Comment l’OCP a banni le tabac au sein de son siège social

Expérience pilote au niveau du siège. Trois espaces fumeurs ont été aménagés dans des lieux ouverts et aérés.
Elle sera généralisée à l’ensemble des sites.
Les fumeurs – 30% du personnel –
dépensent en moyenne 407 DH par mois pour le tabac. 79 % d’entre
eux se disent prêts à arrêter de fumer.

Vendredi 28 octobre 2005, l’Office chérifien des phosphates (OCP) retiendra cette date. Celle-ci marque une nouvelle étape, celle d’une entreprise qui bannit le tabac au sein de ses locaux. L’initiative entre dans le cadre du programme «Usines sans tabac», lancé par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et soutenu par l’Organisation des Nations Unies (ONU).

L’opération menée est en fait une expérience pilote qui a concerné le siège de l’office. L’OCP compte la généraliser dans tous ses sites à travers le pays.
Des efforts multiples devront être déployés car l’enjeu est de taille. Une enquête épidémiologique menée à la mi-2004 a permis de révéler que la prévalence du tabagisme des employés est de 30 %, un taux proche de celui enregistré au niveau national (voir encadré).
Suite à cela, une stratégie de prévention a été déployée avec l’engagement et la participation de la direction générale, la direction des ressources humaines et le service de médecine préventive. Ainsi, trois espaces fumeurs ont été aménagés au sein du siège, dans des endroits ouverts et aérés.
Profitant de cette occasion, et dans un élan de soutien aux agents fumeurs, le service de médecine préventive a proposé à ceux qui le souhaitent une assistance médicale et un accompagnement adapté durant la période de sevrage. Le but de cette action est d’aider ces personnes à s’arrêter de fumer sans risque de récidive. Une sorte de prévention «non agressive», selon les responsables de cette opération. Un effort a été également consenti en matière de signalisation des espaces fumeurs et non-fumeurs.

Une stratégie sur plusieurs axes
Cette mesure devrait normalement être généralisée sans trop de difficultés aux autres sites du groupe. A cet effet, la direction des ressources humaines a été chargée de définir, en liaison avec les autres entités, une politique cohérente pour restreindre l’usage du tabac dans les espaces de travail et les établissements sociaux à l’échelle du groupe.
La stratégie de l’OCP repose sur la réorientation de la gestion du lieu du travail qui doit devenir un axe de la promotion de la protection de la santé. Elle vise la création d’«espaces sans tabac» ou plutôt des «espaces travail-santé», dont les avantages sont certains en matière de prévention des diverses maladies dues à l’inhalation du tabac même de façon passive.
La planification programmée dans ce sens prévoit une réunion plénière de sensibilisation, en collaboration avec la Santé publique, l’OMS et le corps universitaire spécialisé. Cette sensibilisation va toucher tout le staff des responsables et managers des sites industriels. Il s’agira, entre autres, de promouvoir le produit «usine sans tabac».
Les groupes de fumeurs ne sont pas en reste. Des séances de sensibilisation restreintes dans les sites intégrant la population fumeurs sont périodiquement organisées. Il est également question de la création d’une cellule d’aide au sevrage pour chaque site, avec dons de patch antitabac pour les fumeurs qui voudront être accompagnés dans cette perspective. La planification prévoit aussi le suivi de la prévalence pour la réévaluation et la réorientation du plan d’action.
A signaler le fort engagement de la direction générale. L’opération est supervisée par l’ensemble des directions et se décline sur plusieurs axes d’actions : l’accompagnement, l’information et la sensibilisation prodigués par la médecine du travail, la promotion de cette opération, relayée par le département de la communication interne à travers le site intranet, le contrôle relayé par les agents de sécurité pour assurer une rigueur dans ce choix d’hygiène de travail ainsi que la promotion de cette opération sur les sites industriels.

71% des fumeurs au sein de l’office occupent les mêmes locaux que des non-fumeurs.

Pilotée par la Santé, l’enquête a concerné 1 320 agents
L’enquête sur le tabagisme, qui s’est déroulée du 6 au 21 mai 2004, a concerné un effectif de 1 320 agents dans les sites de Khouribga, Jorf Lasfar et Safi. Elle a été pilotée directement par les services relevant du ministère de la Santé, en collaboration avec les médecins et les responsables concernés au sein du groupe. Ses principaux résultats sont les suivants :
– la prévalence du tabagisme à l’OCP est proche de celle enregistrée au niveau national (30 %) ;
– les dépenses mensuelles moyennes en tabac s’élèvent à 407 DH par fumeur ;
– 45 minutes, c’est la durée moyenne consacrée par chaque fumeur à consumer ses 9 cigarettes quotidiennes ;
– 79 % des fumeurs se disent prêts à arrêter de fumer ;
– 71 % des fumeurs partagent les locaux de travail avec des non-fumeurs ;
– 17 % des enquêtés ignorent que le tabagisme passif augmente le risque de maladies pulmonaires et 28% d’entre eux ignorent qu’il augmente le risque de maladies cardiaques ;
– 62 % des agents interrogés souhaitent l’interdiction du tabac dans les locaux de l’entreprise et l’aménagement d’espaces fumeurs ;
– 76 % des fumeurs ont déclaré être prêts à modifier leur comportement si l’entreprise établissait une réglementation antitabac.
Les résultats de l’enquête montrent, par ailleurs, que 80 % des agents fumeurs sont prédisposés à adhérer à un programme de lutte anti-tabac en milieu professionnel et que le tabagisme passif reste, quant à lui, relativement important et ce, malgré la prise de conscience de ses effets néfastes sur la santé des non-fumeurs.