Egalité des chances : les entreprises décidées à promouvoir la diversité

L’évolution de la carrière professionnelle est souvent déterminée par le milieu social. Au Maroc, ce sont principalement les grandes entreprises qui ont investi ce champ de mobilité sociale.

Le 5 décembre, le monde fêtait pour la 4e année consécutive la Journée mondiale de l’égalité des chances. Une journée qui vient rappeler que les discriminations, sous quelque forme que ce soit, sont omniprésentes et constituent par la même occasion un obstacle à la progression dans la vie active ou la vie sociale de manière générale.

Des statistiques du Haut commissariat au plan (HCP) de 2013 le montrent: certains groupes d’individus ont beaucoup plus de mal à franchir des paliers que d’autres dans la hiérarchie sociale. Par exemple, les chances des descendants d’un ouvrier ou manœuvre d’accéder à la catégorie des employeurs non agricoles, cadres supérieurs ou membres des professions libérales demeurent limitées à 1,9%. Pis encore, seulement 14,8% des ruraux ont «connu une mobilité ascendante» contre 51% de la population urbaine. L’étude fait ressortir par ailleurs que «la famille reste un milieu déterminant de mobilité sociale dans la mesure où elle permet la transmission des différents types de capital aux descendants et, dans une moindre mesure, permet de les acquérir».

Ces données corroborent parfaitement le ressentiment d’une partie de la population qui ne croit pas à l’égalité des chances, principalement chez les jeunes.

Bien évidemment, la dynamique économique et sociale a besoin de plusieurs moteurs pour renforcer cette égalité. L’Etat, à lui seul, n’arrive plus à insuffler cette dynamique. Les entreprises du secteur privé se sont engagées depuis plusieurs années à formaliser leurs actions de responsabilité sociale et sociétale afin d’améliorer la vie des gens et celles des générations futures.

Une entreprise qui investit dans la formation continue génère beaucoup d’intérêt auprès des jeunes et peut, de ce fait, devenir très attractive sur le marché de l’emploi. Le personnel s’ouvre plus facilement à des projets de développement professionnel en termes de perfectionnement, de mobilité et de reconversion professionnels. Sa croyance en ses chances de progresser et de faire la différence devient possible et se transforme très souvent en motivation et en mobilisation de tous les efforts.

Pour Hamid Ben Elafdil, président de la Fondation marocaine de l’étudiant (FME), «cet engagement des entreprises représente un investissement pour la société. Quand on aide un jeune garçon ou une jeune fille à s’instruire et à s’insérer dans le monde professionnel, on les aide à sortir de leur situation sociale précaire et par conséquent leur famille. A travers la FME, et grâce aux bourses d’excellence, beaucoup de jeunes, issus de milieux modestes et particulièrement ceux des établissements de protection sociale, ont pu fort heureusement sortir de leur précarité en s’insérant dans le monde du travail. Quand on voit que beaucoup d’entre eux ont fini par devenir avocats, médecins, notaires… on ne peut qu’être fiers d’eux», souligne-t-il.

Au Maroc, ce sont principalement les grandes entreprises qui ont investi le champ de la mobilité sociale

Ce faisant, beaucoup d’entreprises ont fait de la diversité un axe stratégique de leur politique RH par exemple. Dans certains cas, la promotion de la diversité fait l’objet d’une charte qui s’appuie sur plusieurs engagements, à savoir l’égalité des chances en prenant en compte les compétences lors de toutes les étapes de la vie professionnelle, la lutte contre toute forme de discrimination liée à l’origine ethnique, sociale ou culturelle, au genre, à l’âge, aux caractéristiques physiques, aux convictions religieuses…
Des entreprises comme BMCE Bank, Lydec, BMCI, Accor, Lafarge Holcim et bien d’autres ont institutionnalisé leurs actions à travers des fondations.
«Depuis la création de la Fondation BMCI en 2008, nous avons soutenu plusieurs projets à fort impact auprès de nos communautés. Au-delà du soutien financier, nous avons établi bon nombre de partenariats avec des associations nationales comme la FME ou Al Jisr pour soutenir des jeunes. Nous sommes actuellement parrain de 138 écoles à travers le pays pour la mise en place de bibliothèques», note Rachida Benabderrazik, directrice de la communication et secrétaire générale de la Fondation BMCI.

La réussite des parcours académiques et professionnels est tributaire du milieu social et familial et de l’expérience individuelle

Au sein de l’Agence marocaine pour l’énergie durable (MASEN), l’égalité des chances ne passe pas uniquement par l’école ou l’emploi, mais aussi par le développement local et territorial. Selon Tarik Moudden, directeur développement local au sein de Masen, «l’éducation, la formation professionnelle et l’animation socioculturelle et sportive sont autant de leviers incitatifs au développement des jeunes. Pour cela, nous faisons le choix de s’appuyer sur des associations locales dans la région d’Ouarzazate mais aussi nationales pour mettre en place des projets à fort valeur ajoutée. Nous formons les jeunes de la région sur des aspects pratiques comme le nettoyage des panneaux photovoltaiques par exemple. A l’occasion, nous avons formé près de 80 jeunes pour être aptes à travailler dans la centrale de Noor», souligne-t-il. Et de poursuivre que «nous sensibilisons également les écoles de la région au développement durable. De même que nous soutenons 20 boursiers au sein de la FME et nous avons également une vingtaine de mentors qui soutiennent ces bénéficiaires».
Bien évidemment, beaucoup de spécialistes de la question attestent que pour avoir des effets pérennes, la politique d’égalité doit être une composante de la stratégie de l’entreprise. Elle doit diffuser ses effets dans toute l’entreprise.
La réussite des parcours académiques et professionnels est tributaire du milieu social et familial et de l’expérience individuelle. Ces composantes restent donc majeures pour la promotion sociale et influent de manière significative sur l’égalité des chances.

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