Affaire d’Inzegane 300 avocats pour défendre Siham et Sanaa

La journée du 6 juillet s’inscrira dans les annales de la justice marocaine. A Inzegane, devant le tribunal, plus de trois cents personnes se sont regroupées pour s’indigner contre l’arrestation des deux jeunes femmes connues par «L’affaire des filles d’Inzegane».

Associations féminines et de défense des droits humains ainsi que des citoyens se sont donné rendez-vous devant le tribunal à partir de 9h du matin. Heure où la première audience de cette affaire s’est ouverte. Plus de 30 avocats se sont déplacés la veille dans la ville d’Agadir et ont consacré la nuit du 5 juillet à l’étude de leurs interventions dans cette affaire dans l’un des hôtels de la ville avant de se présenter la matinée du 6 au tribunal. Il est à noter que cette panoplie d’avocats, venant de tous les barreaux du pays, représente par procuration plus de 300 avocats du Maroc. Alors qu’au dehors du tribunal les voix des manifestants criaient leur indignation en brandissant des slogans appelant au respect des libertés individuelles et citant les cas des affaires de violence à l’encontre des femmes. Même ambiance à l’intérieur du tribunal. La salle est archi-comble. Les deux jeunes femmes sont présentes lors de cette première audience. Les avocats se sont ainsi attaqués aux multiples vices de forme et de procédure dans cette affaire. Des vices de forme reconnus par le parquet. La police judiciaire par cette reconnaissance a enfreint les lois réglementant l’arrestation. Notons que le procès-verbal de la police judiciaire a été rédigé sans enquête sur les lieux et que l’arrestation des deux filles, qui ont été conduites au commissariat de police, a été faite avant même d’avoir reçu l’ordre de leur arrestation par le procureur du Roi. 

Un autre dépassement dans la procédure considère l’absence d’un procès-verbal d’une enquête faite sur les lieux avec les témoignages des personnes présentes lors de cette affaire. Ainsi les deux filles ont été accusées depuis leur arrestation. Soulignons dans le même cadre que l’un des témoins ayant subi des dégâts dans cette affaire n’a pas été entendu. En effet, il s’agit du vendeur des produits cosmétiques propriétaire du magasin dans lequel les jeunes dames se sont abritées en attendant l’arrivée des policiers. Les personnes qui se sont attaquées aux deux jeunes femmes ont saccagé les produits exposés à l’extérieur et cassé les vitres du magasin. Des hommes de cette même meute sont rentrés à l’intérieur pour intimer aux deux jeunes femmes l’ordre de sortir, comme il a été souligné par les deux jeunes accusées dans cette affaire. Des nouvelles non confirmées par la DGSN annoncent l’arrestation du commissaire chargé de l’affaire et une enquête avec le vice-procureur du Roi qui s’est chargé de ce dossier. 

Egalement présents au tribunal, une trentaine de vendeurs ambulants du souk d’Inzegane se sont mobilisés non pas pour défendre les filles mais appeler au respect de la pudeur au souk d’Inzegane tout en remerciant la police judiciaire de son intervention et arrestation des deux jeunes femmes. Tentant ainsi de perturber le déroulement du sit-in des associations et citoyens présents sur les lieux pour soutenir les deux accusées pour atteinte à la pudeur.

Un autre appel vient se joindre aux différentes formes d’indignation. Cette fois ce sont les femmes de la région qui se sont mobilisées sur les réseaux sociaux pour lancer un appel au boycott du souk d’inzegane. L’audience se poursuit en ces moments même où nous écrivons cet article. Une conférence de presse est programmée le même jour à 15h30 par les différentes associations qui défendent les droits des jeunes femmes. 

Certains sites électroniques ont relayé une information selon laquelle les deux jeunes femmes ont été arrêtées avant-hier en flagrant délit dans une affaire de prostitution. Information démentie par nos sources et par l’avocat des deux jeunes femmes. Elles auraient eu un problème de circulation qui a suscité leur présentation devant les policiers pour entendre leur version des faits en présence de leur avocat. Information également démentie, ce qui pose la question sur l’objectif des sites et des personnes manipulant l’opinion publique.