Vivre, intensément….
20 avril 2009
Hind Taarji (537 articles)
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Vivre, intensément….

La mort est dite unique. Elle l’est, certes, dans sa dimension de sortie du monde des vivants. De plongée dans l’inconnu absolu. Si on la craint tant, c’est bien parce qu’elle est ce trou noir à  propos duquel aucune information n’est disponible. Personne, en effet, n’est jamais revenu pour nous dire comment c’est «là -bas». Les croyants, appuyés sur la béquille de leur foi, sont mieux lotis sur ce plan que
les non- croyants.

Vous êtes dans le compartiment d’un train. En face de vous, d’autres voyageurs sont assis. Vos regards se croisent de temps à autre. Vous enregistrez machinalement le contour de leur visage, les détails de leur apparence. Pendant tout le temps que dure le trajet, l’existence de ces inconnus s’impose à vous, pénètre votre propre monde. Pour peu que quelque chose en eux éveille votre curiosité, vous pouvez vous retrouver à vous interroger sur ce qu’est leur vie, sur ce que sont leurs pensées. Puis le train s’arrête. Tout le monde descend. Vos inconnus se fondent dans la foule et sortent de votre vue. Sauf rares exceptions, à jamais.
Quand on y réfléchit, il y a quelque chose d’angoissant dans ce «à jamais». Angoissant dans la mesure où il renvoie à ce qui est, puis n’est plus. A ce qui nous fait être, puis ne plus être. A la séparation et à la disparition, ces maux auxquels aucun de nous ne peut prétendre échapper. Dans ce cas de figure, il s’agit de la fin d’un moment anodin, de l’évanouissement dans la nature de personnes auxquelles rien ne vous rattache. Il n’y a donc ni perte ni peine sauf que toute indolore que soit cette situation, elle est symbolique d’un état, celui de la finitude des choses et des êtres.
La mort est dite unique. Elle l’est, certes, dans sa dimension de sortie du monde des vivants. De plongée dans l’inconnu absolu. Si on la craint tant, c’est bien parce qu’elle est ce trou noir à propos duquel aucune information n’est disponible. Personne, en effet, n’est jamais revenu pour nous dire comment c’est «là-bas». Les croyants, appuyés sur la béquille de leur foi, sont mieux lotis sur ce plan que les non-croyants. Dans leur «plan de mort», il y a un Au-delà, accueillant pour les «soumis à Dieu», peuplé d’ombres menaçantes pour les incrédules. Mais, quelle que soit la force de la religion donnée, en l’absence de come-back, on reste toujours au niveau de la croyance et de la supposition. D’où l’angoisse de mort, cette peur existentielle qui n’épargne personne. Peur qui explique pourquoi, depuis que l’homme a fait ses premiers pas sur terre, il n’a eu de cesse de s’inventer des dieux. Du dieu Soleil au Dieu unique, la mission de ces derniers est demeurée inchangée : nous aider à domestiquer la peur de la mort.
Mais si la mort en tant que fin de vie ne survient qu’une fois, il est des petites morts avec lesquelles il faut parfois composer tout le long de son existence. Des deuils, en vérité, nous sommes appelés à en faire en permanence, ne serait-ce que par le fait même du temps qui tourne inexorablement les pages de la vie. Reste que certains sont plus lourds, plus difficiles à dépasser que d’autres. Ainsi de ceux liés à la perte d’une partie de son intégrité physique. Un accident, une maladie qui surviennent et c’est toute une vie qui bascule dans un après auquel rien n’a préparé. Il faut accepter de ne plus être ce qu’on était -avant -, vivre avec sa différence nouvelle …
La mort effraie en tant que grand saut dans l’inconnu. Mais elle terrorise également parce qu’elle signifie la séparation d’avec les êtres chers.  On ne l’expérimente d’ail-leurs qu’à travers ce volet-là. Si l’on ignore le ressenti de ceux qui partent, on sait la douleur de ceux qui restent. Mais il n’y a pas que la mort pour vous séparer des gens aimés. Certaines circonstances de la vie font que, du jour au lendemain, des amis ou des amours sortent définitivement de votre existence. Un départ, un divorce et des êtres avec lesquels vous viviez au quotidien, partagiez les moments les plus intimes ne font plus partie de votre univers. Là aussi, c’est une mort en soi, même si elle ne dit pas son nom.
Tout ceci nous ramène à cette évidence, à savoir que la mort fait intrinsèquement partie de la vie. On a beau vouloir l’oublier, elle colle à nos pas, inexorablement. D’où l’importance de vivre pleinement le moment présent, de se concentrer sur les petits bonheurs du quotidien et, surtout, d’accepter qu’il arrive un moment où il faut partir et laisser partir … Si la mort fait partie de la vie, la renaissance aussi.