Trois mois pour renouveler sa carte d’identité nationale !

Quelques clics, une bonne blague avec le copain du bureau d’à  côté, une petite discussion personnelle sur son portable, et voilà  enfin le policier qui sort la fameuse carte d’identité, qu’il remet à  l’heureux récipiendaire, en lui adressant ses chaleureuses félicitations. Le citoyen ne pensait pas qu’il allait passer un examen et n’attendait donc aucune félicitation pour une épreuve qui aura duré trois mois et nécessité des heures d’attente, de déplacements ainsi que des frais au-dessus d’une moyenne raisonnable.

Ici, il ne sera pas question de tribunal, histoire de changer un peu, mais toujours de l’administration, aussi tatillonne qu’insensible aux réalités quotidiennes des citoyens.

Il s’agit de l’histoire d’un Casablancais qui veut renouveler sa carte d’identité nationale. Renseignements pris, il lui faut produire un certificat de résidence, un extrait d’acte de naissance et quatre photos d’identité. Muni de ces documents, il se présente au service des cartes d’identité relevant de la préfecture de police. Première déconvenue : le fonctionnaire lui explique que tous les documents présentés ne sont pas valables, et qu’il convient de les refaire… mais chez la police cette fois.

Direction, l’arrondissement de Californie pour se faire délivrer un certificat de résidence. Là, le préposé au guichet lui exige un extrait original de l’acte de naissance et non un simple extrait. Problème : l’extrait original n’est délivré que par la préfecture du lieu de naissance… qui se trouve être Rabat, pour notre citoyen.

Le voilà donc obligé de se rendre dans cette ville, à l’arrondissement concerné. Cela lui vaut une matinée de voyage, d’attente et de palabres. Sa demande est enregistrée, mais on l’informe que le précieux document ne sera prêt que le lendemain. Bref, il devrait refaire le même trajet et perdre à nouveau, si la promesse est tenue, une nouvelle demi-journée de travail. Notre Casablancais, qui n’ignore rien de certaines pratiques, se résout à distribuer quelques petites coupures et, miraculeusement, l’extrait lui est remis (en trois exemplaires), peu de temps après.
Il retourne à l’arrondissement de Californie, à Casablanca, où le certificat de résidence lui est enfin délivré. 

Quelques jours plus tard, (il fallait  souffler un peu), notre citoyen reprend le chemin de la préfecture de police, remet ses documents, se fait prendre les empreintes, s’acquitte des droits de timbre de 75 DH et obtient, enfin, le précieux récépissé de dépôt de renouvellement de la CIN.  
On l’invite à repasser dans quinze jours pour récupérer sa carte nationale. Prudent, notre citoyen laisse passer un mois entier -on ne sait jamais- et revient à la préfecture. On lui apprend que sa carte n’est pas confectionnée à cause d’un léger problème, semble-t-il. Les agents en service s’affairent, s’interrogent, scrutent les documents remis à la loupe pour déceler l’erreur ; mais tout semble parfait… Sauf que, en vérifiant les dates, les fins limiers de la police ont fait une découverte troublante : l’ancienne carte nationale ne comportait que l’année de naissance, alors que l’extrait original de l’acte de naissance précise le jour et le mois de naissance !

Solution : nouveau déplacement à Rabat pour demander, cette fois, une copie complète des registres de naissance. Mêmes problèmes que la fois précédente (attentes, discussions et négociations), avant d’obtenir le document demandé qui est remis sans délai à la police pour compléter le dossier. Cette fois-ci, tout semble o.k. et, quelques semaines après, il part récupérer sa CIN. Une fois sur place, il se retrouve devant un policier affable et efficace, mais débordé : le bureau est plein de monde, il y a du bruit et de l’agitation. Néanmoins, le policier invite notre ami à prendre son mal en patience… et lui propose même de s’asseoir un instant… sans réaliser qu’il n’y a aucune chaise disponible !  
Le citoyen reste calme, observe ce qui se passe autour de lui et, au bout d’un quart d’heure, s’enquiert poliment de la suite des évènements. L’initiative était judicieuse car le policier l’avait oublié. Il l’invite séance tenante (pour la seconde fois) à venir s’asseoir à côté de lui, afin d’activer la procédure de remise. Toujours pas de chaise à l’horizon, mais le fonctionnaire, cette fois, s’affaire pour de bon. Quelques clics, une bonne blague avec le copain du bureau d’à côté, une petite discussion personnelle sur son portable et, enfin, le voilà qui sort finalement la fameuse carte d’identité, qu’il remet à l’heureux récipiendaire, en lui adressant ses chaleureuses félicitations.

Le citoyen ne pensait pas qu’il allait passer un examen et n’attendait donc aucune félicitation pour une épreuve qui aura duré trois mois et nécessité des heures d’attente, de déplacements ainsi que des frais au dessus d’une moyenne raisonnable.
Mais avec l’administration marocaine… pourquoi faire simple, quand on peut compliquer la vie des citoyens.