Faut-il se fixer un nouvel objectif pour le PIB industriel ?

Plus d’un quart de l’objectif que le gouvernement s’est fixé en matière de PIB industriel est déjà  acquis par le seul changement de l’année de base des comptes nationaux.

Il y a un peu plus d’une année, le gouvernement s’était fixé comme objectif, dans le cadre de la stratégie industrielle, de rehausser la part de ce secteur dans le PIB de 14% à 23% à l’horizon 2020. Avec le changement de l’année de référence des comptes nationaux, auquel le HCP a procédé tout récemment, 2,3 points sont déjà acquis, soit 25,6% de l’objectif, par le seul fait de ce changement. La part du PIB industriel dans le PIB global, pour l’année 2014, s’établit en effet à 16,3% sous la nouvelle année de base 2007 au lieu de 14% sous l’ancienne année de base 1998. C’est évidemment un gain important, mais cela pose peut-être la question de savoir si, compte tenu de cette nouvelle donne, il ne faudrait pas, en conséquence, fixer un nouvel objectif qui porterait la part du PIB industriel à 25% du PIB global. Logiquement, le gain mécanique découlant de la mise à niveau des comptes nationaux ne devrait pas en effet être intégré dans l’objectif fixé au départ et qui était de réaliser une montée de l’industrie d’environ 1 point de PIB chaque année.

En réalité, l’objectif du gouvernement paraît tellement ambitieux –ce qui n’est pas une mauvaise chose en soi, bien au contraire– que des experts ne cachent pas leur scepticisme quant à la possibilité de le réaliser en si peu de temps. Les objectifs du gouvernement en matière industrielle, notamment à travers le Plan d’accélération industrielle, sont très ambitieux. «Il faut remonter aux années 70 et se déplacer en Asie du Sud-Est pour observer des phénomènes de décollage industriel similaires», déclarait à La Vie éco, il y a quelque temps, l’économiste en chef de la Banque mondiale pour la zone MENA, Shantayanan Devarajan (www.lavieeco.com).

Celui-ci précisait en outre que «partout où le décollage industriel a été possible, il a été précédé non seulement d’une dévaluation du taux de change effectif réel, mais surtout de réformes structurelles fortes, notamment de l’éducation pour pouvoir remplir les usines avec une main-d’œuvre qualifiée». Le moins qu’on puisse dire à cet égard est que cette condition liée à la réforme de l’éducation ne semble pas devoir être remplie de sitôt. Cette réforme est la plus ardue de toutes, et la preuve est là : on en parle depuis longtemps déjà mais on n’en voit toujours pas les résultats…