Hynd Chkili, le retour à la maison CFG
25 septembre 2018
Imane Azmi (15 articles)
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Hynd Chkili, le retour à la maison CFG

Seize ans après l’avoir quittée, Hynd Chkili revient au sein de sa première famille professionnelle, celle du groupe CFG qu’elle avait intégré en 1996, alors toute jeune juriste. Elle est chargée du développement de CFG Bank Rabat et Nord du Maroc.

«C’est le retour à la maison!», lance d’emblée Hynd Chkili en parlant du groupe CFG. Et de poursuivre : «Mon dernier passage a duré 6 ans. A mon arrivée, nous étions une équipe d’une vingtaine de personnes», replongeant dans ses souvenirs. Depuis trois ans, Hynd Chkili est chargée au sein de CFG Bank du développement de l’activité sur Rabat et la région Nord du pays. «Nous avons une stratégie de petit réseau, avec bientôt 4 agences à Rabat, une à Fès et depuis quatre mois une agence à Tanger», précise-t-elle. A propos de l’agence tangéroise, elle ne peut s’empêcher d’afficher une certaine satisfaction. «Cette ouverture date de quelques semaines et l’accueil est au-delà de nos espérances. D’ailleurs, chaque implantation dans une ville est un challenge en soi». Celle qui, à ses débuts chez CFG, affichait une «casquette très RH» reconnaît que «cette fibre RH est toujours là, profondément ancrée et structurante». «Nous avons été un vivier et un révélateur de compétences», dit-elle. C’est aux côtés d’un Adil Douiri, d’un Ramses Arroub, ou encore d’une Dounia Taarji, pour ne citer que ces trois personnes, qu’elle a fait ses premiers pas dans la banque d’affaires. «In fine, on a des valeurs communes. Nous avons joué notre rôle et c’est une fierté pour nous. Nous continuerons avec l’objectif de faire grandir et évoluer des personnes pour co-partager l’aventure au sein de l’entreprise».
Depuis que le groupe CFG s’est lancé dans la banque de détail, «il a bousculé l’écosystème et obligé certains confrères de sortir de leur zone de confort», s’en targue la patronne de l’antenne de Rabat. «Je crois en la vertu du petit dernier qui arrive, c’est un bienfait pour le secteur», poursuit-elle.

A l’origine, le marché boursier

Déjà à la fin des années 90, les «golden boys» de CFG avaient donné le ton, en cette période d’euphorie boursière au Maroc. «A l’époque, nous étions précurseurs dans les métiers de la bourse», tient à souligner Hynd Chkili, en rappelant notamment la création de l’indice CFG 25, des fonds OPCVM, et de la première IPO, celle de Crédor. Malgré cette effervescence, la jeune femme décide toutefois de quitter CFG au bout de six ans. «J’appréhendais de prendre ma retraite dans l’entreprise dans laquelle j’avais démarrée», explique-t-elle. Alors qu’elle se lance alors dans un projet entreprenarial, elle découvre les joies de la maternité. Un an après, elle est DRH Afrique du Nord chez Microsoft, et pendant deux ans et demi, elle s’imbibe de la culture de la multinationale.
En 2003-2004, un gouvernement technocrate prend les commandes. Le secteur du tourisme est sous les feux des projecteurs. Adil Douri prend la tête du ministère et fait appel à son ancienne collègue. Les pourparlers ont duré une année, le temps que l’idée «mûrisse», précise Hynd Chkili. Et elle ajoute: «Bizarrement, mon père a fait toute sa carrière dans le public mais jamais je me suis projetée travaillant dans ce secteur», confie-t-elle. «Et puis j’avais des amis comme Jawad Zyat qui avait aussi rejoint le ministère, il faisait des choses qui me paraissaient juste exceptionnelles. Alors, je me suis dite, c’est le moment de croire aux bonnes étoiles». Ajoutez à cela, un ministre qu’elle «connaît très bien» et «un poste avec des responsabilités qui [la] positionnent avec une certaine marge de manœuvre».
En 2004, elle est directeur de la formation. Et là, elle va de découverte en découverte: celle d’un secteur passionnant, hyper transverse et très complexe ou encore celle de la difficulté d’un ministre de faire converger une multitude d’acteurs vers le même projet. «C’était une très belle aventure humaine. Je suis arrivée dans le public avec beaucoup d’a priori et de préjugés, mais j’ai découvert des gens exceptionnels avec de grandes compétences et de l’engagement», témoigne-t-elle.
Elle passe ainsi 8 ans au ministère, à gérer 1 600 personnes réparties sur 24 délégations et 16 écoles de formation. Elle garde de cette expérience un souvenir particulier, celui du repositionnement de l’Institut supérieur international du tourisme de Tanger (ISITT), qu’elle n’hésite pas à qualifier de «mon bébé». Elle décroche un partenaire de taille, l’Institut français Paul Bocuse pour un accompagnement sur plusieurs années, qui s’est même conclu par une double diplomation pour des lauréats de l’ISITT. Toutefois, elle reconnaît que «le sujet de la formation et de la formation professionnelle a été une révélation pour moi», lance-t-elle. «La problématique est réelle et pas simple. Le dispositif en soi a sa part de responsabilité : les jeunes dans les centres de formation professionnelle n’y viennent pas par vocation, mais parce qu’ils sont en échec scolaire».
Quatre ans plus tard, Adil Douiri quitte le ministère. «Sincèrement, je pensais partir, car j’étais venue dans une logique de mandat», confie-t-elle. Mohamed Boussaïd qui a pris les rênes du tourisme, a réussi à la convaincre de demeurer à ses côtés. Devenue alors secrétaire général, elle travaille à la mise en œuvre des chantiers définis dans le cadre de la vision 2010. «L’occasion de continuer à développer certains projets, en même temps élargir mon champ de compétence, et ce poste me donnait accès à d’autres sujets stratégiques», explique-t-elle.
A ce même poste, elle seconde pendant près de deux ans Yasser Znagui. Après 8 ans au ministère du tourisme, l’idée de s’immerger dans un autre secteur d’activité la titille. Alors quand le groupe immobilier Alliances Développement lui fait une offre, elle accepte : «C’était une bonne transition car elle me permettait de capitaliser». Parmi ses missions, elle s’est occupée du projet de station balnéaire de Lixus à Larache.
De son expérience dans le secteur public, elle tire une conclusion : «Je crois énormément à cette richesse des retours publics-privés, les profils s’en trouvent grandis. Moi, cela m’a fait mûrir et mieux comprendre le fonctionnement de mon pays».

Hynd Chkili s’active au sein de l’association Mentor’elles. «En tant que mentor, on s’enrichit de l’échange avec les mentorés, et tout particulièrement avec cette génération de jeunes trentenaires», confie-t-elle. Elle se dit «impressionné par ces femmes». Elle s’explique : «Certes, notre génération était ambitieuse, mais ceci se traduisait par la responsabilité au sein de l’entreprise et par l’esprit de sacrifice. Quant à elles, leur ambition est de vivre sereinement de leur passion, en accordant plus d’importance à l’équilibre familial et professionnel. Du coup, elles sont capables de faire des ruptures professionnelles, alors que nous, nous étions plutôt dans des plans de carrière». Elle précise également qu’«elles ont une capacité d’entreprenariat très forte par rapport à notre génération». Hynd Chkili est également marathonienne. Après le marathon de Valence, elle se prépare au prochain qui se tient à Chicago.