Politique

Remaniement ministériel : tous les scénarios possibles

L’Istiqlal s’accroche toujours au remaniement. Pour lui, ce n’est qu’une question de temps. Un gouvernement sans l’Istiqlal est possible, le RNI ne rejette pas complètement l’idée de rejoindre le gouvernement.

Remaniement ministériel

Une trêve enfin dans la majorité. Un an après la nomination d’Abdelilah Benkirane, les formations de la majorité ont-elles décidé de taire les voix de la discorde ? Depuis la réunion, dimanche 2 décembre, des secrétaires généraux des quatre partis de la coalition gouvernementale, chaperonnés chacun par un membre dirigeant de sa formation, la tension, arrivée à son paroxysme au lendemain du dernier passage de Hamid Chabat sur Medi1 TV, semble quelque peu tombée. De cette réunion de l’instance de coordination de la majorité, rien n’a filtré. Dans un communiqué de presse succinct diffusé par les services du chef du gouvernement, on parle néanmoins de présentation d’un exposé sur le projet d’une plateforme pour la concrétisation de la régionalisation et des textes relatifs aux élections communales. Dans un second lieu, peut-on lire sur ce communiqué, et c’est ce qui est important au stade où en sont les rapports entre ses différentes composantes, un engagement a été pris par l’ensemble des partenaires, y compris le PJD, pour élever la cadence du travail de l’instance de la majorité et surtout «échanger les points de vue sur tous les chantiers que le gouvernement s’apprête à ouvrir en 2013». On n’en saura pas plus, en tout cas pas pour le moment, sur les sujets traités lors de cette réunion. Néanmoins, il semble, notent certains observateurs de la scène politique, que la majorité ait décidé de laver désormais son linge sale en interne et de cesser de faire des déclarations contradictoires et souvent incendiaires dans la presse.

Une chose est sûre, du moins, Hamid Chabat qui en est à sa deuxième réunion de ce genre n’a pas abordé la question qui anime tant le débat public : le remaniement ministériel. Cela n’empêche pas le Parti de l’Istiqlal, qui a largement alimenté cette polémique au sein de la majorité après l’élection à sa tête du nouveau secrétaire général Hamid Chabat, de s’accrocher à cette revendication.
C’est que, explique un proche de Hamid Chabat, «l’Istiqlal n’a pas l’habitude de lancer des mots à tort et à travers. La demande d’un remaniement gouvernemental est toujours d’actualité, nous n’attendons que le vote du projet de Loi de finances pour la formuler officiellement».
Pour ce membre du comité exécutif de l’Istiqlal, le mémorandum que le parti s’apprête à présenter au chef du gouvernement et aux autres membres de la majorité est fin prêt.

Deux remaniements plutôt qu’un ?

Certains analystes n’écartent pas, en effet, l’éventualité d’un remaniement en deux temps. Dans un premier temps il serait question de revoir la composition l’équipe qui représente le Parti de l’Istiqlal au gouvernement. C’est-à-dire changer des noms sans toucher la structure générale du gouvernement. Ceci devrait intervenir dès début 2013.

Dans un second temps, le parti exige la révision de l’architecture même du gouvernement. C’est d’ailleurs l’un des points soulevés dans le mémorandum que le parti s’apprête à remettre à la majorité. Il est question, entre autres propositions, de rassembler certains départements, d’en éclater d’autres, de réduire le nombre des portefeuilles, de rehausser la représentation féminine et surtout d’opérer un rééquilibrage en termes de nombre de portefeuilles, entre l’ensemble des formations de la majorité. L’Istiqlal ne s’en cache pas : pour lui, il est inadmissible qu’un parti comme lui, avec ses 60 sièges, ne détienne que 6 portefeuilles, soit un rapport d’un portefeuille pour 10 sièges alors que le PPS, avec ses 18 sièges, dirige 4 départements, soit un département pour 4,5 sièges. Le parti de Allal El Fassi veut être représenté de manière proportionnelle à son poids dans la majorité.

