Préscolaire : les crèches se préparent à une profonde restructuration
6 mars 2018
Aziza belouas (1466 articles)
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Préscolaire : les crèches se préparent à une profonde restructuration

Le Collectif des crèches rencontrera les organismes de tutelle du préscolaire dans les prochains jours. L’assainissement et l’organisation du secteur constituent l’ordre du jour des discussions. Le référentiel de labellisation devra accompagner l’évolution du secteur…

Le secteur de l’enseignement préscolaire privé s’organise: création d’une association et mise en place d’un référentiel de certification. L’objectif: garantir un enseignement préscolaire de qualité, assainir le secteur qui connaît d’importantes disparités, enfin et surtout aider les familles, souvent perdues, à trouver un établissement de qualité pour y inscrire leurs enfants. «Il faut souligner que la crèche est le premier environnement extérieur pour le bébé ou l’enfant, soit entre 18 mois et 3 ans. Donc il faut qu’il soit adéquat, accueillant et surtout qu’il offre un encadrement de qualité et professionnel. C’est pour cela que nous avons mis en place ce référentiel marocain», explique Mounya El Aouni, directeur associé de Qualifes Conseil.

L’Association marocaine des crèches privées, qui ne regroupe pas l’ensemble de la profession, tiendra, courant mars, une réunion avec les départements ministériels concernés, notamment le ministère de la jeunesse et des sports qui assure la tutelle des crèches et le ministère de l’éducation nationale. A l’ordre du jour, la présentation officielle du nouveau référentiel de normalisation ainsi que la discussion de certains points relatifs aux crèches : la réglementation, la régulation de la concurrence ainsi que la politique des prix. Tous ces aspects devraient, selon les professionnels des crèches, permettre d’assainir le secteur qui compte aujourd’hui une offre prémium et des crèches de quartiers qui ne répondent pas aux normes de qualité requises. Il importe de souligner que les crèches sont actuellement sous la tutelle du ministère de la jeunesse et des sports. Cette situation «étrange» s’expliquerait, selon l’Association marocaine des crèches privées, par le fait que l’activité de ces établissements se limitait à un service de garderie des enfants en bas âge et ne concernait pas du tout l’apprentissage. Aujourd’hui, nous sommes loin de ce schéma puisque les crèches prennent les enfants jusqu’à l’âge de cinq ans et assurent l’enseignement préscolaire. Ce qui, de l’avis de certains responsables de crèches, implique un encadrement qualifié en vue de dispenser un apprentissage adéquat et préalable au démarrage de la scolarisation primaire et suppose une implication du ministère de l’enseignement national pour les volets formation et inspection. C’est un point important qui sera, selon les professionnels, discuté avec le MEN lors de la rencontre prévue début mars.

La démarche de concertation envisagée par l’association s’impose, dit-on dans le secteur, car l’accompagnement préscolaire des enfants est primordial. Visant l’épanouissement et l’éducation de la petite enfance, il requiert l’implication des pouvoirs publics, des professionnels aussi bien publics que privés ainsi que les familles. C’est cette préoccupation qui a été à l’origine, indique Lilia Kriaa Lahlou, directeur général du cabinet AFNOR Maroc en charge de l’accompagnement technique pour l’élaboration du référentiel et de l’audit des crèches certifiées, de mettre en place des normes standards permettant de garantir la qualité de la prise en charge des enfants accueillis dans les crèches ainsi que l’amélioration continue de leur fonctionnement interne.

La labellisation sera renouvelée tous les trois ans

«Ce référentiel appartient en fait à Qualifes Conseil et au Collectif des crèches. Nous les avons accompagnés dans la démarche et nous avons validé le référentiel. Au départ, nous avons voulu nous aligner sur ce qui se passe à l’étranger et adopté les mêmes normes, mais dans les pays européens le secteur des crèches est très avancé, organisé et surtout réglementé. Donc il était plutôt préférable d’avoir notre propre référentiel», explique Lilia Kriaa Lahlou. «Label Enfance», c’est son appellation, est  accessible à toute crèche privée qui a pour objet l’accueil et la prise en charge éducative d’enfants dont l’âge varie de dix-huit mois révolus à quatre ans sous la responsabilité d’un personnel spécialisé et qualifié, respectant les engagements de service, l’organisation et l’amélioration continue tels que décrits dans le référentiel.

