Manuel Valls loue la stabilité politique du Maroc et anticipe la victoire du RNI au scrutin du 8 septembre

Dans une tribune publiée sur le Journal du Dimanche (le JDD), l’ancien Premier ministre français Manuel Valls estime que les élections du 8 septembre au Maroc auront une importance significative pour l’Europe et l’Afrique. Il estime que la France et l’Europe, mais aussi le Maroc auraient tout à gagner que le gouvernement du Maroc soit dirigé par un stratège.

L’ancien locataire de Matignon, Manuel Valls, s’est particulièrement intéressé au scrutin du 8 septembre. Selon lui, après avoir passé dix ans à la tête du gouvernement, le PJD est déjà donné perdant. L’ancien haut responsable a par contre loué les qualités du ministre de l’agriculture, Aziz Akhannouch, qu’il considère comme l’un des favoris de ce scrutin. Il a de même salué, dans cette tribune ((https://www.lejdd.fr/International/tribune-manuel-valls-la-france-a-besoin-dun-maroc-stable-4064971), la fin de la « brouille » entre Rabat et Madrid.

Ainsi, passant en revue les différentes crises que traverse le monde arabo-musulman, la situation en Afghanistan, les guerres d’Irak et de Syrie, les conséquences désastreuses du « printemps arabe », l’ancien Premier ministre a conclu qu’il existe pourtant dans le monde arabo-musulman au moins une raison d’espérer. En effet, au Maroc, poursuit-il, « le 8 septembre, se tiendront le même jour – et c’est une première dans l’histoire du pays – des élections législatives, municipales et régionales. L’enjeu est de taille car les « islamistes » du PJD, qui ont dirigé deux coalitions gouvernementales depuis 10 ans, peuvent perdre les élections législatives. Le Maroc pourrait donc écrire une nouvelle page de son histoire politique post-printemps arabes ».

Depuis 18 mois, ajoute Manuel Valls et sans que les observateurs ne le soulignent suffisamment, la diplomatie marocaine a été très active (inauguration de plusieurs consulats dans le Sahara marocain, accueil des différentes parties libyennes pour trouver une issue au conflit qui les oppose, etc.). « Ce déploiement a été couronné par l’accord tripartite (Maroc, USA, Israël) signé le 22 décembre 2020 où le Maroc s’est engagé à rétablir ses relations diplomatiques avec Israël et les États-Unis à reconnaître la souveraineté du Royaume sur le Sahara ». L’ancien chef du gouvernement français a également évoqué la récente visite au Maroc du ministre des Affaires étrangères israélien ainsi que l’inauguration du bureau de liaison de l’État hébreu à Rabat.

Le dirigeant franco-espagnol n’a pas manqué non plus de mentionner la récente crise diplomatique entre le Maroc et l’Espagne, mais, pour lui, aujourd’hui, après que Madrid et Rabat et surmonté cette crise, c’est « le début d’une étape inédite dans les relations entre les deux pays ». C’est pour dire que, d’après lui,  « tout cela démontre le rôle stratégique du Maroc en Méditerranée et en Afrique – où il est extrêmement actif sur les plans économique et politique -, dans la gestion des flux migratoires ou dans la lutte contre le terrorisme et le crime organisé (notamment le trafic de drogues). Les révélations cet été sur l’utilisation par les services de sécurité marocains du logiciel espion israélien Pegasus ne semblent pas affecter, en attendant les résultats de différentes enquêtes, les relations avec ses principaux partenaires ».

Pour Manuel Valls, « l’Europe et donc la France ont besoin d’un Maroc stable, coopérant et porté par la croissance. Les avancées démocratiques tranchent avec la situation de ses voisins du Maghreb ». En parlant justement du processus démocratique, l’ancien haut responsable français, estime à ce propos que, « les élections du 8 septembre sont donc à suivre attentivement ». Les sondages sont certes interdits au Maroc, note-t-il, « mais les élections des chambres professionnelles tenues le 6 août 2021 ont vu la victoire du RNI (Rassemblement National des Indépendants). Ce parti se définissant comme social-libéral/social-démocrate est dirigé par Aziz Akhannouch depuis 2016. (…). Nombre d’observateurs politiques y voient ainsi les prémices d’un possible succès le 8 septembre ». Aziz Akhannouch devient, donc, un candidat privilégié pour le poste de chef de gouvernement.

Ministre de l’Agriculture depuis octobre 2007, « il a mis en œuvre le Plan Maroc Vert lancé en 2008 par Mohamed VI. Faisant de l’agriculture une priorité nationale, ce plan affiche de véritables succès avec notamment une augmentation nette du PIB agricole (de 65 milliards en 2008 à 125 milliards de dirhams en 2018), une forte hausse des exportations agricoles (2,4 fois) et 2 milliards de m3 d’eau d’irrigation économisés et valorisés annuellement – ce qui se retrouve dans la croissance du PIB qui est passée de 7% (1998-2008) à 17% (2008-2018) ». En conséquence, poursuit-il, devant ces réussites, le Souverain lui a confié également en février 2020 la stratégie de développement agricole « Génération Green ».

En définitive, conclut Manuel Valls, « le 8 septembre, 18 millions d’électeurs marocains pourront faire leur choix. Le jeu politique marocain peut relever de nombreuses surprises. Les partis traditionnels (le PJD, le PAM ou le parti de l’Istiqlal) sont loin d’avoir dit leur dernier mot. Et dans toutes les hypothèses, le mode de scrutin à la proportionnelle implique un gouvernement de coalition ». Cependant, relève-t-il, « nous aurions tout à gagner que le gouvernement du Maroc soit dirigé par un stratège, un entrepreneur moderne avec une véritable vision économique et sociale capable de relever les défis du Maroc ».