AUTOMOBILE : Entretien avec Adil Bennani, Président de l’Aivam

Le niveau des prix pratiqué aujourd’hui capte la demande d’une clientèle portée en premier lieu sur ce qu’il y a de plus abordable pour satisfaire son besoin de mobilité. Le marché croît également par le haut, mais dans une moindre mesure. La croissance des ventes devrait s’établir à 10% maximum en 2017.


Les chiffres de la profession montrent une activité en hausse de 14,5% à fin Avril. Comment lisez-vpis cette dynamique du marché ?

Le marché automobile demeure en progression à fin avril. Toutefois, le taux de croissance est inférieur à celui du premier trimestre, ce qui dénote d’une légère décélération à la fois pour le véhicule particulier et l’utilitaire léger. En gros, le principal driver de la croissance du marché reste le véhicule de tourisme importé (CBU: +11%) sachant que Dacia a réalisé une performance exceptionnelle sur le montage local (CKD) avec 41% de croissance. Dans le détail, le segment Small low Hatchback (SLH), qui englobe les citadines, continue sur sa lancée. Ses ventes ont crû de 30% à fin avril. Le Commercial Derivative Vehicle (CDV) qui couvre le mono et ludospace a vu ses ventes augmenter de 4%. Ce léger ralentissement s’explique par le retard de déblocage des budgets dans le cadre du dispositif de prime à la casse. Tandis que les ventes des SUV-Crossover ont augmenté de 22% sur les quatre mois de l’année.  C’est dire que nous sommes toujours en présence d’un marché qui croît par le bas et où la clientèle cherche à satisfaire son besoin de mobilité en proportion de ses moyens.

Est-ce que le niveau des prix pratiqués, notamment chez les généralistes et les segments de masse, aident dans ce sens ?

Effectivement. Le niveau des prix pratiqué aujourd’hui capte la demande d’une clientèle portée en premier lieu sur ce qu’il y a de plus abordable pour satisfaire son besoin de mobilité. Nous estimons, à ce titre, que les prix sont au plus bas du marché. Je me rappelle il y a quelques années que je me plaignais auprès des constructeurs en raison des prix élevés des véhicules dédiés au Maroc en comparaison aux autres continents notamment l’Europe. C’est le contraire qui se produit actuellement. Sur plusieurs modèles, nous sommes plus compétitifs puisque nous avons de plus en plus des produits avec les mêmes motorisations et dotations d’équipement, à des prix moins chers. Il faut dire aussi que le jeu de la concurrence nivelle les prix par le bas. Les concessionnaires n’ont plus d’autres choix que de tailler dans leurs marges. Nous gagnons moins d’argent par véhicule que ce que nous faisons il y a dix ans. Cela dit, le marché croît également par le haut, mais dans une moindre mesure. Preuve en est les ventes du premium sont en hausse de plus de 15%.

En dehors de ce critère de prix, quelles sont les autres tendances qui façonne la dynamique du marché aujourd’hui ?

Pour comprendre la réelle dynamique du marché et les habitudes d’achat de la clientèle, nous menons actuellement une grande étude que nous avons déjà réalisé en 2016. Toute chose étant égale par ailleurs,  trois grandes conclusions sont à retenir : la demande provient surtout des primo-accédants,  les gens s’équipent davantage par besoin de mobilité, et le délai de renouvellement s’allonge. Ceci dans un contexte de prix en baisse, et de formules de financement encourageantes. L’étude de 2016 a souligné également l’arrivée, sur les 5 aux 10 prochaines années, de ménages ayant un besoin de mobilité et le pouvoir d’achat pour le satisfaire. Ce qui dénote du potentiel de croissance durable du marché automobile sur les années à venir. 

Comment avancent vos démarches dans le cadre de l’Aivam pour faire aboutir les chantiers prioritaires de la profession ?

Nous venons de tenir notre première réunion avec l’autorité de tutelle. Nous négocions actuellement le calendrier pour prioriser les chantiers qui nous semblent les plus urgents. Pour structurer notre démarche, une feuille de route a été arrêtée.

Cette dernière est déclinée en quatre familles de chantiers : l’aspect réglementaire pour faciliter nos activités, le développement du marché, la communication et relations publiques pour promouvoir l’association et ses actions et les services aux membres pour fournir plus de valeur ajoutée aux adhérents. En ayant à l’esprit que notre mission à l’Aivam c’est de développer notre business mais aussi de le réguler. Ces deux buts vont guider nos négociations avec les pouvoirs publics et nos propositions pour le projet de Loi de finances 2018. Il en est ainsi de la limitation de l’âge des véhicules et l’instauration d’une prime à la casse pour les propriétaire de l’ancien parc voulant acheter des véhicules neufs. Nous avons réalisé plusieurs scénarios qui démontrent que les effets positifs qui découlent de ces mesures justifient largement leur adoption.

Au vu des réalisations du marché à fin avril, le record de 2016 sera-t-il battu ?

Battre le record des ventes de 2016 veut dire simplement faire de la croissance. Nous ferons sûrement de la croissance en 2017 mais d’une ampleur relativement limitée que celle de 2016. La profession table sur des ventes en hausse de 10% maximum.