Apprenez à  user de votre charisme !

Le charisme n’est pas réservé à une minorité ; chacun de nous en a mais il reste le plus souvent latent.
Des formations en développement personnel proposent des stages axés
sur
les techniques comportementales y compris le charisme.
Il n’a rien à voir avec le physique ; il est directement lié à l’estime
de soi.

Lorsqu’il entre dans une pièce, les regards se portent sur lui. Lorsqu’il prend la parole, un silence religieux s’installe. S’agit-il d’une star de cinéma, d’un imam ou tout simplement d’un politicien ? Que nenni. Seulement d’une personne charismatique. Un atout autrefois essentiel dans l’armée, la politique ou le spectacle, mais qui est devenu une véritable vertu en entreprise.
Grâce ? Charme ? Pouvoir de conviction ? Sorte de magnétisme ? Présence hors du commun ? Le charisme est un cocktail de toutes ces composantes. Certains pensent qu’il s’agit d’un don particulier conféré par la grâce divine. En fait, il s’agirait plutôt d’une personnalité suffisamment forte pour influencer les autres, contrairement au leader qui, s’il se situe au-dessus du lot, n’en entraîne pas pour autant les autres derrière lui.
Parfois, le charisme d’une personne, ou sa capacité à convaincre un groupe à aller dans un sens et non dans l’autre, est naturel. Mais, contrairement aux idées reçues, ce talent n’est pas inné. Tout être humain possède un charisme. Pour la majorité des gens, il est latent. Si l’on compare leur charisme à une lumière, il est l’équivalent d’une ampoule de 10 watts. Pour d’autres, il est de 1000 watts et davantage. Et donc, il se travaille, quelle que soit la personnalité (voir p. III).
Au demeurant, faire passer un message, cela se travaille autant que le message lui-même. Des recherches scientifiques ont montré que la gestuelle d’un orateur compte pour plus de 50 % dans l’impact de son message sur l’auditoire. Sa voix et son intonation comptent pour plus de 30 % et le sens des mots pour près de 10 %. Au total, près de 90 % du message relèvent du non verbal. Une personne charismatique sait rendre accessible ce qui est difficilement acceptable.

Tout défaut au niveau comportemental peut être atténué
C’est pourquoi le charisme est devenu, au fil du temps, une notion importante. D’ailleurs, les sondages le démontrent largement. En France, par exemple, sur un échantillon de 500 managers, près de 60 % d’entre eux estiment que le charisme est indispensable au travail et seul 1 % de managers ne partage pas cette idée. Par ailleurs, l’étude «Leadership Forecast», menée chaque année dans plusieurs pays, montre que le management des entreprises souffre d’un déficit chronique en matière de charisme. En fonction des pays ou des fonctions, ce sont de 38 à 46 % des salariés qui n’éprouvent aucune forme d’admiration envers leurs managers. Une forme de rejet qui peut se répercuter sur la motivation, le degré d’implication ou encore le niveau de confiance, donc sur le fonctionnement même de l’entreprise. Il fallait donc y remédier. Du coup, suivant les modèles déjà appliqués par les médias, le show-business ou la politique, l’entreprise s’est penchée à son tour sur cette notion avec l’aide d’experts et de coachs.
Evidemment, il est difficile de transformer un timide excessif en orateur vénéré. Néanmoins, tout défaut se corrige ou peut être atténué. Des sessions de formation consacrées au développement personnel proposent de plus en plus de stages axés sur les techniques comportementales. Et s’il n’est jamais question de charisme dans l’intitulé de ces formations, on s’en rapproche. Chez Deo Compétences, par exemple, on trouve des programmes sur mesure pour top-managers. On y travaille aussi bien son expression orale, sa gestion des priorités que son charisme. Au final, le module, étalé sur deux jours, renseigne les participants sur leurs forces et faiblesses en matière d’image de soi. IS Force, un institut de formation, propose également des modules de media training destinés à améliorer la capacité de persuasion.
Aujourd’hui, de plus en plus de hauts cadres suivent ce genre de formations. C’est le cas d’Ali Talbi, directeur de division dans une multinationale, qui, suite à un programme de coaching, a dû travailler son charisme pour mieux communiquer avec son équipe. «Souvent, on ne sait pas réellement quelle image on a auprès de son équipe. Cet exercice m’a permis de me connaître moi-même mais aussi d’apprendre auprès de mes collaborateurs», souligne-t-il.
Il ne faut pas non plus oublier que le charisme n’est utile que lorsque l’on s’en sert à bon escient. C’est ainsi que Ghita Mseffer, psychologue, souligne qu’«un manager qui abuse de son charisme finira par le faire éteindre».

Regard, corps, mental… il est important de travailler tous ces domaines
Si toutefois l’analyse des forces et faiblesses est importante pour travailler son image, d’autres facteurs peuvent notamment modifier la donne. En matière de charisme, la première impression est fondée sur l’attitude corporelle. Qu’ils soient beaux ou laids, certains en imposent tandis que d’autres donnent l’impression de vouloir fuir.
Et pour commencer, il y a l’importance du regard. Certains managers savent mieux que personne conquérir un auditoire en jouant de leur regard. «Souvent, lors des conférences de presse, certains managers ont la fâcheuse tendance à fixer leur présentation Powerpoint sur l’écran ou à jeter quelques regards à l’auditoire. C’est qu’ils cachent une forte timidité ou ne savent pas se comporter avec leur auditoire», note un expert en ressources humaines. Pour captiver son public, il faut suivre la salle du regard, par étapes, et s’attarder sur un visage. Un regard fuyant ou agressif ne fera que rétracter son public. Le corps doit également rester en harmonie avec le discours.

