Politique

RNI - UC : une fusion qui ne dit pas son nom... pour le moment


Une commission mixte a été mise en place pour établir une feuille de route pour le rapprochement.
Les deux partis affirment leur volonté de constituer le premier noyau d'un futur pôle libéral.
PAM, MP, Istiqlal, USFP à des degrés divers, les grands partis seront impactés par ce chamboulement du champ politique.

RNI - UC : une fusion qui ne dit pas  son nom... pour le moment

Plus qu’une alliance… moins qu’une fusion, du moins pour l’instant. C’est le projet que viennent de dévoiler le RNI et l’UC, mardi 2 mars à Rabat, devant un parterre de journalistes fort surpris par une annonce que rien ne laissait prévoir.  
Le pôle libéral est donc officiellement né. Certes, depuis les législatives de septembre 2007, le champ politique a vécu une période riche en rebondissements, mais le dernier en date surprend par son ampleur. Deux partis qui se rapprochent dans ce qui à l’air d’être, à terme, une fusion. L’événement marque aussi la différence avec ses précédents au regard du discours tenu par les chefs des deux partis concernés.
Ce mardi-là, Salaheddine Mezouar et Mohamed Abied, respectivement président du RNI et secrétaire général de l’UC, ont annoncé la constitution d’une commission mixte chargée de réfléchir aux mécanismes possibles pour une collaboration plus rapprochée entre les deux formations. Officiellement, il n’est donc pas question de fusion. Mais quand on pose la question aux différents membres des deux bureaux politiques des deux partis, également présents à la rencontre, à terme la fusion est bien l’aboutissement logique du processus engagé et d’autres partis pourraient potentiellement rejoindre le mouvement. D’ailleurs, en réponse à la question inévitablement posée par les journalistes au moment du débat, ni M. Mezouar ni M. Abied n’ont cherché à esquiver. Pour le premier, «si l’intérêt de la nation, l’impératif de la rationalisation du champ politique à l’horizon 2012 et après, imposent que nous nous rassemblions, nous le ferons». Des propos que le chef de l’UC partage en rajoutant que «de toutes les manières tout ce que recommandera la commission sera validé par les instances des deux partis et sera appliqué à la lettre».
Fusion ? Apparemment oui mais, en tout cas, pas au sens classique du terme. Les responsables des deux partis, durant une heure et demie qu’a duré la rencontre, ont, à chaque fois qu’ils en avaient l’occasion, insisté sur un fait : il ne s’agit pas de fusionner à des fins électorales ou pour se renforcer. «Ni le RNI ni l’UC n’ont besoin de faire des alliances pour se renforcer car les deux partis ont suffisamment d’assise pour rester présents sur la scène», explique M. Mezouar. Pour Rachid Talbi Alami, membre du bureau exécutif du RNI, «le terme fusion lui-même est aujourd’hui dépassé, car le rapprochement est basé sur une nouvelle démarche complètement en rupture avec ce qui se faisait auparavant». C’est que, comme l’ont assuré les patrons des deux formations, aujourd’hui le rapprochement entre le RNI et l’UC se fait sur la base de leur positionnement et de leurs choix idéologiques et pas dans des perspectives électorales. L’on serait tenté de dire, enfin, un retour à la politique classique, cohérente, celle des idéologies…

Le RNI ne veut plus être un parti d'appoint

A en croire les représentants des deux partis, c’est désormais sur cette base que devraient s’opérer les rapprochements entre formations et rien d’autre. «Au RNI, nous avons clarifié nos choix : nous sommes pour le libéralisme social et tout ceux qui partagent nos convictions sont les bienvenus». Au passage, Salaheddine Mezouar en a profité pour installer définitivement la perception que le parti voudrait désormais renvoyer aux autres partenaires du champ politique. «Avant, le parti donnait l’impression qu’il pouvait être l’allié de tout le monde, ce n’est plus le cas».
Et pour prouver que ce projet de rapprochement est réellement tourné vers le long terme, les deux partis ne veulent, disent-ils, pas se précipiter. C’est ce qui explique qu’ils ont voulu d’abord commencer par former la commission mixte qui devra entamer ses travaux dès les prochains jours pour faire les premières recommandations dans les semaines à venir. C’est cette commission qui devra définir les modalités concrètes et le timing précis des actions à mener pour le rapprochement.
Parallèlement au travail de la commission, des actions seront incessamment enclenchées au niveau régional et local pour élargir le débat et assurer une concertation avec les militants de base. D’ailleurs, lors des dernières universités régionales organisées par le RNI, la question de rapprochement avec l’UC a été en partie débattue.
Evidemment, le RNI et l’UC ne perdent pas de vue que, malgré la perspective du long terme, tout le dispositif doit être prêt pour les élections législatives de 2012. Et pour ces dernières, le nouvel ensemble pèsera certainement lourd dans la balance. Même si pour le moment il n’est pas question d’union au niveau de l’Hémicycle, l’un étant dans la majorité, l’autre dans l’opposition, à deux, le RNI et l’UC présentent, mathématiquement, le plus grand groupe théorique au niveau de la Chambre des représentants avec 66 élus contre 56 pour le PAM et 54 pour le groupe de l’Istiqlal. A la deuxième Chambre, les deux totalisent 50 conseillers soit au troisième rang derrière le PAM (65) et l’Istiqlal (56). Au niveau communal, le pôle RNI-UC disposerait mécaniquement de 5 700 sièges soit la deuxième place après le PAM qui en a 6 015 et devant l’Istiqlal qui en a 5 292.
Maintenant, le rapprochement entre les deux partis posera forcément un certain nombre de questions. La plus évidente est que le RNI est aujourd’hui dans la majorité alors que l’UC est dans l’opposition. Du coup, se demandent les observateurs, comment peuvent-ils se rapprocher ? D’un côté comme de l’autre, on s’y attendait un peu et l’argumentaire est tout préparé : le clivage majorité/opposition telles qu’elles sont aujourd’hui configurées est dépassé, les alliances et rapprochements tels qu’ils se sont fait à ce jour sont même parfois contre-nature. En plus comme le rappelle Mohamed Abied, «si la commission de réflexion aboutit au fait que nous devons nous regrouper ou que nous passions dans la majorité, nous le ferons sans aucun complexe. Aujourd’hui que le RNI s’est clairement positionné comme parti libéral, rien ne nous interdit de travailler ensemble».

