Cadres de haut niveau ? Pensez à  l’intérim

Loin d’être considéré comme un signe de précarité, l’intérim cadre séduit un public de plus en plus nombreux, surtout les jeunes.
Certaines entreprises perçoivent la mission en intérim comme une période d’essai.
Son essor dépend de celle de la flexibilité comme mode d’organisation
du travail.

Trois propositions de contrat à  durée indéterminée (CDI) refusées en trois ans. Amina B., chargée de clientèle dans une société, a fait le choix de faire l’impasse sur le contrat à  durée indéterminée. «Ce que je veux, c’est garder ma liberté et varier les expériences. C’est pourquoi je préfère opter pour l’intérim». C’est en 2004 qu’elle a tenté l’expérience et, depuis, elle ne jure que par cette formule. Par le biais d’une agence spécialisée, en l’occurrence Manpower, elle parvient à  décrocher ses premières missions. «J’ai tantôt été responsable de production, chargée de clientèle, et même directrice de création dans une petite agence de communication. En restant en CDI, je n’aurais jamais pu obtenir ces différents postes».
Un discours qu’on n’aurait pas pu entendre il y a quelques années. En effet, trop de mouvements aux yeux des recruteurs signifiaient alors un manque de stabilité.
Certes, les intérimaires cadres sont ultraminoritaires, mais la tendance est là . «On sent une demande de plus en plus forte», avance pour sa part Kenza Boukili, attachée commerciale chez Manpower Maroc.
Il faut souligner d’emblée que, dans l’esprit de beaucoup encore, intérim va de pair avec faible qualification ou précarité. Réservé autrefois aux «non-qualifiés», l’intérim touche à  présent les cadres. Explications : les entreprises l’utilisent de plus en plus comme une filière supplémentaire pour leurs recrutements. «Du coup, les cadres débutants y voient un sérieux tremplin pour lancer leur carrière», souligne Souad Boujida, directrice adjointe chez Best Intérim. En effet, l’intérim reste le meilleur moyen, même s’il est précaire, de faire ses preuves en attendant de décrocher un poste stable. «L’intérim doit rester avant tout un objectif à  moyen terme, surtout chez les cadres débutants», souligne Zahir Lamrani, DG de Best Intérim.
Autre avantage de la formule : on en profite pour enrichir son CV car une mission temporaire constitue toujours une expérience enrichissante. Enfin, l’intérim permet d’avoir une vue d’ensemble du marché du travail, de nombreux contacts avec les entreprises ainsi que des expériences variées.

Pour les débutants, l’intérim reste un bon moyen de tester les entreprises
Chez les cadres expérimentés de haut niveau, l’intérim de management (ou management de transition) est assez en vogue. Il s’agit, pour des directeurs financiers, des ingénieurs de production et autres profils du genre, de résoudre des situations critiques telles que la restructuration de l’entreprise, son introduction en Bourse…
Dans plus d’un cas sur trois, la mission en intérim débouche sur un CDI (certaines entreprises envisagent la mission en intérim comme une période d’essai).

Services, banques, assurances et informatique sont les premiers à  y recourir
Pour les seniors rattrapés par les restructurations ou qui ont volontairement choisi d’opter pour une retraite anticipée, l’intérim permet aussi de se remettre sur le marché du travail, avec l’avantage d’organiser leur temps en toute liberté. «Les entreprises peuvent toujours profiter de leur expertise sur des missions pointues, notamment en matière d’organisation ou en gestion des ressources humaines», note un spécialiste des ressources humaines.
Si toutes les classes d’âge sont concernées, les profils des intérimaires se sont aussi largement diversifiés. Réservé auparavant à  un cercle fermé de compétences comme les informaticiens ou les comptables, qui intervenaient pour des missions ponctuelles, l’intérim intéresse aujourd’hui plusieurs domaines. «Les entreprises exigent des profils de plus en plus pointus. C’est le cas des cadres commerciaux, des assistantes anglophones et hispanophones et même des profils de techniciens spécialisés», confirme Zahir Lamrani, DG de Best Intérim. Et d’ajouter : «Nous arrivons à  placer entre 10 à  20 personnes par mois. Cela va des profils administratifs jusqu’aux financiers et autres profils techniques».

L’intérim convient bien aux grandes entreprises lorsqu’elles sont en période de croissance
Concernant les secteurs, services, banques, assurances et informatique sont ceux qui recourent le plus à  ces profils. C’est le signe que les entreprises, les grandes en particulier, s’y intéressent de plus en plus, sachant que la formule offre plusieurs avantages. En période de croissance, elles peuvent s’attacher rapidement et à  moindre coût les services d’un personnel qualifié et directement opérationnel.

L’intérim cadre devrait intéresser la PME car il permet de maà®triser la masse salariale
C’est par ailleurs un moyen de maà®triser la masse salariale. Un avantage qui devrait d’ailleurs beaucoup intéresser les PME car il leur permet de s’assurer que le candidat leur convient bien.
Au final, compte tenu des frais de recrutement et de gestion réduits, le coût est moins élevé que pour un recrutement classique.
Pour le moment, l’intérim cadre ne constitue encore qu’une faible part de l’activité, qui reste concentrée sur les «petits boulots» : gardiennage, accueil, secrétariat… Les grandes entreprises qui constituent le marché le plus important préfèrent souvent se réorganiser en interne pour pallier l’absence d’un cadre. «Tout dépend également de la nature du travail. Une entreprise se voit mal confier des dossiers importants à  un cadre qui passera quelques mois seulement dans l’entreprise et n’aura donc pas forcément le recul nécessaire pour prendre les décisions qui s’imposent», souligne pour sa part Mohammed Benouarrek, DRH dans une multinationale.
Même si beaucoup de demandeurs d’emploi préfèrent encore de loin la stabilité de l’emploi, la formule séduit tout de même certains d’entre eux, sans compter l’entreprise. Eu égard aux mutations économiques qui exigent davantage de flexibilité des entreprises, cette activité ne peut que se développer, d’autant plus que, de l’autre côté, les cadres audacieux,ésireux d’améliorer leur qualité de vie, seront forcément tentés par une nouvelle façon de travailler qui leur en donne la possibilité.