Le gouvernement coupe l’antenne aux conseillers

Les « droits d’informer » des conseillers ne passeront plus en direct, l’opposition envisage de boycotter Benkirane.

Abdelilah Benkirane a décidé de couper l’antenne aux conseillers pendant les fameux, et néanmoins contestés, droits d’informer diffusés en direct à chaque début de séance des questions orales. Pour motiver cet acte, le chef du gouvernement évoque à la fois la dernière décision du Conseil constitutionnel relative au droit d’informer chez les députés de la première Chambre et une autre décision, qui date, elle, de 1998. Bien sûr, cet argumentaire a été rejeté en bloc par les conseillers qui considèrent que le chef du gouvernement «use des moyens et du pouvoir de l’État pour museler l’opposition». Les plus versés dans le droit constitutionnel parmi nos élus estiment, eux, que le gouvernement ne peut pas changer une loi. Cela d’autant que, par sa décision évoquée par l’Exécutif, le Conseil constitutionnel n’a pas privé les députés de leur droit d’informer qui fait toujours partie de la séance des questions orales. Ce à quoi rétorque le gouvernement, par la voix de son porte-parole et ministre de la communication, en précisant que les conseillers gardent leur liberté de programmer leur droit d’informer, mais hors antenne. Cela pour se conformer aux cahiers des charges de l’audiovisuel.

Bien sûr, les partis de l’opposition, qui disposent de la majorité des sièges, ne vont pas se laisser faire. Ils étudient déjà la possibilité de boycotter le passage mensuel du chef du gouvernement (art.100) comme riposte.
Voilà donc une nouvelle et tout à fait inutile bataille que se livrent les deux camps. Une question toutefois : Pourquoi le chef du gouvernement n’a jamais trouvé rien à redire, pendant ces deux dernières années, sur une tradition qui date de près de deux décennies ?