Karim Tazi, principal actionnaire de Telquel, quitte le navire

Karim Tazi, l’un des deux actionnaires du magazine hebdomadaire TelQuel vient d’annoncer qu’il se retirait du tour de table, une semaine après l’annonce du lancement de la nouvelle formule de Telquel.

C’est une nouvelle qui fait l’effet d’une bombe dans le milieu de la presse. Et pour cause, elle intervient alors même que le magazine entreprend de lancer sa nouvelle formule et d’investir davantage le web en lançant un nouveau site.  Dans un long communiqué, Karim Tazi, qui avait repris l’hebdomadaire avec Khalid Hariry le 4 avril 2013, explique à ce sujet qu’en huit mois « beaucoup de choses ont été réalisées qui sont le résultat de l’implication des actionnaires dans l’entreprise de restructuration de la société d’édition. Certaines ne sont pas visibles par le lecteur car elles se rapportent à un travail ingrat, mais essentiel d’assainissement financier dont le journal avait besoin ».

Toutefois, malgré ce travail de restructuration et d’assainissement entrepris depuis plusieurs mois,  Karim Tazi explique sa décision de quitter Telquel en raison de divergences philosophiques entre actionnaires. « Ces huit mois de travail intense et de confrontations d’idées, ont graduellement fait apparaître, entre actionnaires, des divergences philosophiques qui présentaient un risque réel d’exacerbation », souligne Tazi dans son communiqué.
Et d’ajouter, qu' »en matière éditoriale, les notions de qualité, d’indépendance ou d’équilibre ne répondent pas une définition scientifique et chacun peut, en toute bonne foi, en avoir une conception propre ». En lisant entre les lignes, on comprend que l’engagement de Tazi l’entrepreneur et militant associatif n’a pas pu trouver de terrain d’entente avec la question de la solvabilité économique, défendue par Hariry.

Une presse libre ne peut pas plaire aux décideurs

Pour l’ex-actionnaire, en « cette période de singulier rétrécissement des espaces de liberté, Telquel doit entretenir sa différence, voire son caractère unique, en permettant de traiter les sujets qui fâchent (…) Il doit le faire tout en demeurant indépendant et critique à l’égard de l’ensemble des pratiques, approches et analyses ».

Karim Tazi juge également que « cette posture militante implique des risques et notamment celui d’indisposer certains décideurs, politiques et annonceurs ». « Ceci a suscité, parmi les administrateurs de Telquel des craintes que d’aucuns jugeront compréhensibles. C’est à la fois l’évaluation de ces risques, mais aussi des réelles marges de manœuvres qui existent malgré tout, qui ont fait l’objet d’appréciation différente parmi les actionnaires », ajoute-t-il.

« N’ayant eu, depuis le départ, aucun autre objectif que la pérennité de Telquel, j’ai estimé que ni le travail quotidien des journalistes, ni les prochaines étapes du processus de transformation que connaît le magazine, ne devaient être perturbées par de telles divergences », affirme Karim Tazi qui ajoute que « Pour toutes ces raisons, et considérant qu’on ne change pas de pilote pendant le décollage, j’ai préféré céder mes parts dans le capital de Presse Directe à Mr El Hariry, qui était déjà en charge de la direction opérationnelle de l’entreprise, et qui reste seul maître à bord ».