Les exportations de l’automobile en stagnation sur les quatre premiers mois de l’année

Les ventes des composantes construction et intérieur véhicules sont à l’origine de ce surplace. Le déficit de la balance des biens s’est creusé de 5%, à 67,3 milliards de DH. Les envois des MRE comme le solde de la balance voyage se sont également inscrits en baisse.

Les échange extérieurs, selon ce que donnent à voir les statistiques de l’Office des changes, évoluent suivant un schéma resté à peu près le même depuis des années : d’un côté, un déficit structurel, souvent en aggravation, de la balance des biens, de l’autre côté, un excédent tout aussi structurel de la balance des services, et, enfin, des flux financiers fluctuant au gré de la conjoncture. Et dans la mesure où le déficit de la balance des biens est très important, les excédents dégagés par la balance des services ne suffisent plus, depuis 2008, à le combler ; même en y ajoutant les transferts des MRE. C’est la raison pour laquelle, depuis dix ans, le compte des transactions courantes est invariablement déficitaire.

Croissance soutenue des expéditions de phosphate et dérivés

La situation des échanges extérieurs sur le premier quart de l’année 2019 se trouve, à peu de choses près, dans cette configuration. Les indicateurs publiés par l’Office des changes à ce sujet montrent en effet qu’à fin avril la balance des biens est déficitaire de 67,3 milliards de DH, soit une aggravation de 5%. Ce déficit commercial trouve son origine dans une hausse plus importante des importations (+4,7% à 167,6 milliards de DH) que celle des exportations (+4,5% à 100,4 milliards de DH).

Comme le montrent les chiffres de l’Office des changes, tous les groupes de produits à l’importation ont enregistré des augmentations ; en particulier les biens d’équipement (+7,2%), les demi produits (+7,1%), les produits énergétiques (+5,5%). Les exportations, en revanche, ont évolué de façon différenciée. Si les phosphates et dérivés ont réalisé une croissance de 16,1% à 15,8 milliards de DH, l’agriculture et l’agro-alimentaire de 4,3% à 25,3 milliards de DH, les autres groupes d’exportation par contre ont évolué modestement. C’est le cas notamment de l’automobile, dont les expéditions n’ont progressé que de 0,3% à 27,245 milliards de DH. Cette quasi-stagnation de l’automobile, explique l’Office des changes, résulte essentiellement de la baisse des ventes des composantes construction (-6,8%) et intérieur véhicules et sièges (-1%), d’une part, et la hausse des ventes de câblage (+5,9), d’autre part. Ce faisant, la part de ce secteur dans le total des exportations recule à 27,1% contre 28,3% un an auparavant, même si l’automobile occupe toujours le premier poste des exportations du Maroc.

La même évolution a été relevée à propos du textile et cuir, dont les ventes ont augmenté d’un petit 0,2% à 13 milliards de DH. Là encore, les composantes de ce groupe de produit ont réalisé des résultats inégaux : +1,2% pour les vêtements confectionnés, +0,8% pour les articles de bonneterie et -8,7% pour les chaussures. Le secteur de l’industrie pharmaceutique, par contre, a vu ses expéditions baisser carrément : -1% à 1,4 milliard de DH.
Le secteur des services, suivant les données disponibles, n’a pas fait preuve de dynamisme au cours des quatre premiers mois de 2019. Même si la balance des services a dégagé un solde excédentaire de 27,2 milliards de DH, en amélioration de 10,5% en glissement annuel, ce résultat à vrai dire est le fait exclusif de la baisse des importations (-8,7%) ; les exportations de services ayant par contre légèrement reculé (-0,4%).

L’excédent des services ne couvre même pas la moitié du déficit

On le voit clairement, l’excédent des services (+27,2 milliards) ne couvre même pas la moitié du déficit de la balance des biens (-67,3 milliards). Il faudra trouver le complément dans les recettes de tourisme, lesquelles se sont établies à 22,7 milliards de DH, en hausse de 1,5% par rapport à la même période de 2018. Mais comme les dépenses de tourisme ont augmenté de 13% à 5,9 milliards de DH ; l’excédent de la balance voyage a baissé de 2% à +16,8 milliards de DH par rapport à avril 2018. Mais le compte n’y est toujours pas : il manque encore 23,3 milliards pour combler le déficit des biens ! Qu’à cela ne tienne ! Il y a les recettes MRE. Les envois de fonds effectués par les Marocains résidents à l’étranger ont rapporté 20,5 milliards de DH à fin avril, un montant en baisse de 2,9% par rapport à avril 2018, indique l’Office des changes.

Ainsi, en additionnant les excédents des balances des services, de voyage et des transferts courants (ceux des MRE principalement), il manque encore près de 3milliards de DH pour équilibrer la balance des biens. Peut-être même plus d’ailleurs, car dans les données sur les échanges extérieurs à ce moment de l’année, il manque celles relatives à la balance des revenus. Or, nous le rappelons souvent ici, le solde de cette balance est structurellement déficitaire. Partant de là, le compte des transactions courantes sur le premier trimestre de l’année, et qui sera publié fin juin, ne comportera aucune surprise. Comme c’est le cas depuis 2008, il sera déficitaire. Tout simplement. La seule inconnue, et encore !, c’est l’amplitude de ce déficit. Il faut rappeler ici que le déficit courant en 2018 a dépassé toutes les prévisions, même les plus pessimistes. Il s’est établi à 5,4% du PIB, soit le plus haut depuis 2014.

Le flux des investissements directs étrangers (IDE), sur le premier quart de l’année 2019, ont chuté de 23,3% à 5,8 milliards de DH. Cette baisse est le résultat combiné d’une diminution des recettes d’IDE de 9,5% à 10,7 milliards de DH d’un côté, et d’une hausse des dépenses de 15,6% à 4,8 milliards de DH.
En revanche, le flux des investissements directs marocains à l’étranger (IDME) a enregistré une progression de 70,6% à 3,33 milliards de DH. Les dépenses stricto sensu d’IDME ont augmenté de 56,1% à 4,04 milliards de DH, atténuées par une hausse des recettes de 11,5% à 707 millions de DH.