Aussi étonnant que cela puisse paraître, on prend la parole avec ses pieds

Charlie Clarck, Président de Whistcom

Un nouveau dirigeant doit avoir le souci de tourner sa communication vers ses équipes. Leur manifester qu’il les comprend et qu’il se soucie d’eux, pas de lui. Ce n’est pas souvent chose facile. Le président Président de Whistcom, revient sur ce sujet.

• Vous intervenez dans le domaine de la communication interpersonnelle. La prise de parole représente-t-elle un challenge pour les dirigeants et managers ? Qu’est-ce qui la rend difficile ?
La plupart des dirigeants sont dans une culture de l’écrit et maîtrisent peu les mécanismes de l’oral. Ils pensent que prendre la parole est un exercice intuitif et qu’il faut être naturellement doué pour embarquer un public avec des mots. En réalité, c’est tout l’inverse. La parole n’est pas un art, c’est une mathématique ! Quiconque connaît la mécanique arrive à dégager du charisme en toute situation… à condition d’accepter que la parole est avant tout physique. C’est une voix qui sort d’un corps. Il faut maîtriser le corps au même titre qu’il faut maîtriser le fond du message. Surtout, il ne faut pas opposer le fond et la forme qui sont deux alliés et qui doivent travailler ensemble. Sortir de la logique de l’écrit et accepter que l’oral c’est comme un sport (il faut une technique et de l’entraînement), c’est le défi pour tous les dirigeants !

• Souvent les orateurs ont du mal à se tenir devant un public, quelles sont les insuffisances que vous remarquez chez eux ?
Aussi étonnant que cela puisse paraître, on prend la parole avec ses pieds. Dans notre cabinet, on parle de la «prise terre». Si les pieds ne sont pas solidement accrochés au sol, il y a peu de chance pour que les mots soient percutants (c’est valable debout comme assis). C’est une règle fondamentale bien souvent méconnue des dirigeants qui pensent que pour remplir l’espace, il faut beaucoup bouger. En plus de donner le tournis à ceux qui les écoutent, cela les fait perdre en efficacité et dilue la puissance de leurs mots. Amis dirigeants, accrochez-vous solidement au sol et ne bougez plus !
La bonne nouvelle c’est qu’une fois que les pieds sont solidement arrimés, cela permet de libérer les mains. Les mains des dirigeants sont souvent verrouillées en auto-contacts: on se frotte les mains, on se tord les doigts, on joue avec ses bagues… Bref, on envoie des signes d’inconforts. En accrochant les pieds, on va pouvoir facilement libérer les mains pour qu’elles libèrent votre parole et votre pensée. C’est physiologique. C’est exactement comme en vélo, si vous ne voulez pas tomber, il faut activer son corps et le mettre en mouvement, sauf que le mouvement est au niveau des mains et non des pieds ! C’est ce que nous enseignons à travers la méthode SPORT que nous avons développée.

• Prendre la parole pour la première fois dans le cadre d’une nouvelle prise de fonction n’est pas toujours aisé. Quel est le message que doit faire passer le manager ?
L’erreur que pourrait faire un dirigeant lors d’une nouvelle prise de fonction serait de prendre la parole et de ne parler que de lui. Être un bon communicant, ce n’est pas être un orateur hors pair, mais c’est être capable de toucher et inspirer ceux qui vous écoutent en leur manifestant de l’empathie. C’est la logique empathique que nous enseignons chez nous. L’empathique doit être au cœur de la communication d’un dirigeant. Notre récente étude Whistcom-OpinionWay sur la parole des dirigeants nous a montré que plus de la moitié des salariés trouvent que la parole de leur dirigeant est trop descendante, chronophage et ne leur apprend rien ! C’est un signal d’alarme! Leur parole n’est pas suffisamment tournée vers les salariés.

• En temps de crise, le discours est-il différent qu’à l’ordinaire ?
Oui. En temps de crise, le discours est beaucoup plus important qu’à l’ordinaire. Les crises successives que nous traversons ont transformé le monde de l’entreprise, notamment sur le plan de l’organisation avec le télétravail et apportent beaucoup d’incertitudes. Alors, comment faire pour motiver ses équipes quand on les voit peu et que le contexte est inquiétant ?
C’est la question centrale pour beaucoup de dirigeants. Finalement, la crise, quelle qu’elle soit, devient toujours une crise de la communication en entreprise. Il faut remobiliser ses salariés vers un objectif commun. Or, transmettre l’émotion, donner envie… Ça passe toujours par l’oral. La parole du dirigeant est un véritable levier en ce sens. Elle permet d’inspirer, de motiver, d’engager et in fine de permettre la performance de l’entreprise. La prise de parole du dirigeant est devenue stratégique.

• Comment intervenez-vous auprès des personnes intéressées ?
Nous avons créé une méthode qui est mécanique et scientifique : la méthode SPORT. Cette méthode, approuvée par des centaines de dirigeants permet à chacun de devenir inspirant en toute situation. Un dirigeant inspirant ça déclenche une spirale vertueuse : la parole devient motivante, les collaborateurs retrouvent du sens, les équipes augmentent leur performance et au final l’entreprise gagne en rentabilité. 73% des salariés jugent que l’expression orale du dirigeant exerce une influence décisive sur leur implication, leur fidélité et finalement leur bien-être au travail (Étude Whistcom-OpinionWay – novembre 2021). La méthode est testée en situation réelle lors de séances d’entraînement en visioconférence (avec nos experts) ou en présentiel dans notre Whistcenter à Paris (5 salles de formation permettent des mises en situation professionnelle: debout/assis/en réunion/avec fiches/avec micro…).

• Les résultats sont-ils rapides ?
Nous avons mis en place des outils de mesure des progrès effectués. Quand les dirigeants arrivent le premier jour, ils s’auto-évaluent sur un certain nombre de critères (leur plaisir à prendre la parole, leur aisance technique…). A la fin du parcours, ils se réévaluent sur ces critères, puis à nouveau quelques mois après. Les résultats sont éloquents, notre méthode permet de progresser de 30% en seulement quelques heures d’entraînement.
Outre cet indicateur, il y a l’enthousiasme de tous ceux qui sont passés par nos formations et les retours que nous avons de la part des entreprises concernées. On assiste parfois à des transformations radicales…, et il y a urgence, car aujourd’hui seuls 12% des salariés trouvent les discours de leurs dirigeants inspirants.

• Vous intervenez notamment au Maroc. A-t-on les mêmes difficultés à s’exposer en public qu’ailleurs ?
Effectivement, nous avons eu l’occasion d’intervenir au Maroc, notamment avec le Groupe Club Med. Il est vrai qu’il existe un certain nombre de craintes d’origine culturelle qui entravent les personnes à prendre la parole en public, comme partout d’ailleurs. Tout l’intérêt est de travailler sur la confiance en soi car la peur de parler en public vient presque toujours d’un manque de confiance.