Les partis se positionnent, 2021 est plus que jamais dans tous les esprits
1 mai 2018
Tahar Abou El Farah (976 articles)
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Les partis se positionnent, 2021 est plus que jamais dans tous les esprits

Trois partis, trois évènements, trois catégories d’enjeux différentes. Le PJD, l’Istiqlal et le PAM ont signé le week-end dernier des sorties remarquées.

L’Istiqlal a tenu son premier conseil national, six mois après le congrès ordinaire. Le PJD a donné, enfin, le coup d’envoi à son dialogue interne pour tenter de mettre fin à une crise au début latente, mais qui a fini par éclater à la veille du dernier congrès tenu en décembre. Le PAM, en stand-by organisationnel depuis l’annonce, en août dernier, de son secrétaire général de sa démission avant de se rétracter peu après, a tenu la très attendue réunion de son conseil national, mais qui a été consacrée exclusivement à la question du Sahara.

L’Istiqlal remet de l’ordre dans sa demeure et choisit l’opposition. Le parti a également élu, après six mois de son congrès, le président de son conseil national. Le nouveau président, Chiba Maelainein, ancien chef de cabinet d’Abbas El Fassi et ancien juge constitutionnel, a été désigné par acclamation. En fait, il est resté seul dans la course après le retrait de deux candidats, dont la candidature a divisé les membres et risquait de diviser de nouveau le parti. Les Istiqlaliens ont repris leurs vieilles habitudes, fermant (définitivement ?) la parenthèse des urnes, ouverte avec l’arrivée, en septembre 2012, de Hamid Chabat à la tête du parti, au profit d’un retour aux consensus. Un art dont il est le seul à exceller. Depuis la scission de son aile gauche et la création de l’UNFP en 1959, notent certains analystes politiques, les décisions majeures de l’Istiqlal ont, en effet, toujours été prises par consensus. En parallèle, et comme on s’y attendait depuis quelques mois, le parti vient d’opérer un virage dans son positionnement politique, choisissant de se ranger dans l’opposition. Et pas n’importe quelle opposition ! Il s’agit de celle «nationaliste istiqlalienne», qui, expliquée en des termes plutôt vagues, «sera mobilisée pour défendre la cause nationale, renforcer le front interne et contribuer activement à la diplomatie parallèle et aux mutations et réformes majeures dans le pays. Et ce, à travers le plaidoyer, la force de proposition et l’élaboration de solutions et d’alternatives réalistes, réalisables, respectant l’intelligence du citoyen et veillant à faire entendre l’autre opinion et les voix non-écoutées au sein de la société et des institutions». L’Istiqlal a fini par se rendre compte qu’après tout, le soutien critique est le niveau zéro de l’opposition. C’est une opposition timide, voire effacée.

Aujourd’hui que ses chances d’entrer au gouvernement sont nulles, l’Istiqlal a estimé qu’il ne convient plus au parti historique de continuer à être réduit presque au rôle de spectateur.

Une carte plus lisible

Il estime qu’il est temps de quitter cette zone grise et de camper le rôle de l’opposition tel que spécifié dans l’article 10 de la Constitution. En outre, l’Istiqlal veut donner une image d’un parti solidaire, contrairement au PJD qui ne cesse d’envoyer des signes inquiétants sur sa cohésion interne, au point que le Secrétaire général a demandé explicitement aux dirigeants de ne plus commenter en public les affaires internes du parti, ce qui au final donne de lui une image d’un parti instable et incapable de gérer ses crises internes ; et par conséquent incapable de gérer convenablement les affaires publiques. L’image voulue par le PI est celle d’un parti de consensus et un parti qui sait maintenir ses équilibres internes, et donc au final apte à mieux gérer les affaires publiques. C’est à ne plus en douter, l’Istiqlal se prépare déjà à 2021. En consacrant la dernière réunion de son conseil national à la question du Sahara, initiative fort louable au demeurant, le PAM, lui, ne fait pourtant que reporter l’abordage de son malaise interne. Aujourd’hui, même si la plupart des dirigeants de cette formation de l’opposition refusent de s’exprimer sur la question, la situation est intenable. Quant au PJD, il essaie de sortir de sa crise avec un moindre coût. A priori ce sont certes des rendez-vous internes importants, du moins pour le PJD et l’Istiqlal, mais à y voir de plus près, ils confirment un changement structurel de la scène politique entamé au lendemain des dernières élections législatives. Au fond, note cet analyste politique, le PJD est sur le point de tourner définitivement la page Benkirane en effaçant les séquelles qu’il a laissées sur l’organisation du parti. L’Istiqlal fait de même avec l’ère Chabat. Le parti n’a jamais été aussi déboussolé que lorsque l’ancien maire de Fès avait pris les commandes. Tantôt dans l’opposition, suite au retrait spectaculaire du gouvernement en 2013, tantôt dans le soutien à l’Exécutif et plus particulièrement au PJD, après avoir perdu les élections locales et régionales de 2015, tantôt dans le «no man’s land» qu’est le soutien critique du gouvernement. Après avoir récupéré la direction et l’organisation du parti, l’actuelle équipe aux commandes reprend sa place dans l’opposition.

Quel impact sur la scène politique ?

