Export-primeurs : chute de la demande sur les marchés européens

Patriotisme économique, chamboulement du mode de consommation et baisse du pouvoir d’achat des ménages à l’origine de la situation. Le problème de logistique pour acheminer les produits à travers l’Europe est aussi en cause.

Les effets collatéraux du Covid-19 n’épargnent visiblement aucun secteur d’activité. Après la ruée sur les marchés durant les premiers jours du confinement générant un nombre croissant de commandes d’achat passées par des entreprises agroalimentaires en Europe, la demande a régressé ces derniers jours. Et ce, avec un effet négatif direct sur les volumes des exportations de primeurs et les cours des produits. Résultat, plus de 80% des producteurs exportateurs dans le Souss, principal bassin de production et d’exportation des primeurs, ont arrêté les expéditions de tomates. C’est ce qu’indiquent plusieurs exportateurs. A l’origine de cette situation, plusieurs facteurs dont l’arrivée sur le marché de produits d’origines européennes et notamment le chamboulement du mode de consommation et pouvoir d’achat des ménages en baisse partout en raison de la crise Covid-19.

Sur le marché français, la fermeture des marchés traditionnels en plein air et les encouragements gouvernementaux à l’adresse des entreprises de l’agroalimentaire à s’approvisionner ‘‘local’’ est notamment en cause de cette situation. Un patriotisme économique auquel les acteurs de la grande distribution semblent avoir répondu favorablement en s’engageant à se fournir à 100% de fruits et légumes français. Autant d’éléments qui ont impacté les tonnages expédiés sur ce marché. Résultat : la toute nouvelle liaison maritime dédiée aux conteneurs frigorifiques entre Agadir et port Vendres en France, opérationnelle depuis le 21 mars dernier, sera probablement suspendue. C’est du moins ce qu’indique l’interprofession. Dans cette conjoncture difficile, s’il faut relativiser les retombées sur les exportations de tomates qui arrivent en fin de campagne, la situation est tout autre pour les fruits rouges. Avril et mai correspondent à 15 jusqu’à 20% du CA des exportations de tomates dans le cadre du contingentement. Les quantités concernées par les baisses concernent notamment les surplus d’exportation hors quota habituel vers l’UE. «Pour les fruits rouges tels que les myrtilles et les framboises nous sommes au cœur de la campagne. 80% du tonnage de la production est exporté en mars et avril», explique un professionnel de la filière. Ces dernières variétés sont notamment expédiées sur les marchés allemand, tchèque, italien et russe. Mais les problèmes de logistique entre les pays, avec les difficultés d’envoyer des petites quantités dans ces conditions, sont aussi un frein à la commercialisation des produits marocains sur ces marchés. Ceci surtout que le coût du transport par camion frigorifique en Europe a flambé. Face à la baisse à l’export de l’origine Maroc, les professionnels des primeurs, qui déplorent une baisse assurée des rentrées de devises, se sont tournés vers le marché local. Le flux des produits sur cette place a eu cependant pour effet la baisse des prix des produits. La caisse de tomate de 30 kg était cette semaine entre 30 et 45 DH au marché d’Inezgane dans le Souss.