Ce label qualité permettra ainsi la certification des crèches marocaines qui répondront à des normes bien précises. Parmi lesquelles on citera principalement  l’obligation d’avoir un espace de 2,75 m2 par enfant. Ce qui permettra d’avoir des classes de 15 enfants seulement contre 25 enfants actuellement. Au niveau de l’encadrement, le référentiel retient un encadrant pour cinq bébés et un encadrant pour 10 enfants de trois ans. Par ailleurs, les infrastructures des crèches doivent répondre à des normes de sécurité, notamment la hauteur des prises de courant, les dispositifs contre l’incendie, la formation du personnel aux techniques de secourisme et des exercices d’évacuation en cas d’imprévus. Et le référentiel concerne également les programmes pédagogiques.

Le référentiel a déjà permis la certification de deux crèches à Casablanca, Kenzi et l’Ecole Buissonnière,. Quatre autres, dont l’Ile aux trésors, ont entamé la procédure de certification qui s’étalera sur six mois à une année et qui devrait aboutir, selon la DG d’AFNOR, à la rentrée scolaire 2018-2019. «Nous avons effectué un audit de ces crèches pour faire l’état des lieux des structures et établi un rapport qui a été validé par un comité à Paris. Les conclusions de l’audit ont permis d’engager la mise à niveau préalablement à l’octroi du «Label Enfance». La labellisation est accordée pour une durée de trois ans au terme de laquelle interviendra son renouvellement», explique Mme Kriaa Lahlou. Et d’ajouter que le label peut être retiré si des anomalies sont constatées, dans le cadre du suivi de la crèche certifiée ou à la demande des parents qui ne sont pas satisfaits de la qualité des prestations fournies. Le coût du processus de certification ne peut être exactement estimé. Toutefois, on retiendra que l’audit est facturé 12 000 à 14000 DH. Enveloppe à laquelle il faut ajouter le coût de la réalisation des travaux de mise à niveau effectués par les crèches concernées.

Quoiqu’il en soit, la mise en place de ce référentiel 100% marocain aidera les familles dans le choix de l’établissement approprié, d’une part, et, d’autre part, permettra un développement de l’enseignement préscolaire.

Difficile d’avoir des indicateurs précis

Selon une étude du Haut commissariat au plan, datant de 2014, les parents de niveau scolaire moyen ou élevé et/ou d’origine sociale moyenne ou aisée sont plus attachés à la préscolarisation de leurs enfants. D’après cette même source, 94,5% des enfants inscrits sont âgés de 3 à 5 ans et l’âge moyen d’un enfant en préscolaire est de 3,3 ans.

En raison de la complexité de ce secteur qui compte plusieurs intervenants, il est difficile d’avoir des indicateurs précis. Ainsi, selon le HCP, on retiendra qu’en 2014 quelque 995000 enfants ont été inscrits dans le préscolaire dont le taux de fréquentation est de 48,7%. Alors que selon  le ministère de l’éducation nationale, ce sont 726 917 élèves qui sont inscrits dans le préscolaire en 2016-2017. Dans le privé, le nombre des inscrits atteint 180 397, soit 25% de l’effectif total. Le préscolaire traditionnel (les écoles coraniques, les Msid et les Kouttab) représentent 63% des élèves inscrits dans le préscolaire, soit 459 794 enfants. Enfin, le secteur public  capte 86 726 élèves. Soit 12% de l’effectif total.

Au-delà des chiffres, il est à retenir que le préscolaire se caractérise par une multiplicité des organismes de tutelle. Les groupes scolaires, les institutions et les classes préscolaires du public et privé relèvent de l’éducation nationale. Le ministère des habous et des affaires islamiques assure la tutelle des koutabs alors que les jardins d’enfants, maternelles et garderies du secteur public et semi-public dépendent de l’Entraide nationale ou du ministère de la jeunesse et des sports. Enfin, les écoles maternelles du secteur de la coopération sont mises sous la tutelle des ambassades et des services culturels de pays étrangers.

Selon des observateurs, la multitude d’organismes de tutelle explique l’absence d’une vision globale du préscolaire et la difficulté d’instaurer un préscolaire de qualité. C’est pourquoi le Collectif des crèches entend mener des campagnes de sensibilisation auprès des pouvoirs publics à la nécessité du référentiel de labellisation qui permettra de rehausser la qualité du préscolaire aux standards internationaux.