Portrait

Amal Bourquia, néphrologue

Elle a fait de la lutte contre les maladies rénales son sacerdoce. Première femme à décrocher le titre de professeur en néphrologie, elle quitte la fonction publique en 1996, par dépit. Elle a écrit 12 livres sur les maladies rénales. Objectif : vulgariser, sensibiliser et prévenir.

Amal Bourquia

Les bons médecins ? On en trouve suffisamment. Les passionnés ? Ils sont plus rares et d’autant plus remarquables quand ils trouvent le temps d’écrire des livres. Amal Bourquia en fait partie ; elle a écrit pas moins de 12 livres sur la néphrologie. Son souci constant est de vulgariser, faire de la prévention, démocratiser les soins et même les inscrire comme un droit, celui de la santé. Après ce qu’elle appelle «[ses] déboires avec la Santé publique» où elle a travaillé jusqu’en 1996, elle a ouvert un centre privé de dialyse. Mais dès qu’on lui parle argent, elle voit rouge car, pour elle, c’est plus qu’un métier, c’est un sacerdoce. «Je n’ai pas rêvé de devenir médecin, ni accepté par hasard, j’ai simplement décidé de le devenir», dit-elle pour mettre en évidence sa vocation.

Amal Bourquia est née en 1958 dans une famille où la religion pesait de tout son poids, son père étant lauréat d’Al Quaraouiyyine avant de devenir fonctionnaire. Elle est la deuxième enfant d’une fratrie de trois. A dix sept ans, elle obtient un bac sciences expérimentales et rejoint la Faculté de médecine de Rabat puis celle de Casablanca. Elle est médecin interne, en 1980, puis fait sa spécialité en néphrologie pédiatrique. Tout en étant affectée au CHU de Casablanca, elle s’inscrit parallèlement à l’Université René Descartes pour obtenir le titre de professeur en néphrologie. Elle sera d’ailleurs la première femme au Maroc à décrocher ce diplôme. Mais sa vie professionnelle au sein du ministère de la santé, après des années d’exercice, va s’interrompre brusquement. En 1996 déjà, elle ouvre le premier centre public de dialyse au Maroc et en Afrique. Mais pour une sombre histoire de procédure administrative, il sera fermé. Amal Bourquia claque alors la porte et quitte la fonction publique la même année.

Des caravanes de dépistage depuis 2005

En recourant à son réseau familial, elle va, sans attendre, créer son propre centre. Elle a horreur de parler de la partie financière et puis, dit-elle : «Ce n’était là que le début de mon aventure dans le monde associatif et, un peu plus tard, de ma passion pour l’écriture». Le centre emploie aujourd’hui une dizaine de personnes, avec une capacité de prise en charge d’autant de patients. Mais le terrain de prédilection du Pr Bourquia est le monde associatif, l’organisation de campagnes, la recherche de financements pour les opérations de soins ou de dépistage. Et c’est grâce à une convention signée avec la Fondation Mohammed V pour la solidarité depuis 2005 qu’elle organise plusieurs caravanes dans le pays profond, à l’exemple de la région d’El Jadida où, en 2011, elle a mené médecins et infirmières pour ausculter parmi les patients ceux souffrant de diabète et d’hypertension. Mais, bien avant cela, elle a été la cheville ouvrière du premier congrès de néphrologie en 1999, lequel avait réuni l’ensemble des spécialistes nationaux.

L’engagement du Pr Bourquia se situe sur plusieurs plans : d’abord, de la prévention à travers les campagnes, conférences et autres sur le terrain et auprès des médecins généralistes du privé et du public dont beaucoup, en plus des 160 néphrologues que compte le pays, prennent en charge leurs malades. Il y a bien entendu aussi toute la partie accompagnement du malade, surtout pour les plus démunis. Et puis, il y a l’encouragement de la greffe car, sans cela, le patient atteint est condamné, car on ne peut pas vivre avec une telle maladie chronique.

Elle milite dans plusieurs sociétés savantes, marocaines et étrangères

C’est à cet égard que le Pr Bourquia va alors créer «Reins», l’association marocaine de lutte contre les maladies rénales, en 2004, et essayer de la placer dans l’orbite du réseau des ONG mondiales. Elle est aussi membre fondateur de la Société marocaine des maladies rénales dont elle a assuré la première présidence, et milite également dans d’autres sociétés savantes, dont la Société méditerranéenne de la même spécialité ou encore la Société de néphrologie pédiatrique.
Très active dans son domaine, le Pr Bourquia se distingue par un nombre impressionnant de livres et d’articles sur la néphrologie. Son premier ouvrage La dialyse au Maroc, réalités et perspectives a été le premier à défricher un terrain encore méconnu chez nous. D’autres livres sont venus enrichir la recherche dans le domaine comme sur la dialyse, notamment sur la transplantation. Un de ses ouvrages les plus touchants porte le titre La vie après la perte des reins.
Amal Bourquia a à cœur d’expliquer qu’aujourd’hui il est encore urgent et indispensable que les rapports médecins/patients quittent définitivement la démarche directive pour intégrer les dimensions psychologique et humaine. En effet, au Maroc comme en France d’ailleurs, l’enseignement de l’éthique n’est pas obligatoire dans la formation médicale. Pour le professeur Bourquia, il faut aller plus loin et elle recommande que le médecin traitant prenne le temps de mesurer l’émotivité du patient et utiliser un langage approprié, qu’il s’agisse du moment de l’annonce de la maladie ou de la prise en charge, car souvent le malade est totalement perdu dans une situation qu’il doit apprendre à affronter, avec ce qu’elle a de lourd au quotidien.

Mohamed El Maâroufi .La Vie éco
www.lavieeco.com

2012-07-09

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