Portrait

Kamal Amakrane, chef de cabinet du représentant spécial de l’ONU pour le Darfour

Il voulait être pilote, mais le port de lunettes met fin à son rêve. Il deviendra architecte urbaniste, puis fera sciences Po et un Master en relations internationales à l’université de Columbia. Il a commencé sa carrière comme stagiaire au siège des Nations Unies à New York avant d’intégrer la Ligue Arabe.

Kamal Amakrane

Une belle carrière aux Nations-Unies qui commence par un mail envoyé sans grand espoir de réponse au bureau des ressources humaines des Nations Unies en 2002, pour solliciter un stage. Voilà toute l’histoire de Kamal Amakrane, aujourd’hui chef de cabinet de Ibrahim Gambari,  secrétaire général-adjoint, en charge de la mission conjointe des Nations Unies et de l’Union africaine au Darfour (Ouest du Soudan), la plus grande mission de paix onusienne. Mais la vie de Kamal Amakrane, né en 1978 à Laâyoune où s’était établit sa famille, a failli prendre une toute autre direction car il se voulait aviateur ou astronaute. Il s’était découvert cette ambition, après une visite de Cap Canaveral en compagnie de son père, militaire de carrière et un des premiers aviateurs marocain.

Pur produit de l’école publique marocaine, Kamal Amakrane a même été admis, sur concours après son brevet, au collège royal préparatoire aux techniques aéronautiques à Marrakech. Bref, il allait sur les pas de son père, ce que sa maman, enseignante, ne devait pas voir d’un bon œil. Mais tout va changer en raison d’une prescription ophtalmologique qui lui impose de porter des lunettes, ce qui l’exclut d’office du champ des pilotes. Il fera alors un virage à 180 degrés après un bac « sciences math » obtenu en 1996.

Il a commencé à développer ses talents de négociateur lors de son passage à Sciences Po

C’est en Belgique où il poursuit ses études qu’il obtient une bourse à l’Ecole Saint Luc d’architecture. Il obtient son diplôme d’architecte urbaniste en 2001. Durant ses stages, il a notamment travaillé sur le projet de l’Avenue royale de Casablanca et sur le site de relogement Nassim et, plus globalement, sur la politique publique de réhabilitation. Mais le jeune Amakrane a encore le goût pour les études. Aussitôt après son diplôme, il enchaîne avec Sciences Po Paris. Kamal Amakrane est admis parmi la dizaine de postulants étrangers qui y accède sur dossier et après entretiens. C’est durant cette période qu’il va commencer à forger ses talents de négociateur. Et pour cause, il est élu au syndicat des étudiants et va faire du lobbying pour assouplir les conditions d’accès de Sciences Po aux étudiants issus de couches défavorisées. Il va même siéger au conseil de direction de l’école en 2002 et 2003. Parallèlement, il choisit de faire ses stages au Maroc en travaillant sur la micro-finance à Tanger, Tétouan et Chaouen, du côté de ses racines rifaines. De cette période de longues études, Kamal Amakrane a ce mot : « je n’ai vraiment pas vu le temps passer ni ressenti le besoin de commencer à gagner un salaire».

C’est durant son cursus à Sciences Po qu’il va avoir l’idée de se porter candidat à un poste de stagiaire au sein du secrétariat général des Nations Unies, sans trop y croire. Quelle ne fût alors sa surprise lorsqu’on lui annonce que l’opportunité venait d’être ouverte et qu’il allait intégrer le cabinet de Koffi Annan, alors secrétaire général des Nations Unies, durant plus de six mois. Alors qu’il voulait s’initier à la problématique du développement, les portes s’ouvriront pour lui permettre de comprendre tous les enjeux de l’immigration dans le monde. Un dossier extrêmement brûlant car, avec ce que les travailleurs étrangers rapportent et représentent pour leurs pays respectifs, les Etats rechignent à laisser à la seule Onu la gestion du dossier, notamment les aspects de la sécurité, la régulation des flux et les différents aspects relatifs aux droits de l’homme. Aujourd’hui encore, en dehors de l’Europe, aucun accord sur l’immigration n’a vu le jour, chaque pays voulant gérer, sans immixtion, les intérêts de sa communauté.

Sa rencontre avec Amr Moussa a été décisive pour la suite de sa carrière

Dès lors, le jeune « stagiaire de Kofi Annan », comme l’appelait ses amis pour le taquiner, va prendre goût à ces problématiques et va commencer à rencontrer des personnes de haut rang comme Feu Sergio de Mello qui fut représentant du secrétaire général des Nations Unies pour l’Irak où il est mort en mission en 2003. Il aura également eu le privilège d’assister à la fameuse session des nations unies où l’ex secrétaire d’état américain aux affaires étrangères Colin Powel avait exhibé un tube supposé contenir de l’anthrax, mais aussi le fameux discours de Dominique de Villepin.

