Pour quand une protection juridique du consommateur ?
10 mai 2010
Fadel Boucetta (419 articles)
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Pour quand une protection juridique du consommateur ?

la vie quotidienne des Casablancais est parsemée d’embûches, parfois visibles, souvent sournoises, qui leur compliquent singulièrement l’existence. les abus, tracasseries et autres désagréments ont encore de beaux jours devant eux, en l’absence de lois précises, visant à  défendre les droits des citoyens – consommateurs, qui sont aussi contribuables et électeurs, ne l’oublions pas.

La vie quotidienne des Casablancais est parsemée d’embûches, parfois visibles, souvent sournoises, qui leur compliquent singulièrement l’existence. Que faire en pareil cas, comment se comporter, quelle attitude adopter ? Prendre son mal en patience, éclater de rire ou protester avec véhémence sont des solutions envisageables. Prenons quelques exemples pour illustrer ces propos.

Au volant de sa voiture, un quidam rentre tranquillement chez lui, vers 20 heures, après une dure journée de labeur. Sous une pluie battante, il emprunte -pour son malheur- le boulevard de la Résistance où les embouteillages sont quotidiens. Roulant au ralenti derrière un bus qui lui obstrue la vue, un choc violent fait vaciller son véhicule. Reprenant ses esprits, il constate qu’il n’a heurté personne et qu’il n’y a pas de collision avec une autre voiture… Mais il remarque que les passants et les autres conducteurs lui font des signes véhéments. Il se gare difficilement dans un concert de klaxons (les Casablancais au volant ne sont pas connus pour leur calme ni pour leur civisme), et observe la traînée d’huile qui s’élargit sous la voiture, laquelle est tout simplement tombée dans un trou béant sur la chaussée, invisible de nuit et sous la pluie. Bilan : un carter brisé et quelques milliers de dirhams de réparation…sans possibilité aucune de recours contre la Commune locale, responsable du revêtement des rues de la ville.

Autre cas. À la fin des vacances scolaires, un jeune marocain étudiant en France se rend à l’aéroport Mohammed V, destination Nice. Son vol est prévu à 7h50, aussi prend-il la peine de se réveiller très tôt, (ainsi que ses parents), afin d’être sur place à 6h30. Une fois sur place, ils constatent que quelques centaines de voyageurs attendent, dans un grand désordre devant l’unique porte d’accès ouverte, avant de se soumettre au contrôle de sécurité. Le temps passe, il est bientôt 7h20, et le jeune étudiant commence à paniquer. Il n’est pas le seul : d’autres voyageurs élèvent le ton, estimant que le rythme d’accès est trop lent, et qu’ils risquent de rater leur avion. Imperturbables au début, les policiers finissent par comprendre la situation, et accélèrent le mouvement, dans une joyeuse pagaille, pour faciliter le passage.
Notre étudiant réussira, in extremis, à se faire enregistrer (non sans s’être fait rabrouer pour son retard), mais il apprendra plus tard que certains de ses camarades moins chanceux n’ont pu voyager ce matin-là. À qui la faute, et qui est responsable ? Les compagnies aériennes accusent l’administration de l’aéroport, qui rejette la faute sur les responsables de la sécurité, lesquels assurent que les effectifs alloués sont parfois insuffisants pour ouvrir plusieurs portes d’accès ! Encore une fois, tout recours semble bien difficile.

Cet autre cas est tout aussi révoltant. Il est 8h du matin et une foule de gens pressés s’apprête à emprunter la navette ferroviaire pour Rabat. Un citoyen achète un aller-retour en première classe, mais constate une fois à bord que le train est bondé, et que tous les sièges sont occupés. Ça  peut arriver, se dit-il, faisant contre mauvaise fortune bon cœur : il fera le trajet plus ou moins debout, s’asseyant dans le wagon-cafétéria quelques instants avant l’arrivée. À 13h, le revoilà en gare de Rabat attendant son train pour Casablanca. Une voix suave informe les voyageurs que le train va bientôt entrer en gare, précisant que la première classe se trouve en queue de train. Notre citoyen se positionne donc, voit le train défiler devant lui, et remarque que la première classe est accrochée à la locomotive, donc en début de train. Il embarque furieux, constate que la seconde classe affiche complet, et que les portes communicantes entre les wagons ne s’ouvrent pas. Il rumine sa colère, et attend de pied ferme le contrôleur… qui n’arrive que cinq minutes avant l’arrivée à la gare de Casa-Port, et lui propose alors de le mener en première classe !

A quoi bon protester, s’énerver ou s’emporter ? Ni la commune, ni l’aéroport, ni l’ONCF n’écouteront les réclamations des citoyens lésés. Et le tribunal, s’il est saisi, réclame des preuves tangibles : l’automobiliste aurait dû appeler un huissier assermenté constater sur place les dégâts de sa voiture ; l’étudiant ou le voyageur auraient dû faire également un constat réglementaire pouvant appuyer leurs dires. Mais qui a vraiment l’esprit et le temps de réagir ainsi, lorsque l’on se trouve confronté à pareilles situations ? Vraiment peu de monde, et c’est pour cela que les abus, tracasseries et autres désagréments ont encore de beaux jours devant eux, en l’absence de lois précises, visant à défendre les droits des citoyens – consommateurs, qui sont aussi contribuables et électeurs, ne l’oublions pas !