Enfin, travailler son charisme, c’est aussi abolir les protocoles qui paralysent.
«Le charisme n’est pas forcément lié à la fonction. Souvent, mes collaborateurs m’appelaient par mon titre de fonction. Or, cela me gêne, surtout de la part des personnes plus âgées que moi. J’ai aussitôt fait tomber cette barrière. Je leur ai demandé tout simplement de m’appeler par mon prénom. Pour moi, c’est une façon d’être au même stade que les autres», souligne le directeur des achats d’une grande entreprise de la place.
Après tout, comme le souligne Ghita Mseffer, le charisme est une affaire d’estime de soi. Il n’a rien à voir avec la taille, le poids ou la beauté. Il est plutôt la conséquence de ce que nous sommes. Si vous êtes bien dans votre peau, que vous aimez les gens qui vous entourent et vous leur manifestez de l’intérêt, les gens vous le rendront. Arrêtez également de vous excuser. Des phrases comme : «Je m’excuse de vous déranger mais j’aimerais rajouter …», «Désolé, j’aurais pu faire mieux…», «Je m’excuse de vous interrompre…» sont l’antithèse du charisme. Si vous ne vous estimez pas, les autres ne le feront pas non plus !

Avoir du charisme, ça s’apprend !
La communication non-verbale compte autant que la communication verbale. Sachez jouer avec les attitudes, gestuelles, positions spatiales, mimiques… Vous devrez apprendre à mieux connaître ces messages implicites que vous faites parvenir à votre interlocuteur afin de mieux les maîtriser. Bon à savoir :

Le regard
Il est le reflet de ce vous pensez et ressentez. Il doit être franc sans être agressif et insistant. Quelques secondes (juste assez pour pouvoir dire la couleur des yeux de l’autre) suffiront pour avoir un regard enveloppant. S’il est trop agressif, il fera naître chez l’autre un malaise.

S’il est fuyant, il va vous discréditer. Apprenez à sourire avec vos yeux.
Evitez d’entrer dans une salle ou d’arriver dans un groupe avec un regard fuyant.

L’écoute
Une présence forte dénote un charisme puissant. Comment développer cette présence forte ?
En étant très attentif et intéressé lorsqu’une personne vous parle. Écoutez avec vos yeux, vos oreilles et même votre corps (attitude ouverte vers l’autre). Surtout démontrez un intérêt sincère pour les personnes.

La voix
Elle confère l’autorité et la compétence. Une voix trop aiguë ou trop grave ou le fait de parler trop rapidement affaiblissent le charisme. Attention au ton de voix. Parlez sans avoir un ton cassant et adaptez-vous au rythme de votre interlocuteur.

La posture ou le langage du corps
La posture renseigne vos interlocuteurs sur votre état d’esprit car vos sentiments et vos états internes influencent votre posture.
Pour paraître calme, respirez profondément. Pour inspirer confiance, redressez-vous, tenez la tête bien droite. Ayez un regard direct et franc. Imaginez votre dernière réussite. Le souvenir d’une image de confiance vous amènera à une posture de succès et de pouvoir personnel.

Ce qu’en pensent des managers

Ali Talbi Directeur de division
«Le charisme est une affaire de valeurs et de conviction»
«Le charisme n’est pas forcément une qualité indispensable au travail. C’est un atout comme un autre, mais sans plus. Pour moi, c’est quelque chose qui me paraît naturel. Il doit aussi être lié à des valeurs de fond. Je suis sensible aux personnes qui ont foi en des valeurs qu’elles jugent bonnes.
Je suis un observateur très attentif des personnes charismatiques. Comment ils arrivent à se détacher ? Pourquoi sont-ils souvent écoutés ? Comment rendent-ils les choses intéressantes ?
Ceci dit, je ne cherche pas à appliquer leurs méthodes. J’essaie avant tout d’être moi-même, naturel, pragmatique et cool. Je n’ai donc pas vraiment de modèle. Suite à une formation sur le développement personnel, j’ai eu l’occasion de «travailler» mon niveau de charisme. Cela a été amusant pour moi de me découvrir et surtout de connaître l’image que les autres me renvoient de moi-même. C’est un exercice intéressant.
Depuis, au travail, j’essaie de me perfectionner dans ce domaine de manière progressive et naturelle. Par exemple, je cherche à ce que le courant passe avec mes collaborateurs. Mais je ne réfléchis pas aux moyens d’avoir de l’influence. Je crois en certaines choses et je les défends.»

Mohamed A. Directeur des achats
«Le charisme n’est pas forcément lié à la fonction de patron»
«Le charisme n’est pas forcément lié à la fonction. J’ai connu des commerciaux ou bien même des assistantes de direction qui avaient beaucoup de charisme. Ces personnes arrivaient à faire adhérer les autres sans avoir aucun titre de pouvoir. Je pense que le charisme est très lié au contexte ou à une situation donnée. C’est parfois dans les moments difficiles que les personnes charismatiques arrivent à se sortir de la situation et à en faire sortir les autres. Pour un manager, cet atout peut être important. Il ne faut pas oublier qu’une équipe reflète toujours le comportement de son patron. Un manager charismatique a la capacité de faire que son équipe aille plus loin, vers une fierté plus grande dans son travail, tout en vivant dans l’harmonie. Cela demande forcément du courage.»
brahim habriche