Les maux de l’instant
29 juin 2018
Nabila Fathi (33 articles)
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Les maux de l’instant

Prenons le cas d’un Marocain né en 2018. Quelles sont ses chances réelles de faire des études concluantes dans le public, c’est-à-dire sans que ses parents soient obligés de passer à la caisse ? Et une fois toutes ces étapes traversées, quelles seront ses chances d’avoir un emploi décent ?

Inégalités, justice et mixité sociales, classes moyennes… Des mots qui reviennent dans chaque conversation, que ce soit avec «Monsieur tout le monde» ou avec des responsables de haut niveau. Le Marocain semble nostalgique d’un temps révolu, quand riches et pauvres fréquentaient les mêmes écoles, se soignaient chez les mêmes praticiens de la santé, passaient leurs vacances sur les mêmes plages. Un temps où ce fameux ascenseur social marchait encore. C’est grâce à lui qu’une bonne partie de l’élite économique et politique actuelle a pu accéder au rang qui est le sien aujourd’hui. C’est grâce à lui que le Maroc a pu donner naissance à une classe moyenne aujourd’hui en cours de disparition. Le malaise est palpable. Il se mesure, d’un côté, par ce sentiment de nostalgie dévorant et, de l’autre, par cette difficulté à se projeter à cause d’un modèle de développement que tout le monde dit en panne par son incapacité à produire une richesse profitable à tous.

Prenons le cas d’un Marocain né en 2018. Quelles sont ses chances réelles de faire des études primaires et secondaires concluantes dans le public, c’est-à-dire sans que ses parents soient obligés de passer à la caisse ? D’accéder à un enseignement supérieur gratuit ? Et une fois toutes ces étapes traversées, quelles seront ses chances d’avoir un emploi décent ? Les politiques sont-ils en mesure de nous donner de la visibilité sur 5, 10, 20 ans ? Une chose est sûre, la démission de l’Etat dans l’éducation et dans la santé est une grave erreur dont nous sommes en train de payer le lourd tribut.
Les Marocains de tous bords sont aujourd’hui plus sensibles à ces questions, et cette année est résolument marquée par des débats sociaux et sociétaux. Une année où la perception d’une économie en panne, voire à l’arrêt, est exprimée malgré des résultats des enquêtes de conjoncture qui signalent une évolution positive de la consommation. On le sait, la perception est tout aussi importante que les statistiques. Et dans ce climat d’attentisme, les milieux des affaires semblent frileux, inquiets et préfèrent faire le dos rond. En attendant un déclic.