2 novembre 2011
Tahar Abou El Farah (966 articles)
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Membre non permanent du Conseil de sécurité : cela nous donne droit à  quoi ? 

Il fera partie des 10 membres non permanents de l’instance, son mandat dure 2 ans Le Maroc aura la possibilité d’exprimer directement ses positions sur le Sahara, mais pas celle de voter concernant le sujet.

V ingt ans après sa dernière élection, le Maroc se retrouve de nouveau, et pour la troisième fois dans son histoire, parmi les membres du Conseil de sécurité. Le Royaume a, en effet, été élu vendredi 22 octobre membre non permanent de cette institution onusienne pour les années 2012 et 2013. Toutefois, faire partie des dix membres non permanents du Conseil de sécurité n’est pas un exploit en soi, mais l’élection du Maroc intervient dans un contexte particulier. Cela va lui permettre d’être au cœur de la machine onusienne alors que sa région, l’Afrique du Nord et le Moyen-Orient, vit un chamboulement historique. Le Maroc est, de ce fait, tout indiqué pour servir d’interface entre les pays de cette région et les instances onusiennes.
De même, explique un haut responsable du ministère des affaires étrangères que, concernant les différentes questions de l’Afrique,  «le Conseil de sécurité a besoin, aujourd’hui, d’entendre une voix africaine qui n’est pas aussi dogmatique que l’est celle de l’Afrique du Sud. Une voix plus mature et ayant un réseau relationnel très étendu». Cela d’autant que 60% des points aujourd’hui à l’ordre du jour du Conseil de sécurité portent sur des conflits en Afrique. Et «le Maroc peut apporter une contribution très utile en ce sens», précise la même source. Une contribution qui pourra être payante. En étant membre non permanent, le Maroc devient, en effet, un interlocuteur au sein du Conseil de sécurité pour plusieurs pays. Ce qui lui permettra, à terme, d’enrichir son réseau relationnel. Ceci servira incontestablement, dans l’avenir, les intérêts de notre pays et par ricochet la question du Sahara.
Concernant ce point, le Maroc pourra certes parler de ce dossier à la première personne, et de ce fait, saura mieux expliquer ses positions et donc arriver à convaincre les autres membres. «C’est un avantage, en effet. Il vaut mieux être dedans que dehors. Dedans, le Maroc aura la possibilité d’exprimer directement ses positions», affirme ce haut responsable du ministère des affaires étrangères. Toutefois, tient-il à préciser, «même en dehors du Conseil de sécurité, le Maroc avait les capacités de défendre ses intérêts. Depuis 2007, les résolutions du conseil ont toutes préservé les intérêts du Maroc». Précision importante, il ne peut exprimer sa position quand une question sur le sujet du Sahara est soumise au vote et doit se contenter d’un statut d’observateur.

Une victoire diplomatique, mais sans enjeux majeurs

Les élections lors desquelles le Maroc a affronté la Mauritanie et le Togo pour les deux sièges à élire pour le compte du groupe des Etats d’Afrique auront montré une chose. Il avait intérêt à diversifier ses centres d’intérêts. L’étendue de ses relations avec les pays arabes, les Etats du Pacifique, l’Union européenne, le Conseil de coopération du Golfe, le Canada, les Etats-Unis et les pays d’Amérique Latine a fini par payer. Même les pays de l’Union Africaine, dont il ne fait pourtant pas partie, ont, dans leur majorité, voté pour lui. Dans les faits, le Maroc et le Togo, élu à l’issue du troisième tour à 131 voix, remplacent le Gabon et le Nigéria, un redoutable adversaire pour le Maroc et l’un des puissants alliés africains du Polisario. Il doit toutefois composer avec l’Afrique du Sud, l’autre puissance africaine acquise aux thèses des séparatistes jusqu’au 31 décembre 2012, date à laquelle ce pays sera remplacé par un autre représentant du Continent noir.  
Le Maroc a dû, toutefois, mettre en avant un certain nombre d’atouts, non pas pour surclasser la Mauritanie, l’autre prétendant, mais pour faire face aux voix qu’auront mobilisé ses adversaires pour lui barrer la route. Il a ainsi mis en avant sa stabilité et la viabilité de son projet de société. Car, explique ce haut responsable du ministère des affaires étrangères, «un membre stable est un membre qui a du poids». De même, et c’est son deuxième atout, sa diplomatie a connu ces dernières années une importante évolution en diversifiant notamment son espace d’action. Preuve en est le vote majoritaire des Etats d’Afrique. «Ce vote a montré que malgré qu’il ne fasse pas partie de l’Union Africaine, le Maroc a réussi à se faire une place parmi les Etats de l’Afrique», explique-t-il. Enfin, sa connaissance des rouages des Nations Unies s’est révélée également payante. Ceci devrait lui permettre non pas de se comporter en observateur, mais d’apporter une contribution significative aux travaux du conseil.