Le sommeil arabe
22 octobre 2014
Najib Refaif (608 articles)
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Le sommeil arabe

Une fois le sommeil dompté, il s’adonna à sa passion de toujours : écrire un poème, et de ce poème faire une chanson. Ainsi se rêvait l’auteur de cette demi-douzaine

Une fois le sommeil dompté, il s’adonna à sa passion de toujours : écrire un poème, et de ce poème faire une chanson. Ainsi se rêvait l’auteur de cette demi-douzaine de chansons qui eurent un succès aussi éphémère que mal connu. Personne ne retiendra son nom. Les maigres fruits de sa folle passion n’auront eu aucune postérité. Ses nuits sans sommeil n’ont pas eu les aubes blanches qui accueillent l’insomnie des gens qui ont fait de la poésie une raison de vivre. Cet homme-là, peu importe son nom ou sa date de naissance, a existé. Il est resté dans l’ombre de tous ceux qui brillent et sonnent faux. Il a traversé le temps comme on traverse un terrain vague dans un étrange rêve ininterrompu.    

Combien sont-ils ces gens qui ont fait don de leur vie à une passion et n’ont jamais été ni reconnus ni récompensés ? Poètes, romanciers, hommes de théâtre, plasticiens ou musiciens, ils ont traversé nos vies, frôlant timidement notre existence, près de nous et si loin de la scène, des librairies et des cimaises des galeries. Artistes oubliés ou sous-évalués avant même de s’exprimer, ils ont été enterrés vivants dans la fosse commune de l’inculture et de l’ignorance. Il arrive parfois, à ceux qui prennent le temps de réfléchir à cette question, de se demander quelle est la cause de l’absence de talents ou, plus généralement, de la qualité des productions artistiques et littéraires dans nos contrées, en élargissant le territoire et en poussant les frontières jusqu’aux limites de ce qu’on nomme monde arabe.

La question se pose régulièrement lorsque telle récompense mondiale vient à être décernée à des artistes ou des écrivains. On se la pose rarement d