«Pour le moment, assure encore une fois ce proche de Hamid Chabat, rien de tel n’a encore été décidé. Tout dépendra de l’accueil réservé à notre mémorandum». Et si Abdelilah Benkirane faisait la sourde oreille ?
L’Istiqlal peut-il aller jusqu’à quitter le gouvernement ? Pour le moment le parti maintient son engagement dans le gouvernement, rassure encore une fois ce proche de Hamid Chabat. «Toutefois, se reprend-il, il n’est pas prêt d’assumer un éventuel échec de l’expérience». Car pour l’Istiqlal, telles que les choses s’annoncent aujourd’hui, le gouvernement va droit vers une impasse. Pour éviter pareil sort, «nous allons présenter nos observations et propositions pour relever l’action du gouvernement et lui redonner un nouvel élan. Et si nos propositions ne sont pas prises en compte, il n’y a aucune raison pour nous d’y rester. Après tout, le gouvernement ce n’est pas l’apparat, le poste, le salaire et la voiture de fonction mais une conception du travail qu’il faut approcher de manière collective et participative. Si rien de tout cela n’existe, il n’y a d’autre choix que de partir dans l’opposition», affirme ce membre du comité exécutif de l’Istiqlal. De toute manière, ajoute-t-il, «ce sont les institutions du parti qui vont décider. Concrètement, une fois que nous aurons exposé notre point de vue au chef du gouvernement et aux autres membres de la majorité, nous allons présenter les résultats de cette initiative dans un rapport qui sera soumis au conseil national du parti et c’est lui qui décidera si nous allons continuer à faire partie du gouvernement où le quitter pour l’opposition. Et quelle que soit la décision du parti, elle sera fondée».

Gouvernement mis en minorité, quelle issue ?

Il va sans dire qu’un éventuel départ de l’Istiqlal susciterait des embarras au chef du gouvernement. La perte des 60 sièges du parti de Allal El Fassi mettra automatiquement le gouvernement en minorité, avec seulement 157 sièges sur 395, soit 39,7%. Abbas El Fassi, à la tête du précédent gouvernement, est bien passé par une situation pareille, en 2009 à la veille des élections communales du 12 juin, lorsque le PAM a décidé de retirer son appui au gouvernement et de passer à l’opposition, mettant le gouvernement en minorité. Ce dernier n’a dû son salut qu’à la bienveillance du MP qui a rejoint le gouvernement contre un poste de ministre d’Etat sans portefeuille et un autre de secrétaire d’Etat.
Et si, dans le scénario où l’Istiqlal lui faussait compagnie, Abdelilah Benkirane décidait de faire de même, on ne peut pas dire qu’il aura l’embarras du choix. Sur les trois formations de l’opposition susceptible de rééquilibrer la balance, l’USFP (39 sièges), le PAM (47 sièges) et le RNI (52 sièges), ce dernier reste le seul espoir du chef du gouvernement pour sauver sa majorité. L’UC, la quatrième composante de l’opposition, malgré qu’elle ait laissé sa porte ouverte à toute éventualité au moment où Benkirane formait sa majorité, il y a un an, ne pèse pas lourd avec ses 23 sièges (24 après avoir grappillé un nouveau lors des dernières élections partielles à Tanger).

Pour ce qui est de l’USFP, aucun des candidats à la succession d’Abdelouahed Radi au poste de premier secrétaire ne s’est montré chaud pour tenter à nouveau l’expérience gouvernementale. Pas plus tard que mardi dernier, l’un des cinq candidats, en l’occurrence Ahmed Zaidi, qui tenait une conférence de presse au siège du parti à Rabat, affirmait clairement qu’il était contre l’idée de rejoindre le gouvernement en cas d’un éventuel remaniement et que «c’est une question tranchée». L’idée d’une cohabitation, dans le même camp, entre le PAM et le PJD, est tout simplement impossible à envisager. Le récent passage du chef du gouvernement devant le Parlement dans le cadre de l’application de l’article 100 de la Constitution, vendredi 30 novembre, en dit long sur l’inimitié bien enracinée entre les deux formations. Le RNI reste donc le seul candidat pour sauver le gouvernement Benkirane.

