, cette région contribue à hauteur de 34 milliards de DH au produit intérieur brut, dont 21% proviennent du tourisme, 13% de l’agriculture, 6% de l’industrie et 6% de la pêche.

La région attire de plus en plus d’investisseurs, notamment dans le secteur de l’agroalimentaire. Des fonds nationaux et internationaux y sont investis avec pour objectif de favoriser l’essor de la région et de promouvoir et contribuer au développement de son tissu industriel. Pour cela, une des pièces maîtresses réside dans la disponibilité des compétences et des profils adéquats.

Pour recenser les besoins des entreprises en matière de ressources humaines, des étudiants de l’Ecole nationale de commerce et de gestion d’Agadir (ENCG), en partenariat avec l’Observatoire régional des métiers de l’entreprise (ORME), ont lancé une enquête sur les profils recherchés par les entreprises de la région. Parrainée par le cabinet Diorh, reconnu sur la place pour ses enquêtes sur les RH, l’enquête a pour finalité l’identification des besoins des entreprises en cadres, les qualités et compétences requises et les contraintes rencontrées lors des recrutements.

Afin de dresser un cadre de référence des profils recherchés, l’étude a porté sur les 80 entreprises structurées jouissant d’une notoriété au niveau de la région.
Paradoxalement, alors que le marché de l’emploi est en train d’exploser, l’enquête fait ressortir que la fréquence de recrutement dans la région reste timide dans sa globalité. En moyenne, plus de 40% des entreprises sondées effectuent deux à quatre recrutements par an seulement. Une offre qui reste, bien entendu, inférieure au nombre de diplômés de la région.
En somme, la création de nouveaux postes est souvent la conséquence d’un recrutement. Viennent ensuite les remplacements suite à des départs en retraite ou encore à l’expansion de l’activité. La création d’emplois est en grande partie le fait de nouvelles entreprises qui s’installent dans la région.

La majorité des entreprises satisfaite de l’offre régionale de compétences
Le premier trimestre de l’année est un pic pour le recrutement des cadres. C’est en quelque sorte une période qui coïncide avec le début de l’exécution des budgets. Certaines entreprises comme dans le tourisme recourent, elles, à de nouveaux recrutements en période d’été (juillet/août/septembre) ou encore en fin d’année (octobre/novembre/décembre).
Cependant, certaines entreprises, essentiellement les mieux outillées, s’appuient sur la Gpec (gestion prévisionnelle des emplois et des compétences) pour anticiper leurs besoins futurs en ressources humaines et s’adapter aux transformations des métiers de l’entreprise. 52% des entreprises sondées disent recruter en externe sur la base de contrats à durée indéterminée (CDI).

Il convient de noter que la majorité des entreprises (75% d’entre elles) expriment leur satisfaction quant à l’offre des compétences sur le plan régional. Cela vaut particulièrement pour la filière ingénierie industrielle et agricole, ainsi que pour les profils de techniciens.
Par contre, certaines d’entre elles (20%) estiment que l’offre n’est pas adaptée à leurs besoins en raison de l’inadéquation entre poste et profil ou encore du niveau bas de formation dans certains établissements de la place.
Parmi les profils recherchés, la fonction production et technique tient une bonne place : elle est citée dans 18% des cas. Cette tendance s’explique principalement par la nature de l’activité dans la région, qui est essentiellement centrée sur l’agroalimentaire, la pêche et l’agriculture. Ce secteur nécessite des profils d’ingénieurs et techniciens spécialisés, selon plusieurs observateurs. Les fonctions marketing (15% des cas), achat et logistique, ainsi que la fonction financière (13% des cas) figurent également parmi les fonctions qui offrent le plus d’opportunités. A souligner par ailleurs que les métiers comme l’informatique, le conseil, l’audit et le contrôle de gestion ainsi que le commerce extérieur sont jugés prioritaires par certaines entreprises qui font état d’un besoin dans ce type de profils.

En revanche, la fonction ressources humaines est jugée non encore prioritaire par les entreprises locales dont seules 4% l’ont cité.
Quant au niveau d’études, l’enquête révèle que la majorité des entreprises recherchent des Bac+4. Pour 30% d’entre elles, elles exigent un Bac+2. Arrivent en troisième position, avec 14%, les entreprises qui demandent des profils ayant un Bac+5 ou Bac+3. Et moins de 5% seulement d’entre elles préfèrent recourir à des profils supérieurs de type Bac+6 ou de formation ingénieur.
Pas de cabinets de recrutement locaux pour orienter les lauréats vers les marchés porteurs Cependant, le niveau des études ou la filière ne sont pas les seuls critères de choix des entreprises. Les besoins s’expriment également en termes de critères ou plutôt de qualités personnelles.

Ainsi, les entreprises jugent que les compétences techniques sont utiles pour les fonctions d’administration et d’organisation. En revanche, des qualités de communication et de relationnel sont plus déterminantes pour les autres fonctions comme les ressources humaines, la force de vente, les achats ou encore les métiers de la logistique. En finance et comptabilité, les recruteurs recherchent, pour finir, un mariage entre compétences techniques et qualités managériales.
Autre point important dévoilé par l’enquête : l’importance de la langue locale. Ainsi, pour beaucoup d’entreprises de la région, la langue amazigh est indispensable, surtout pour traiter les affaires. Une exigence que les entreprises expriment surtout pour l’emploi de cadres commerciaux.
En dressant le portrait-robot du cadre idéal, on constate que 27% des entreprises le définissent comme un gestionnaire de haut niveau : un cadre capable de se fixer des objectifs précis et de les hiérarchiser et doté de capacités à la fois techniques et relationnelles.
D’autres entreprises, moins nombreuses, affirment rechercher plutôt des profils de leaders pour leurs capacités à gérer les ressources humaines (mobilisation, motivation, affectation des tâches, gestion de projets).

Une autre catégorie d’entreprises manifeste un besoin en cadres experts et stratèges pour leurs capacités techniques et leur sens de l’anticipation.
En tout cas, si le marché est en pleine expansion, l’enquête a révélé un problème de taille : la communication ne suit pas.
«Malheureusement, il n’existe pas de cabinets de recrutement locaux pour orienter les lauréats vers les marchés porteurs. Encore moins les forums de recrutement», regrette Abdellah Abil, enseignant à l’ENCG d’Agadir et responsable de l’observatoire. L’ENCG d’Agadir en a d’ailleurs fait une priorité pour rapprocher davantage les lauréats du monde professionnel et de l’entreprise. Pour sa part, Hasna Salim, attachée commerciale à Manpower Agadir, ajoute qu’un effort doit être fait dans la formation des salariés pour développer leur employabilité.