Tous sauf le PJD

Quid alors, et c’est la deuxième grande inconnue, des autres partis comme le PAM et le MP, que les responsables du RNI considéraient, il y a quelques semaines encore, au lendemain de l’élection de Salaheddine Mezouar à la présidence, comme étant des alliés potentiels ? L’option est-elle abandonnée ? Non, rassure le patron du RNI. «Tous les partis qui se retrouvent dans notre offre et notre positionnement sont les bienvenus», dit-il. L’invitation est ouverte à tous mais avec une exception, une seule, le PJD. Si Salaheddine Mezouar ne l’a pas dit, au sein du bureau exécutif du RNI, en tout cas, la position arrêtée est claire : le PJD avec son positionnement actuel ne pourra jamais être un allié d’un pôle libéral qui défend un projet sociétal basé sur la démocratisation et la modernité.
Qu’à cela ne tienne. Le RNI tout comme l’UC, dans la foulée de leur rapprochement, semblent vouloir instaurer une nouvelle culture du jeu politique qu’on pourrait résumer ainsi : les partis doivent désormais clairement définir leur positionnement idéologique et leur choix sociétal et c’est sur la base de ce dernier que devront se constituer des pôles cohérents et les coalitions. Se pose alors une autre question : celle de l’USFP et, dans une moindre mesure, de l’Istiqlal pourtant aujourd’hui alliés du RNI dans la majorité gouvernementale. Si demain l’USFP venait lui aussi à clarifier son positionnement, ce ne serait certainement pas le libéral. Tout comme l’Istiqlal traditionnellement connu comme un parti plutôt conservateur. A contrario, le PAM et le MP,  semblent être plus proches du nouveau pôle RNI-UC et constituent des alliés presque naturels. Auquel cas se dirige-t-on vers une bipolarisation du champ politique avec, d’un côté, le pôle libéral formé du RNI, l’UC, le PAM, le MP et éventuellement l’Istiqlal, et, de l’autre, un grand pôle de gauche ? Bien que présentant plus de cohérence et de logique, ce scénario constituera certainement un big-bang pour le champ politique au moins pour deux effets majeurs. Le premier est qu’il faudra forcément un pôle de gauche que seule l’USFP peut rassembler, ce qui semble aujourd’hui encore une option lointaine. Le second défi est que l’USFP et le parti de l’Istiqlal devront mettre un terme à leur Koutla. La décision ne sera pas facile surtout qu’il y a quelques semaines encore, Abbas El Fassi, en réaction aux rumeurs lui prêtant l’intention de s’allier avec le PJD, avait souligné publiquement que pour son parti il n’y avait que deux types d’alliances possibles : avec les partis de la majorité et avec ceux de la Koutla.
Certes, le processus de rapprochement entre le RNI et l’UC n’étant qu’au stade préliminaire, il est encore trop prématuré de parler de conséquences. Mais ce qui est sûr, c’est que l’annonce faite ce mardi 2 mars à Rabat suscitera inévitablement des réactions et obligera les partis, aussi bien de la majorité que de l’opposition, à prendre position.

Minorités : Et les petits partis ?

Et les petits partis ?



Si, comme le souhaitent le RNI et l'UC, le champ politique devait se diriger vers une bipolarisation libéraux/gauche, se posera alors la question de la multitude d'autres petits partis. Certains ne sont en effet ni des libéraux ni de gauche, d'autres sont nés de scissions et beaucoup d'entre eux sont finalement des coquilles vides : ni représentants, ni conseillers, ni élus locaux. Alors à quoi servent-ils finalement ? «C'est cette balkanisation du champ politique qui a fait fuir les électeurs», souligne Mohamed Abied qui ne remet pas en cause, pour autant, la liberté des uns et des autres de créer leurs partis. Un membre du comité exécutif du RNI préconise, lui, une solution plus radicale : l'instauration d'un seuil de représentativité plus élevé.
Le principe serait que tout parti qui n'atteindrait pas un seuil minimal de sièges doit purement et simplement être dissout. Pour notre interlocuteur, c'est la seule manière de redonner la crédibilité aux politiques et de faire revenir les électeurs.


Géopolitique : Une reconfiguration souhaitée par l'Europe également



Il y a un an, le Maroc obtenait son statut avancé vis-à-vis de l'Union européenne. Dans quelques jours, aura lieu, à Grenade, la première réunion de haut niveau entre le Maroc et l'UE pour faire une première évaluation. Or, il faut savoir que dans le cadre de ce statut avancé, le Maroc obtient, certes, des avantages mais doit également faire de gros efforts pour mettre ses lois, ses modes de gouvernance au niveau des standards de l'UE.
Parmi les aspects soulevés par les Européens, figurent notamment la protection des libertés, le fonctionnement des marchés et la concurrence, la qualité et l'accessibilité des services publics mais aussi la configuration du champ politique. Aujourd'hui, les experts européens ne comprennent pas, par exemple, les alliances politiques contre-nature comme celles, nombreuses, qui se sont opérées à l'occasion des communales.


Saâd Benmansour
www.lavieeco.com

2010-03-08

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