Les Abattoirs avicoles souffrent de la crise Covid-19

Les abattoirs avicoles, installés à la base pour répondre à la réglementation, accompagner la modernisation et la mise à niveau du secteur, n’ont malheureusement jamais eu l’opportunité à ce jour de travailler dans un contexte concurrentiel sain et vivent une crise structurelle liée à la non-application de la loi relative à l’abattage particulièrement sur le poulet, indique un communiqué de l’Association Nationale des Abattoirs Industriels Avicoles (ANAVI) parvenu ce jeudi 16 Juillet 2020 à La Vie éco.

 

Les différents textes de lois et circulaires conjointes entre les Ministères de l’Intérieur, de l’Agriculture et de l’Industrie n’ont jamais permis de faire évoluer la situation, poursuit le communiqué de l’ANAVI.

Depuis 2007, date de la promulgation de la loi 49/99 et malgré les efforts de l’ANAVI, de la FISA ainsi que de la sensibilité du Ministère de l’Agriculture et de l’ONSSA, nous n’arrivons pas à franchir ne serait-ce que le cap des 10% (8% en 2019) de l’abattage contrôlé du poulet dans notre pays, précise la même source.

Ainsi, si les abattoirs sont soumis, à juste titre, à un contrôle sanitaire très stricte et régulier de l’ONSSA et à des contraintes très fortes de protection des salariés, de préservation de la chaîne du froid, de gestion des déchets… ils se retrouvent encore en 2020 face à un très large marché non contrôlé opérant dans des conditions non réglementaires qui met leur survie en sursis.

Dans ce contexte déjà extrêmement difficile en temps normal, la crise COVID19 a accentué les difficultés des abattoirs. Leur marché, limité sur le poulet, aux enseignes modernes qui représentent moins de 4% du flux commercial national de la volaille et à la restauration collective, sur sa toute petite partie qui
respecte la loi, évaluée à 4% du même flux (sur un potentiel de 35%), a été très durement affecté aussi bien en termes de volume que de prix et de recouvrement.

L’évolution encourageante de 13% sur le premier trimestre reste corrélée à l’évolution de la production de poulet sur le plan national et limitera le niveau d’abattage contrôlé sous la barre des 9%. Si on devait tenir compte de la tendance du premier trimestre, la baisse sur le second dépasserait les 50% des volumes escomptés, ajoute le communiqué.

Les prix ont connu pour leur part, sur cette période COVID, une baisse de plus de 25% en moyenne mettant les abattoirs dans une situation de trésorerie extrêmement tendue…

Sur la dinde, plus évoluée dans l’abattage contrôlé que le poulet (près de 75% transitent par les abattoirs agréés en raison de sa taille), le marché s’est retrouvé avec la crise avec des volumes en attente d’abattage sans précédent face à une demande en très large décrue. Malgré tous les efforts fournis par les abattoirs et le stockage massif, la situation est catastrophique aussi bien pour les abattoirs que pour nos partenaires éleveurs. Les baisses importantes des volumes et des prix (plus de 40% comparés à la période) ne permettent pas de réduire les stocks sur pied et affaiblissent encore plus les abattoirs.

Le chiffre d’affaires des abattoirs s’est ainsi retracté, par rapport à une période normale, de plus de 500 millions de dirhams (sur ces 3 derniers mois) occasionnant un lourd déficit de trésorerie et un nouveau péril pour l’écosystème. Pour rappel, notre activité représente près de 5000 emplois directs et plus de 12000 indirects.

Malgré cela et par devoir national, nous avons préservé un maximum d’emplois et poursuivi l’alimentation du marché de façon normal tout le long de cette crise, précise l’ANAVI.

« Notre appel de détresse, encore une fois, en direction des autorités, vise à permettre à notre pays de sauver ce secteur, non pas par une quelconque subvention mais par l’application de la loi. Plus d’une dizaine d’abattoirs sur trente ont déjà arrêté leur activité ces dix dernières années, une dizaine d’autres fonctionnent de façon intermittente et d’autres envisagent actuellement d’arrêter alors que le pays a besoin d’une trentaine d’abattoirs régionaux. Le Covid ne sera qu’un accélérateur mais il est aussi une forte alerte sur les maladies transmissibles à l’Homme par les animaux. Personne n’a oublié la grippe aviaire.
A ce titre, il y a lieu de signaler que même la Chine pays de vente de vif par excellence vient d’annoncer un vaste programme de suppression de la vente de volaille en vif :
(cf https://www.20minutes.fr/monde/2815631-20200706-chine-volaille-vivante-train-etre-bannie-marches)

Nous avons, en tant qu’Association membre de la FISA, essayé de jouer notre rôle du mieux possible en faisant des propositions pratiques de mise à niveau du secteur non contrôlé, malheureusement sans écoute ni résultat concret sur le terrain à ce jour. » détaille l’ANAVI dans le communiqué.

L’idée simple et éprouvé est de transformer les « Ryachats » en points de vente à l’image de certains pays limitrophes qui ont réussi la transition. Le positionnement de nos « Ryachats » dans des endroits stratégiques dans les villes leur permettra de maintenir leur volume de vente auquel ils pourraient adjoindre les produits à base de dinde, les oeufs, la charcuterie..

Ce serait également une avancée notable dans le processus de modernisation du commerce de proximité dans notre pays avec tout ce que cela engendre en termes d’impact sur la qualité, l’environnement, le développement de la distribution des produits frais et congelés, l’insertion dans le circuit formel…

La volonté de l’Association membre de la FISA est et sera de mettre en place des partenariats gagnant-gagnant avec ces nouveaux points de vente, assurer la traçabilité et la sécurité qui manquent sur le dernier maillon d’une chaîne avicole très avancée dans son amont et très en retard au contact du consommateur.

Le début de l’histoire pourrait commencer très rapidement par le contrôle strict de la restauration collective dans son ensemble (hôtels, cantines, rôtisseries, snacks, restaurants, traiteurs…) avant de s’élargir sur le volet transformation des Ryachats en points de vente contrôlés, aidés en cela par les subventions négociées en leur faveur par l’ANAVI et la FISA.

Aujourd’hui plus que jamais, l’ANAVI appelle de tous ses voeux les autorités et à leur tête le Ministère de l’Intérieur à mettre en place les mécanismes nécessaires pour l’application de la loi. Nous comprenons qu’il faudra, sur certains points, le faire sur une phase progressive et nous sommes prêts à participer à ce processus, en tant que force de proposition, afin de lever le plus efficacement possible toutes les contraintes en partant du principe d’insertion et de préservation des emplois mais aussi et surtout de la préservation de la santé de nos concitoyens.