Sauver le sport, tout le monde doit s’y mettre
14 novembre 2008
Lavieeco (25434 articles)
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Sauver le sport, tout le monde doit s’y mettre

Le sport est un problème national, dont la prise en charge a des implications énormes tant au plan social qu’économique. Pour le sortir du marasme et des dérives qui le caractérisent aujourd’hui, il faut en faire une aventure collective. Le Roi a ouvert la voie dans un discours récent. Désormais, citoyens et décideurs doivent, plutôt que de se livrer au vieux réflexe de la chasse aux sorcières, conjuguer leurs efforts pour réussir la mise à  niveau du secteur.

Sa Majesté le Roi vient, de nouveau, de se pencher sur un problème qui concerne plus des deux tiers de la population et qui incarne l’espoir collectif de la nation. Il s’agit, on l’aura peut-être deviné, du sport. Mais du sport pris dans son ensemble, dans sa gestion, ses orientations et sa «démocratie». Le Roi a secoué le cocotier en s’attaquant à un secteur engourdi, verrouillé dans ses vieilles et sordides habitudes, soumis à de terribles pratiques dont le mercantilisme et la «politique politicienne» ne sont que les manifestations visibles. Le Roi a pris sur lui d’ouvrir cette «boîte de Pandore», défiant les clans et les chefferies, dénonçant la gabegie et les féodalités. Il faut donc lui rendre hommage et soutenir la mobilisation à laquelle il en appelle.
L’appel royal constitue d’abord une première réponse aux vœux et à l’engouement de millions de jeunes Marocains. C’est le premier pas décisif vers la prise en main d’un problème national, ensuite vers la mise en œuvre d’une politique sportive dont l’un des effets sera également d’aider les jeunes à ne pas sombrer dans le désespoir, de les soustraire à certaines dérives comme la drogue – entre autres cette pandémie de «chicha» qui démolit la jeunesse et empeste l’atmosphère -, la délinquance et l’intégrisme.
Une jeunesse livrée à elle-même, sans projet, ne bénéficiant guère d’infrastructures, sans encadrement, est en effet ni plus ni moins qu’une armée de «desperados». Autrefois, il n’y a pas si longtemps, les maisons de jeunes servaient de lieux de convivialité et de créativité, artistique, culturelle, sportive. Puis, au fur et à mesure que s’installait une atonie sociale et administrative, les maisons de jeunes n’ont plus servi à rien. Elles ont disparu des schémas des communes et des arrondissements ainsi que des plans des élus. Fréquemment, elles étaient construites en dépit du bon sens, peut-être même jour justifier des dépenses électoralistes et des budgets foireux.
Pourtant, s’il est un pays qui possède tous les atouts pour réussir une politique du sport digne de ce nom, c’est bien le Maroc, qui bénéficie d’une position géographique privilégiée et de son réservoir de jeunes, qui s’identifient dans les symboles des champions et incarnent le patriotisme. Outre cette dimension, le sport, c’est aussi une activité économique et sociale, parce qu’il engage d’énormes investissements et que, lorsqu’il est bien organisé, structuré et déployé comme une activité nationale et non corporatiste, il participe à l’économie d’un pays. Les champions sont les ambassadeurs et les porteurs d’idéaux collectifs.
A-t-on saisi cette dimension au Maroc ? Pour mettre en œuvre les orientations royales et soutenir Nawal Moutawakil, qui a pris en main un secteur chancelant, il est nécessaire de se départir de nos comportements égoïstes et de nos lâchetés. Et pour commencer, il faut mettre à plat le secteur en prenant au sérieux les Assises du sport et l’esprit qui en découle, marqué par la détermination à le sortir de l’ornière, à le restructurer et à le moderniser.
Que le chef de l’Etat lui-même prenne les devants constitue la meilleure caution morale. Plutôt que de céder au vieux réflexe de la «chasse aux sorcières», conjuguons nos efforts afin de mettre à niveau un secteur qui est à notre image. Il est impératif d’assainir, de procéder à une refonte des textes qui le régissent, de les assouplir et de ne plus rester prisonniers d’une culture de l’attentisme et du favoritisme. La gestion du sport est aujourd’hui au cœur de la réflexion de tous, la mise à niveau des fédérations et des clubs nous interpelle.
Dans ce sens, une idée a germé depuis longtemps déjà. Pour mieux cerner la problématique du sport, ne convient-il pas en effet de mettre en place un Haut commissariat aux sports, sans aucune obédience politique ou idéologique ? Une institution qui ne défende que le sport et les sportifs, le sport pour tous. Ce n’est pas une utopie que d’espérer voir, quelque jour, mûrir une génération formée aux disciplines diverses, éduquée, encadrée, soutenue par une politique et des moyens, appelée à faire flotter le drapeau national et à faire entonner l’hymne marocain sur les podiums internationaux. Que nos responsables se mettent en tête que le sport n’est pas un péché de jeunesse mais un projet collectif. Non plus le simple exercice physique auquel s’adonnent – et ce n’est pas un crime – des individualités dans leur solitude.
C’est la plus belle et exaltante aventure collective qu’une nation puisse vivre. C’est aussi, prosaïquement, une grande activité de base, politique, diplomatique, économique.
Il est impératif que l’activité sportive dans son ensemble, autrement dit de gestion, d’encadrement, d’équipement, de prise en main des jeunes, de formation et de financement soit le fruit d’une réflexion élargie et cohérente. Elle ne doit plus être kidnappée par d’ambitieux – et désastreux – planificateurs qui l’ont fourvoyée des décennies durant. Le Roi nous a ouvert le chemin. A nous de poursuivre. Et plutôt que de former des centaines de faux athlètes, contentons-nous d’en former des dizaines, mais les meilleurs.
Contrairement à la formation d’un parlementaire ou d’un président de commune, membre d’un parti et détenteur d’une carte d’adhérent de quelques jours et de beaucoup de dirhams, il faut entre 10 et 15 ans pour conduire la formation d’un athlète de haut niveau.
Et cette perspective exige, d’un côté, une politique avec des objectifs, et, de l’autre côté, un accompagnement compétent et dévoué. Mais aussi beaucoup de sacrifices, des moyens et, en face, une nécessaire hygiène de vie, une éducation, en somme, chez les athlètes.