Et voilà que lors d’une de ses visites à l’Onu, Amr Moussa entend parler du jeune stagiaire marocain et demande à le voir. La première question d’Amr Moussa, secrétaire général de la ligue arabe de 2001 à 2011, à son adresse, raconte Kamal Amakrane est de savoir pourquoi « il préfère les instances internationales à la ligue Arabe ». Le jeune a dû se sentir si flatté qu’il en avait certainement perdu ses mots, il a tout de même expliqué qu’il aurait bien voulu, mais qu’il n’y avait pas de canaux pour prétendre à ce genre de stage au sein de l’institution arabe. Mais le lien était établi et le directeur de cabinet de Amr Moussa, Hicham Badr, allait bientôt lui faire une proposition. Entretemps, l’Université Columbia lui offre une bourse pour un master en relations internationales. Cela ne l’empêche pas d’accepter un poste en 2003 au cabinet de Amr Moussa, ou il collabora sur la question Irakienne.

De retour à New York, Il obtient son Master à Columbia et renoue avec les Nation Unies ou il va travailler sur le dossier Irakien de manière active entre 2004 et 2008. Kamal Amakrane va être associé au transfert de la souveraineté, à la transition politique au pays, aux élections mais plus généralement au pacte international pour l’Irak. D’ailleurs, il va habiter au fameux hôtel Al Rachid qui accueillait membres de l’Onu et journalistes entre octobre 2005 et mars 2006 puis dans les camps même des Nations Unies. Il se rappelle de cette période comme d’un moment de très haute insécurité mais dit-il : « ce n’était pas ma petite personne qui m’inquiétait même si l’attentat qui a causé a mort de Sergio de Mello et de la vingtaine de personnes de la mission a secoué tout le monde, y compris ceux qui n’étaient pas sur place. Ce qui nous a longuement occupé, c’était de conduire les Américains et autres à apporter des réponses à la population Irakienne dans leur vie de tous les jours, même si cette vie était loin d’être celle de tous les jours».

Il fait partie des lauréats 2012 de Yale world Fellows 

Après l’épineuse mission en rapport avec l’Irak, Kamal Amakrane va travailler comme assistant spécial de l’envoyé spécial en Birmanie entre 2008 et 2011. Mais cette fois-ci, c’est la Birmanie ou plutôt Myanmar comme l’appelle les autorités actuelles, avec des aspects d’une complexité sans fin. En effet, il y avait l’urgence de faire libérer l’opposante Aung San Suu Kyi, mais aussi l’intégration du pays à la communauté internationale qui ne voulait plus en entendre parler. Et le plus difficile était de concilier les positions des parties en présence. Il fallait trouver des processus de dialogue, de médiation et faire rencontrer, quelque part, « victimes et des bourreaux ». Pour Kamal Amakrane : « le négociateur est celui qui peut et doit trouver un fil conducteur là où tout porte à croire qu’il n’y en a pas. Ce n’était pas gagné d’avance au Myanmar».

A partir d’avril 2011, Kamal Amakrane et à 33 ans seulement, il est nommé directeur de cabinet d’Ibrahim Gambari, le représentant spécial du SG de l’ONU pour la mission conjointe des Nations Unies et de l’Union africaine au Darfour. Au moment de sa nomination il a été dit qu’il allait «  apporter à ce poste une grande finesse de jugement politique et des compétences en matière de gestion et de médiation» . C’est qu’il s’agit de la plus grande mission de maintien de la paix de l’ONU et on peut en juger par les moyens qui sont mis en œuvre : un budget de 1,5 milliard de dollars, 20 000 militaires, un personnel civil de 5 000 personnes. Il faut coordonner tout ce déploiement dans le temps et l’espace, mais pas seulement, car le cœur de la mission est la médiation entre les parties opposées, le gouvernement et ce qu’on appelle les rebelles du Darfour. Là aussi, il s’agit de « concilier des positions qui paraissent inconciliables » et le premier round a été les fragiles accord de Doha.

Kamal Amakrane qui a rejoint depuis quelques années déjà le cercle restreint des diplomates internationaux a eu droit a des distinctions internationales. La plus récente a été sa nomination « Yale world Fellows » pour l’année 2012.

Mohamed El Maâroufi .La Vie éco
www.lavieeco.com

2012-07-23

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