Choumicha n’a pas lu Camus
1 février 2012
Lavieeco (25261 articles)
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Choumicha n’a pas lu Camus

Si elle avait lu Albert Camus, elle se serait évité les quolibets des envieuses toques, et les réflexions vengeresses de nos bourgeoises, dont nous délaissons les plats amoureusement mitonnés pour dévorer des yeux les délices de Choumicha.

Vous l’avez aperçue trônant au bon milieu de Jamaâ el-Fna, d’or vêtue, étincelante comme un mirage, alléchante tel le péché de gourmandise, et vous n’avez pas résisté à la tentation de vous en flatter le palais. Je veux parler de cette omelette géante offerte généreusement aux papilles gustatives des badauds. Œuvre monumentale de l’artiste Choumicha, elle ne peut être, en êtes-vous persuadé, que baveuse à souhait, incomparablement exquise, cuite à point ; à la première bouchée, elle se découvre pâteuse, fadasse, partiellement cramée. Vous en tombez à la renverse. Quoi, la fée des fourneaux ne sait pas faire cuire un œuf ? D ‘évidence, elle en est apte, comme tout un chacun, mais sa bourde est d’en avoir utilisé 21 000. Eût-elle pris en compte la sagesse qui recommande de ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier, elle n’aurait pas essuyé semblable infamie. Si elle avait lu Albert Camus, elle se serait évité les quolibets des envieuses toques, et les réflexions vengeresses de nos bourgeoises, dont nous délaissons les plats amoureusement mitonnés pour dévorer des yeux les délices de Choumicha. Selon l’auteur de «L’homme révolté», «il ne suffit pas de casser des milliers d’œufs pour faire une bonne omelette et ce n’est pas, il me semble, à la quantité de coquilles brisées qu’on estime la qualité du cuisinier». Il a fallu sacrifier une infinité d’œufs pour concocter les omelettes tunisienne, égyptienne et libyenne ; elles sentent le roussi.