Agadir : l’histoire d’une reconstruction

La station balnéaire commémore cette année le soixantième anniversaire de sa renaissance à travers plusieurs événements et activités. C’est l’occasion pour les acteurs de la ville de rendre hommage aux victimes du séisme de 1960, à ceux qui l’ont rebâtie et de faire le point sur son devenir.

Déjà 60 ans ! Agadir, dévastée le 29 février 1960 suite à un terrible tremblement de terre, commémore cette année six décennies de reconstruction. Du 28 février au 6 mars, une série d’événements et d’activités est au programme en cette occasion. Moments de recueillement pour les victimes du séisme, hommages aux nations qui ont manifesté leur solidarité lors des secours et aux architectes de la reconstruction, salon d’exposition, colloque national sur le passé et l’avenir d’Agadir sont annoncés. Une soirée artistique œcuménique aura lieu également. Dans un communiqué, le Conseil communal de la ville indique que 2020 sera l’année “d’immortalisation’’ de la reconstruction en continue de la station balnéaire et de “réflexion partagée’’. Et ce à travers plusieurs activités organisées par les différents acteurs de l’organisation de la commémoration. Au-delà des hommages aux disparus de la tragédie, il s’agit de faire connaître aux nouvelles générations la valeur du patrimoine urbanistique de leur ville.

C’est, en effet, le moment de raconter comment Agadir a été reconstruite et les mutations qu’elle a connues tout au long des dernières années. Pour rappel, un Haut commissariat à la reconstruction d’Agadir (HCRA) a été mis en place immédiatement après le tremblement de terre. Il disposait d’importantes prérogatives qui lui permettaient de se substituer à des administrations publiques pour la reconstruction de leur patrimoine et d’exproprier des terrains suivant une procédure accélérée. Sous la direction de feu Hassan II et l’encadrement du HCRA, le plan d’aménagement de la nouvelle ville fut conçu six mois après le tremblement de terre. Le service d’urbanisme, chargé de cette opération, était dirigé par un architecte marocain, Mourad Ben Embarek, qui a collaboré avec des urbanistes et architectes étrangers. De grandes signatures internationales, tels Zevaco, Ecochard, Azagury, Rioux, Faraoui, De Mazières, ont ainsi contribué à la reconstruction de la cité. Les urbanistes optèrent pour la reconstruction de la ville plus au Sud, frappant les anciens quartiers les plus détruits par le séisme tels que Founty, ancien Talborjt, la Kasbah, et l’ancien Yahchech, de servitude non aedificandi. Dans le contexte de l’époque Agadir fut conçue sous l’influence du mouvement architectural moderniste mené par Le Corbusier, architecte urbaniste et peintre français. Le résultat des premières étapes de la reconstruction fut une ville caractérisée par une unicité du décor à travers une architecture qui se distingue par la pureté et la simplicité de ses formes. Plusieurs édifices conçus et réalisés lors de cette période constituent aujourd’hui la mémoire collective d’Agadir.

Projet Mémorial Agadir 1960

C’est grâce à la mobilisation de tous les Marocains à travers notamment l’impôt de solidarité, institué dès le mois de juillet 1960, qui rapporta près de 350 millions de DH, que les travaux de reconstruction ont été lancés. Les habitants ont reçu la moitié de la valeur de leur patrimoine en liquide, l’autre sous forme de prêt pour les encourager à reconstruire leur maison. L’Etat pour sa part avait pris en charge la reconstruction de tout l’équipement administratif et social de la ville. Dans ce programme de reconstruction, on distingue chronologiquement trois grandes étapes. La première, dont le principal acteur fut le HCRA, s’étend de 1960 à 1972. Pendant ces années, les principaux quartiers bâtis sont le centre-ville, la zone touristique, la Cité suisse, le nouveau Talborjt et les abattoirs. Les Amicales, Yhchach et Ennahda ont vu le jour entre 1972 et 1982, à travers l’intervention de la municipalité de la ville et la délégation du ministère de l’habitat. L’ERAC-Sud développa dès 1982 les centres périphériques d’Agadir.

Tremblement de Terre Agadir
Tremblement de Terre Agadir

Le développement économique, la démographie et les politiques urbaines inadaptées initiées par la suite ont engendré cependant certaines incohérences et la prolifération d’une urbanisation sauvage par endroit, notamment dans les piémonts. Aujourd’hui, le programme de développement urbain lancé début février par S.M. Mohammed VI, arrive à point nommé. Et ce pour faire de cette ville, symbole de solidarité, de mobilisation, devenue métropole, ce que tous les Marocains ont souhaité : un modèle d’urbanisme et de développement.

Faire revivre les anciens quartiers détruits par le séisme tels que Founty, l’ancien Talborjt, la Kasbah, et l’ancien Yhchach, à travers un parc mémoriel c’est le projet aujourd’hui de l’Association Mémorial Agadir 1960 (AMA 60). Créée le 22 juin 2017, cette entité est fondée par deux natifs d’Agadir. Il s’agit de Abdallah M’Sahi et Lahcen Roussafi, qui proposent la réalisation d’un mémoiroscope. Dans ce parc seront reproduits à l’identique et en miniature, (aux échelles 1/12e, 1/16e et/ou 1/25e, selon les résultats de l’étude de faisabilité technique), les quartiers détruits et effacés de la carte par le séisme, est-il indiqué dans une présentation du projet. Celui-ci s’inspire du parc miniature Madurodam, situé à La Haye, aux Pays-Bas, qui présente des reconstructions miniaturisées de célèbres monuments historiques et bâtiments publics, d’infrastructures et de quartiers typiques hollandais, toujours existants.

Le projet d’Agadir devrait, selon ses initiateurs, être le fruit d’une coopération étroite entre le Conseil régional de Souss-Massa, le Conseil communal d’Agadir et l’Association Mémorial Agadir 1960. Reste aujourd’hui à identifier le site qui devrait abriter ce mémorial et à trouver les investisseurs potentiels qui voudraient s’y impliquer.

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