RNI, oui pour le gouvernement, mais....

«Si le PJD est prêt à revoir sa copie et ne trouve pas d’inconvénient à coopérer avec nous autour d’une vision de société progressiste et moderniste, nous sommes prêts à gouverner avec lui. Car, ce qui nous intéresse avant tout, ce ne sont pas les personnes, mais le modèle de société pour lequel nous militons», affirme un membre du bureau politique du RNI. Dans ce scénario, nous nous retrouverons devant un gouvernement d’extrême droite (PJD), droite (MP), centre-gauche (RNI) et gauche (PPS) et dans le camp adverse une opposition de droite conservatrice (Istiqlal), droite libérale (UC) et gauche (USFP et, avec des nuances, PAM). Où sont la cohérence, la polarité et la visibilité du champ politique dans tout cela ? Nulle part, il faut en convenir.

Autre scénario possible mais très peu probable puisqu’aucun acteur politique ne veut en assumer les conséquences : le gouvernement est mis en minorité et faute d’un allié capable de l’aider à rétablir l’équilibre, Abdelilah Benkirane est contraint de démissionner. Techniquement son gouvernement se transforme en gouvernement de gestion des affaires courantes le temps que soient organisées de nouvelles élections. Il se peut aussi que le PJD soit renvoyé dans l’opposition mais là encore c’est fort improbable. C’est que tout le monde est d’accord pour que l’expérience gouvernementale réussisse. Personne ne veut et n’a intérêt à ce qu’elle soit avortée. Le drame algérien du début des années 90 est évoqué à chaque fois qu’il est fait allusion à un tel scénario. «Il n’est dans l’intérêt de personne que le PJD soit éjecté du gouvernement», affirme un membre du conseil national de l’USFP. Ce même responsable ittihadi, ainsi que bien d’autres acteurs politiques, trouvent toutefois embarrassant que le PJD récolte, à lui seul, tous les bénéfices d’une réussite de l’actuel gouvernement. «La classe politique est ainsi devant un dilemme. Si le PJD est contraint à quitter le gouvernement, il va réendosser son habit de victime et va certainement en tirer le plus grand bénéfice en termes de voix. Sans parler du risque que suppose cette éventualité pour le pays. Dans le cas contraire, s’il réussit son passage au gouvernement, il en sera le seul bénéficiaire et engrangera certainement un maximum de voix au prochain scrutin législatif».

Des signes de rapprochement

Si aujourd’hui, vu la situation que traverse le Maroc et toute la région, il est inconcevable de voir le PJD hors du gouvernement, comment renforcer la majorité, en finir avec ses querelles internes et surtout éviter un raz-de-marée islamiste au cours des prochaines élections ? Certains analystes politiques penchent pour un scénario salvateur : renforcer et redynamiser le gouvernement tout en évitant que sa réussite soit inscrite au seul actif du PJD en diluant ce dernier dans sa majorité. Si le gouvernement ne peut pas aller bien loin avec une «majorité moins quart», pour reprendre les termes d’Abdelilah Benkirane, ni avec un «super parti», pour reprendre ceux du porte-parole de l’Istiqlal Adil Benhamza, pourquoi ne pas ouvrir la porte à un nouveau membre ? Dans ce cas, le RNI avec une large expérience dans la gestion des affaires publiques semble tout indiqué.

