‘‘Razzia’’ : il faut sauver la liberté !
19 janvier 2018
Fadwa Misk (373 articles)
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‘‘Razzia’’ : il faut sauver la liberté !

«Razzia» est le dernier-né de la filmographie de Nabil Ayouch. Il traite la question des libertés individuelles au Maroc. Le film choral sort en salles le 13 février.

Dans «Choses vues», recueil de notes et de mémoires, publié à titre posthume, Victor Hugo écrivait «Sauvons la liberté. La liberté sauve le reste». Nabil Ayouch répond présent en signant un film engagé en faveur de ces précieuses libertés individuelles. L’œuvre est une mosaïque de combats de gens ordinaires, nageant à contre-courant, le tout porté à ébullition sur le feu ardent des manifestations sociales. A voir.

Ce Maroc mosaïque

Razzia est un film choral. Vautrez-vous confortablement dans vos sièges, pour deux bonnes heures de visionnage. Vous y découvrirez des vies parallèles, qui se croisent dans le Casablanca tentaculaire de 2015.
Mais aux origines du récit, il y a Abdallah (Amine Naji), un instituteur ravi d’enseigner dans son village niché en hautes montagnes, en 1985. Son courage est peu à peu entamé par une politique d’arabisation qui l’empêche de transmettre le savoir à ses petits amazighs. Trente ans plus tard, nous découvrons cette femme bourgeoise (Meriem Touzani), qui éprouve un sentiment d’oppression dans un environnement qui se radicalise à vue d’œil. Enceinte, elle s’inquiète pour l’avenir de son enfant dans une rue qui ne tolère pas la vue du corps des femmes.

Un jeune homme (Abdelilah Rachid), menuisier le jour, chanteur le soir, rêvant de devenir le Queen marocain, peine à convaincre son père de bénir ses rêves. Il pleure ces derniers lorsqu’une rixe éclate dans une maison de bien-nés mal élevés. Parmi eux, Ines (Dounia Binebine), une adolescente de 15 ans, à la sexualité ambiguë. Tiraillée entre une éducation permissive, mais avec tabou sur la sexualité, elle finit par commettre une folie…

Et puis il y a Joe (Arieh Worthalter), juif casablancais, qui s’occupe de son père malade et de son vieux restaurant et dont la vie amoureuse souffre de la froideur du rejet, à cause d’une religion dont il ne garde que l’étiquette. C’est chez lui que travaille Ilyas, ancien élève d’Abdallah et fils d’Yto, venue chercher, sans le trouver, son amour perdu.

Le fil conducteur entre les différentes histoires est ténu, que l’on pourrait presque s’en passer. En fond sonore presque constant, la violence, qui gronde crescendo, se mue en chaos.

Un film à thèse

Dans cette œuvre, l’engagement de Nabil Ayouch pour les libertés individuelles est totalement assumé. Razzia est un film à thèse qui donne à réfléchir sur le mal de vivre causé par l’oppression, qui ne concerne pas une classe sociale, une ethnie ou un genre. Il illustre parfaitement le propos de Nelson Mandela qui disait : «Je ne suis pas vraiment libre si je prive quelqu’un d’autre de sa liberté. L’opprimé et l’oppresseur sont tous deux dépossédés de leur humanité». Et c’est bien une société qui se déshumanise peu à peu que l’on constate tout au long du film, menant au chaos et à l’éclatement.

Prémonition ou hantise ? Nabil Ayouch exprime en tout cas son point de vue sur la situation alarmante des libertés individuelles. Et à en croire Razzia, il y a péril en la demeure.

Pour rappel, son précédent film, «Much loved», traitant de la question de la prostitution, n’a toujours pas été projeté au Maroc et a subi l’ire et la censure sociale qu’il abhorre tant…