Avec la fin de cette caste de dirigeants, note cet analyste, c’est aussi la politique, au vrai sens du terme, qui retrouve sa place. Nous serons sortis des attaques donquichotiennes de certains partis contre l’Etat, des temps de Benkirane et Chabat. Un conflit qui ne devrait pas se substituer, dans un Etat d’institutions, à la confrontation entre projets politiques, dans le cadre d’une compétition entre la majorité et l’opposition.
Face à la majorité, constituée de six formations politiques, on se retrouve après la décision de l’Istiqlal avec une opposition à trois tendances, chacune dans son côté. Le PAM et l’Istiqlal étant rivaux, notamment au sein de la deuxième Chambre et le fait que l’Istiqlal ait choisi de mener sa propre opposition, cela signifie qu’il ne souhaite pas se retrouver dans le même camp que le PAM à défendre les mêmes positions. C’est à chacun son opposition et ses calculs politiques. Mais rien n’empêche qu’ils votent de la même manière des projets de lois présentés par le gouvernement. Quant à la FGD, le fait que ses deux représentants à la Chambre n’aient pas choisi de s’allier à un groupe donné dénote d’une volonté de démarcation par rapport à toutes les formations politiques, qu’elles soient de la majorité ou de l’opposition. Ceci dit, même à trois, ces forces politiques totalisent à peine 149 sièges, soit moins de 38%, de la première Chambre.

Ce qui fait dire à de nombreux analystes politiques que c’est certainement le PJD qui présente le plus gros souci du gouvernement. Le chef du groupe parlementaire, un des proches de l’ancien secrétaire général, à d’ailleurs eu l’occasion de le signifier au chef du gouvernement, il y a quelques semaines, à Missour, «nous ne sommes pas une majorité mécanique et personne ne nous empêchera de faire notre devoir». Driss El Azami, également président du conseil national, a laissé entendre que le groupe parlementaire va continuer à «contrôler l’action du gouvernement». Et même à prendre l’initiative de constituer «des missions d’information sur des sujets qui préoccupent les citoyens et dont nous considérons qu’il y a des dysfonctionnements». Si le dialogue interne finissait bien, les tentions au sein du parti pourraient diminuer, ce qui ne manquerait pas de se répercuter sur le comportement de son groupe parlementaire. Par ailleurs, il ne faut pas perdre de vue que c’est un parti pour lequel l’ambivalence a été payante. Pendant tout le mandat du dernier gouvernement, il a joué sur les deux cordes, dans la majorité en semaine et dans l’opposition le week-end. Une stratégie qui lui a permis non seulement de ne pas présenter le bilan de son action au gouvernement et donc rendre compte aux électeurs, mais également de faire le plein des votes et rafler la première place aux élections d’octobre 2016.

Qu’en est-il pour la deuxième Chambre ?

Les prochains mois s’annoncent déjà chauds. Les deux formations de l’opposition, le PAM et l’Istiqlal, seront amenées, en effet, à une confrontation dans quelques mois, à l’occasion du renouvellement des instances dirigeantes de la deuxième Chambre. L’Istiqlal, première force politique de la deuxième Chambre (25 conseillers en comptant l’UGTM, soit 21%) lorgne la présidence de la Chambre, alors que le PAM (dont le groupe compte également 25 conseillers alors qu’il en était à 23 au lendemain des élections du 2 octobre 2015) entend conserver le poste jusqu’à la fin du mandat. En plus des partis politiques, deux autres acteurs entrent en jeu, les représentants des salariés et donc syndicats et les représentants des employeurs. La CGEM, ayant nouvellement accédé à la Chambre en tant que représentant des employeurs, s’est démarquée dernièrement en faisant blocage devant l’adoption du projet de loi relatif à la formation continue. Le texte qui devait être adopté en session extraordinaire a été retourné à la commission pour approfondir son examen. Le groupe parlementaire de la CGEM ne manquera pas, soit dit en passant, de se démarquer, dans les mois à venir lors du débat du projet de loi relatif au droit de grève ou encore lors d’une éventuelle révision du code du travail. Ce faisant, le groupe parlementaire du patronat ne se positionne ni pour ni contre le gouvernement. La CGEM a d’ailleurs veillé depuis le début à ne pas prendre position dans ce clivage, elle reste à égale distance avec tous les partis et s’allie tantôt aux uns, tantôt aux autres, selon les intérêts qu’elle défend et qui sont ceux de l’entreprise. Les syndicats adoptent une position tout à fait opposée. L’UNTM vote systématiquement avec le groupe du PJD dont ses élus font d’ailleurs partie, et donc avec la majorité alors que l’UGTM est intégrée dans le groupe istiqlalien. Quant à l’UMT et la CDT, le premier syndicat adopte une posture similaire à celle de la CGEM alors que le deuxième est franchement dans l’opposition. Il faut toutefois préciser que l’opposition a déjà été majoritaire au sein de la deuxième Chambre durant tout le mandat de l’ancien gouvernement. Mais elle n’a pas eu un impact déterminant sur les décisions du gouvernement, notamment en matière législative. Les conseillers ne peuvent, en effet, que retarder, pour longtemps, le vote des textes de loi ou des les renvoyer systématiquement en deuxième lecture. Mais la première Chambre finit généralement par rejeter la plupart, sinon la totalité, des amendements des conseillers, surtout ceux pour lesquels le gouvernement n’a pas donné son aval. Les conseillers ont même été, une fois, jusqu’à rejeter le projet de Loi de finance mais l’initiative n’a eu qu’une portée symbolique.