Point de vue

George Soros : comment sauver l'euro

NEW-YORK – Quand ils l'ont créé, les concepteurs de l'euro savaient que sa construction présentait des lacunes. Il avait bien une Banque centrale européenne, mais pas de ministère des Finances européen. Rien d'étonnant, car le traité de Maastricht a été conçu pour parvenir à une union monétaire en l'absence d'union politique.

George Soros : comment sauver l'euro

Les autorités européennes étaient persuadées que si l'euro était en crise (ou plutôt quand l'euro sera en crise) elles pourront la surmonter. C'est ainsi que l'Union européenne a été créée, étape par étape, sachant que le chemin serait long.

Avec le recul on peut identifier d'autres points faibles de l'euro qui ont échappé à ses concepteurs. Il était supposé entraîner la convergence économique, mais il a produit des divergences, car ses concepteurs n'ont pas réalisé que les déséquilibres peuvent se manifester non seulement dans le secteur public, mais aussi dans le secteur privé.

Après la mise en circulation de l'euro, les régulateurs ont considéré que les obligations d'Etat étaient sans risque et les banques commerciales qui en détenaient ont pu les refinancer au guichet "Discount" de la Banque centrale européenne. Cela a entraîné une diminution des différentiels de taux d'intérêt entre les différents pays, provoquant un boom immobilier dans les économies les plus faibles et réduisant leur compétitivité.

L'Allemagne qui était alors sous le choc de la réunification a dû se serrer la ceinture. En échange de la sécurité de l'emploi, les syndicats ont fait des concessions sur les salaires et les conditions de travail. C'est ainsi que sont nées les divergences, tandis que les banques ont continué à accumuler des obligations d'Etat des pays les plus faibles pour bénéficier du minuscule différentiel de taux d'intérêt qui subsistait.

L'absence d'un ministère des Finances européen a été ressentie la première fois après la faillite de Lehman Brothers en 2008, quand les Etats voulant éviter l'écroulement des marchés financiers ont garanti qu'ils ne laisseraient pas une autre institution financière d'importance systémique faire faillite. A ce moment-là Angela Merkel a rejeté l'idée d'une garantie de ce type à l'échelle de l'Europe et demandé à ce que chaque pays garantisse lui-même ses propres institutions. Il est intéressant de noter que les différentiels de taux d'intérêt n'ont augmenté qu'en 2010, quand le gouvernement grec nouvellement élu a déclaré que le gouvernement précédent avait largement sous-estimé le déficit budgétaire.

C'est ainsi qu'a débuté la crise de l'euro. L'Europe remédie maintenant à l'absence d'un ministère des Finances européen : il y a eu tout d'abord du plan de sauvetage de la Grèce, ensuite la création d'une structure d'urgence temporaire et maintenant les autorités financières essayent d'accoucher d'une institution permanente.

Malheureusement, il est évident que les nouvelles dispositions comporteront elles aussi des vices cachés. Hormis le manque d'un ministère des Finances, l'euro présente d'autres défauts qui échappent semble-t-il aux autorités. Cela complique énormément les choses. L'Europe n'est pas seulement confrontée à une crise de la devise commune, mais aussi à une crise bancaire et à une crise de la théorie macroéconomique.

Les autorités ont commis au moins deux erreurs. La première a été de protéger les obligataires des banques insolvables aux frais des contribuables par crainte de provoquer une crise financière. C'est politiquement inacceptable. Le gouvernement irlandais qui sera élu au printemps prochain sera condamné à revenir sur les dispositions actuelles. Les marchés prennent en compte cet élément, c'est pourquoi le plan de secours de l'Irlande n'a pas donné grand résultat.

Deuxième erreur : les taux d'intérêt élevés sur les plans de secours ont empêché les pays les plus faibles d'améliorer leur compétitivité face aux autres. Les divergences vont continuer à augmenter et les pays les plus faibles vont continuer à s'affaiblir. L'hostilité entre créanciers et débiteurs va sans doute croître et il y a un véritable risque que l'euro ne mette en danger la cohésion politique et sociale de l'UE.

Ces deux erreurs peuvent être corrigées. En ce qui concerne la première, les fonds de secours devraient être employés pour recapitaliser le système bancaire et faire des prêts à des Etats souverains. Sans doute plus efficace que cette dernière solution, une recapitalisation bien conçue du système bancaire réduira les déficits des différents pays, ce qui leur permettra de revenir plus rapidement sur les marchés des capitaux.

Il vaut mieux injecter des capitaux dès maintenant, et il vaut mieux le faire au niveau de toute l'Europe, plutôt que de laisser chaque pays agir de son coté. Cela créerait un régime réglementaire européen. Une réglementation bancaire européenne empiéterait moins sur les souverainetés nationales qu'un contrôle européen sur les politiques budgétaires et serait moins sujet à des abus qu'un contrôle national.

En ce qui concerne la deuxième erreur, il faudrait diminuer le taux d'intérêt sur les plans de secours pour le ramener au niveau de celui auquel l'UE emprunte sur le marché. Cela présenterait l'avantage de vivifier le marché des euro-obligations.

Ces deux réformes structurelles ne seront peut-être pas suffisantes pour permettre aux pays de la zone euro embourbés dans des difficultés le moyen de s'en sortir. Il y faudrait sans doute d'autres mesures telles qu'une décote appliquée aux détenteurs de titres souverains. Correctement recapitalisées, les banques pourraient absorber ce choc et l'on remédierait ainsi aux deux erreurs évidentes qui condamnent l'UE à un sombre futur.



Copyright: Project Syndicate, 2010.
www.project-syndicate.org
Traduit de l’anglais par Patrice Horovitz



Auteur George Soros

George Soros

George Soros est président du Soros Fund Management.

George Soros
www.lavieeco.com

2011-03-11

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