«Cette éventualité n’a pas (encore) été discutée. De toute manière cette question ne peut être soulevée qu’au sein de la majorité», affirme un dirigeant de l’Istiqlal. «A l’Istiqlal, nous sommes en faveur d’un remaniement qui rendrait l’action du gouvernement plus rationnelle et plus efficace, quels qu’en soient les partenaires. Nous faisons face à une crise internationale qui n’est pas et ne sera pas sans incidence sur le pays et l’Istiqlal est pour tout ce qui peut renforcer et redynamiser l’action du gouvernement. L’expérience doit réussir, c’est dans l’intérêt de la nation, abstraction faite du comment. Parce qu’un échec de cette expérience sera une catastrophe pour le pays», ajoute, sous couvert d’anonymat, ce proche de Hamid Chabat.

Qu’en pense l’intéressé ? «S’il y a un accord sur le programme, rien n’empêche à ce que nous menions ensemble le bateau qu’est le Maroc. Ce n’est pas une question de personnes mais de programme, de visions de société. Tout est question de programme et d’engagement envers les citoyens», affirme un membre du bureau politique du RNI. Cela va dans le sens de l’apaisement entre le PJD et le RNI et la confirmation du rapprochement politique entre l’Istiqlal et le RNI. Les deux chefs des partis, Abdelilah Benkirane du PJD et Salaheddine Mezouar, président du RNI, ont même échangé récemment quelques mots sympathiques lors d’une bref entretien à l’occasion de la cérémonie du centenaire du Bulletin officiel. Bien que Salaheddine Mezouar se soit refusé à donner une portée politique à cette rencontre qu’il a qualifiée de mondaine, pour certains c’est bel et bien un signe d’apaisement. Tout comme l’est l’abstention du groupe du PJD à s’en prendre aux symboles et à la direction du RNI comme par le passé.

Une majorité forte, une opposition cohérente

Quant aux rapports entre l’Istiqlal et le RNI, ils semblent au beau fixe. Encore une fois ce passage de Hamid Chabat sur les écrans de Medi1TV est pour le moins éloquent. L’invité-surprise à cette émission de «90 minutes pour convaincre», Rachid Talbi Alami, chef du groupe parlementaire du RNI, a surpris plus d’un. La complicité dont les deux hommes ont fait montre est pour le moins contradictoire avec leurs positions politiques, l’un étant membre de la majorité et l’autre est dans l’opposition. Cela sans parler de cette rencontre du 13 novembre entre les chefs des deux partis où il a été question d’«échange de points de vue sur la situation politique, économique et sociale du pays» et de «renforcer des relations historiques qui lient les deux partis et leur promotion dans le sens du respect mutuel et faire prévaloir l’intérêt général».
En plus, les deux partis, le RNI et l’Istiqlal, ont cohabité au gouvernement pendant des décennies. En conséquence, si le RNI rejoignait le gouvernement, nous aurons une majorité plus que confortable de 271 sièges, soit 68,6%, dans laquelle le poids, et par la même occasion, l’influence du PJD devraient baisser.

Le PJD serait ainsi dilué dans le gouvernement, la réussite est partagée équitablement entre les différentes formations de la majorité et le gouvernement gagne en efficacité puisque alimenté d’un allié expérimenté. En même temps l’opposition sera campée par deux partis, l’un de gauche (USFP) et l’autre traversé par une forte tendance de gauche, le PAM. Les deux représentent des projets de société proches, la social-démocratie pour le premier, depuis le début des années 90 et la démocratie sociale pour l’autre, depuis son dernier congrès tenu en février 2012. En définitive, le PJD seul ne pourra pas engranger les bénéfices d’une expérience gouvernementale qu’il partage avec d’autres partis et qui intervient, faut-il le préciser, à un moment où des réformes constitutionnelles offrent au chef du gouvernement une marge de manœuvre dont n’a même pas rêvé aucun des anciens Premiers ministres qui se sont succédé aux affaires depuis l’indépendance. Car il n’y a pas de raisons, estime-t-on, pour qu’une seule formation politique venue aux affaires dans une conjoncture régionale exceptionnelle accapare les retombées électorales du processus de réforme auquel ont participé toutes les forces vives de la nation.

Tahar Abou El Farah. La Vie éco
www.lavieeco.com

2012-12-10

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