Avocats d’affaires : les compétences locales sont rares

Peu de formations répondent aux besoins des cabinets d’avocats d’affaires.
Un juriste d’affaires de niveau international doit impérativement maîtriser l’anglais.
Le domaine du droit évolue rapidement, le praticien doit donc faire preuve de souplesse et être en mesure de s’adapter.

Les juristes d’affaires répondent aujourd’hui aux nouvelles exigences des entreprises évoluant dans un contexte économique mondialisé. Ils interviennent en contentieux comme en conseil. Le marché marocain manque de profils d’avocats d’affaires qualifiés, ce qui ouvre la voie aux cabinets étrangers spécialisés en la matière pour s’installer au Maroc.

Amin Hajji, fondateur du Cabinet Hajji & Associés, docteur en droit et professeur à l’université Hassan II de Casablanca, explique cette tendance et fait le point sur la pratique du droit des affaires au Maroc.

La Vie éco : Comment s’explique, à votre avis, l’arrivée au Maroc de cabinets internationaux de juristes d’affaires?
Amin Hajji : Dans un monde globalisé, le Maroc voit son économie se transformer. Il se retrouve contraint à s’adapter à la concurrence internationale, notamment en se mettant au diapason de ses exigences et de ses normes. C’est dans ce cadre qu’on assiste aujourd’hui à une mutation de l’arsenal juridique marocain.

Si on venait à rater cette transformation, le Maroc risquerait de devenir un pays où l’on ne peut pas faire de business. Les entreprises marocaines qui ressentent ce danger procèdent à des restructurations, des fusions-acquisitions et développent leurs services selon des critères de qualité.

L’arrivée des cabinets d’avocats d’affaires étrangers au Maroc s’explique par ce phénomène et par l’intégration de l’économie marocaine au marché mondial. Les juristes d’affaires doivent jouer leur rôle dans l’accompagnement des opérateurs marocains dans leur développement et des investisseurs étrangers qui font le choix de s’installer au Maroc. C’est cette dynamique économique qui explique l’intérêt que portent beaucoup de cabinets de conseil internationaux au marché marocain.

L’environnement est-il porteur?
Nous n’en sommes qu’au début. Beaucoup de secteurs d’activité économique sont en plein essor au Maroc : BTP, tourisme, infrastructures, télécoms et énergie. Les chantiers ouverts portent sur 20 à 30 ans. Il y a donc là un marché durable de droit.

Ces cabinets ne profitent-ils pas de la pénurie de compétences marocaines en la matière?
Il est difficile de trouver sur le marché marocain des profils d’avocats spécialisés disponibles. Il y a très peu de formations au Maroc qui répondent aux besoins des cabinets d’avocats d’affaires. Un juriste d’affaires doit non seulement maîtriser les bases juridiques, mais également la finance et le commerce international puisqu’il lui est demandé de comprendre et maîtriser les montages financiers, les restructurations, les opérations de fusions-acquisitions, etc. Au Maroc, on est très loin de cette configuration.

On continue de former des juristes déconnectés de la réalité économique du pays et de l’économie mondiale. Il y a donc un effort à fournir au niveau de la formation des juristes. De plus, la mondialisation a rendu impérative la maîtrise de l’anglais pour le juriste qui veut s’impliquer dans les transactions internationales. Ceci pour dire que le master en droit des affaires, par exemple, doit absolument intégrer la langue anglaise dans le cursus et l’adapter pour mieux répondre aux exigences du marché.

Peut-on déjà parler de concurrence entre cabinets marocains et étrangers?
Pas vraiment car il existe peu de cabinets étrangers et encore moins de structures marocaines spécialisées dans ce domaine. J’aurais aimé qu’il y ait un peu plus de concurrence. En tant que juristes marocains, nous connaissons le droit marocain au niveau de la pratique dans les tribunaux et au niveau du conseil. Donc nous jouissons d’un avantage par rapport aux cabinets étrangers qui, eux, ne font que du conseil et n’ont pas la pratique au niveau des tribunaux.

Dans les années à venir, il y aura sans doute plus de concurrence entre cabinets marocains et étrangers mais, ce que je veux dire, c’est que nous n’en sommes qu’au décollage de ce marché du droit.

Quel type de conseils un cabinet d’avocats d’affaires offre-t-il à ses clients?
Un cabinet d’avocats d’affaires intervient en conseil comme en contentieux. Les juristes d’affaires assistent généralement leurs clients sur les aspects juridiques et fiscaux de leurs investissements ou de leurs transactions commerciales et financières.

Pour notre part, le conseil est notre métier, nous intervenons peu dans le contentieux. Notre rôle est d’amener le client à avoir les réponses les plus complètes sur tous les risques liés à son investissement. Nous lui expliquons quelle est la bonne structure, et nous l’aidons dans le processus d’implantation au Maroc s’il se décide.

Quel est, pour vous, le profil type d’un juriste d’affaires?
C’est un métier très exigeant. Sur le terrain, le juriste aura affaire à de vrais professionnels. Il devra être précis et réactif. Le droit, ce n’est pas de la poésie, c’est une logique implacable. Le droit est un habillage qui doit être adapté à une opération déterminée. Il faut répondre de la manière la plus juste possible aux besoins de celui qui veut faire un investissement, un montage financier ou toute autre opération. Il faut savoir établir le contrat d’affaires et le sécuriser juridiquement.

Il ne faut pas avoir peur de travailler 16 heures par jour durant toute la semaine car il y a des délais à respecter. Le domaine du droit évolue rapidement. Il faut donc avoir une souplesse d’esprit et des capacités d’adaptation. L’erreur est de rester dogmatique.

Qu’en est-il des honoraires ?
Tout dépend de la qualité du travail et les tarifs sont variables. Les clients peuvent opter pour un cabinet qui facture 1 000 euros par jour comme pour celui qui demande 400 euros. Généralement, nous adoptons le taux horaire. Chacun de nos avocats utilise le logiciel de gestion avec lequel on enregistre le temps et le détail de chaque opération, et, en fin journée, on donne au client le «timesheet» avec le détail de notre prestation. Il y a un taux horaire de l’avocat senior, de l’avocat junior et des autres collaborateurs.