Combien gagnent les jeunes

Polytechnique, HEC, ESSEC… les lauréats des grandes écoles étrangères sont les mieux cotés.
La fourchette des salaires va de 12 000 à 20 000 DH bruts pour les diplômes étrangers
et de 8 000 DH, parfois moins, à 12 000 DH pour les nationaux.

Pour commencer sa vie professionnelle avec un bon salaire, il faut être titulaire d’un diplôme d’une grande école de commerce ou d’ingénieurs, étrangère de préférence. Ce constat peut être corroboré par l’analyse de Bouchaib Serhani, DG du cabinet Gesper Services, qui précise que «le niveau du salaire d’un jeune diplômé est proportionnel à la qualité de ses études supérieures». Et cette qualité, on la retrouve dans ces établissements. «On y forme des leaders. Mais il y a aussi le fait de s’être frotté à d’autres environnements, qui fait que ces lauréats sont bien cotés», explique Younès Mouhib, DG de Positif Conseil.
A travers sa dernière enquête rémunérations 2004 et sa base de données recrutement, réalisée auprès d’une population de cadres débutants dans les entreprises marocaines, le cabinet Diorh confirme effectivement la préférence des entreprises pour ces lauréats.
On ne s’étonnera donc pas si les lauréats de HEC, Polytechnique, Centrale Paris, Ponts et Chaussées et autres caracolent en tête du classement des meilleures rémunérations annuelles brutes à l’embauche, avec un salaire compris  entre  12 000  et 20 000 DH bruts mensuels. Les diplômés issus des écoles de province, ESC Lyon ou Grenoble, par exemple, peuvent difficilement dépasser les 12 000 DH.
Une hiérarchisation similaire est également en vigueur pour les diplômes nationaux. Les lauréats des grandes écoles d’ingénieurs publiques s’en sortent mieux au départ avec un salaire brut compris entre 8 000 et 12 000 DH. Ils sont talonnés par les diplômés des écoles de commerce, tandis que les universitaires, même avec un DESS (bac +5), se retrouvent en queue de peloton.

Les enseignements les plus spécialisés sont les plus payants à l’embauche
Il n’y a rien de surprenant à propos de ce classement qualifié de naturel et logique par un DRH. De manière générale, les enseignements les plus spécialisés sont les plus payants à l’embauche. Les entreprises veulent des personnes en mesure de gagner leur autonomie très rapidement. C’est la raison pour laquelle, à de rares exceptions près, les jeunes diplômés des universités, issus de cursus assez généralistes, ne font pas le poids face à ceux des grandes écoles de commerce ou d’ingénieurs. Même un diplômé d’une école de formation spécialisée de niveau bac+2 peut être mieux coté. A cet égard, M. Mouhib relève que «certains établissements dispensent des formations de bonne qualité et qui se vendent très bien auprès des entreprises. C’est le cas, dans les domaines de l’informatique, de la comptabilité ou de la gestion». Et de poursuivre : «C’est l’accès au savoir pratique qui fait que ces lauréats ont plus de chances de se faire embaucher que les Bac+ 4 universitaires», poursuit M. Mouhib.
Ces données doivent, bien entendu, être relativisées. Même si l’on sort d’une école très cotée, encore faut-il tomber sur une entreprise qui soit en mesure d’offrir le salaire optimal. A ce niveau, nous ne disposons pas d’informations précises par secteur. En revanche, beaucoup de professionnels des ressources humaines avec lesquels nous avons discuté confirment que ce sont les grandes entreprises, les multinationales en particulier, qui font preuve de plus de générosité à l’égard des jeunes diplômés parce qu’elles se font une concurrence très rude pour enrôler les meilleurs. Mais, là aussi, il faut rester prudent.

L’écart entre les salaires a tendance à se résorber très rapidement
La stratégie de rémunération change d’un secteur à un autre et d’une entreprise à une autre. Pour un même diplôme, les écarts peuvent donc être importants. «Par exemple, avec une moyenne de 4 000 DH bruts ou un peu plus, les banques se montrent très peu attractives pour ceux qui visent haut. D’un autre côté, il est aussi possible d’avoir un bon salaire dans une grosse PME dès lors que le patron considère un haut potentiel comme un investissement», note un recruteur.
Mais aujourd’hui, et c’est intéressant à relever, certaines entreprises s’emploient à réduire le poids du diplôme dans la décision d’embauche. C’est le cas du Groupe des Brasseries du Maroc qui avait adopté une grille assise, entre autres, sur la valeur du diplôme et le type d’écoles (commerce, ingénieur…). Ce système a été jugé désuet, ce qui a motivé son abandon, explique en substance Latifa Nakkouch, responsable organisation et développement des ressources humaines du groupe (voir interview en page III).
La politique de rémunération actuelle s’appuie sur les exigences du poste avec une classification en quatre niveaux (débutants, expérimentés, confirmés et experts). A chaque niveau, correspond une fourchette de rémunération. L’idée est de rétribuer chacun en fonction de sa contribution.
C’est cette recherche de l’équité qui guide également d’autres entreprises. Chez Craft Food, par exemple, il y a certes une classification des jeunes recrues en fonction de leur formation, mais la donne change au bout d’un an, la performance prenant le pas sur le diplôme.
Attention ! cette démarche ne s’applique pas à toutes les entreprises. Il y en a, et elles sont nombreuses, qui oublient de revaloriser le salaire de départ ou s’y mettent avec parcimonie, surtout en cette période où le monde des affaires est gagné par l’incertitude. Par conséquent, en dehors des augmentations légales et des primes distillées de temps en temps, on peut faire du sur- place même au bout d’un certain temps.
Comme le disent si bien certains jeunes (voir témoignages en page IV), faire le deuil d’un salaire élevé à l’embauche peut s’avérer payant, si l’on arrive à définir un bon plan de carrière.