16 mars 2007
Fadel Agoumi (531 articles)
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Anarchie

Des grévistes voyous,
un Etat qui sous-estime
la menace et une loi sur
la grève qui manque cruellement.

Après les chauffeurs de poids lourds, voilà que les conducteurs de taxis blancs se mettent eux aussi en grève. La cause ? Elle est loin d’être noble : tout ce beau monde proteste contre le fait que l’Etat ait décidé d’appliquer la loi en sévissant sévèrement contre ceux qui ne respectent pas le code de la route. Il est pour le moins honteux que des professionnels se serrent les coudes dans le seul but de continuer à ne pas respecter la loi. Et dire que ce sont des syndicats qui défendent ce point de vue.

Mais s’il ne s’agissait que de cela… Mercredi 14 mars, à l’heure où nous mettions sous presse, une bonne partie du pays était bloquée : pas d’approvisionnement des marchés, des stations-service, et pas de livraisons de marchandises. S’ajoute à cela le fait que des routes étaient bloquées par des grévistes et que ceux qui ont tenté de travailler pour gagner leur pain quotidien ont vu leurs véhicules saccagés, que l’Etat se contente de gérer ce qui, manifestement, commence à le dépasser et, enfin, qu’au troisième jour d’une grève de cette ampleur, des négociations n’ont pas été ouvertes.
Ce tableau sombre appelle plusieurs remarques.

Primo, il est intolérable que l’on exerce un chantage à l’application de la loi. 3 622 personnes sont mortes dans des accidents de la circulation en 2006, 8% du PIB part chaque année en fumée. Le code de la route doit être respecté et le projet de réforme doit être mené à terme.

Deuzio, il est anormal que l’on laisse perdurer cette situation sous prétexte que les représentants des grévistes ne sont pas des organes officiellement reconnus. Il faut entamer les négociations, d’abord pour éteindre l’incendie. Ensuite, il faudra évidemment faire des concessions, mais on peut donner des délais, réduire des durées de suspension, sans pour autant revenir sur l’esprit de la loi.
Tertio, il convient de relever, encore une fois, que des grèves sont organisées, des secteurs bloqués, sans qu’aucun texte de loi ne vienne réglementer cet aspect de la question. Qui va payer les dégâts essuyés par les non-grévistes ? Qui va dédommager les citoyens bloqués sur une autoroute en pleine heure de pointe? Si le gouvernement, qui s’était solennellement engagé à sortir le texte sur le droit de grève il y a un an, avait tenu ses promesses, on n’en serait pas arrivé à cette extrémité.

On espère qu’à l’heure où ces lignes paraîtront, une solution aura été trouvée, mais cela n’effacera pas ce qui s’est passé : des comportements de voyous, une sous-estimation de la menace et une absence de règles.