Qu’attend-on du SIEL ?
23 février 2018
Fadwa Misk (375 articles)
Partager

Qu’attend-on du SIEL ?

La 24e édition du Salon international de l’édition et du livre se tient à la Foire internationale de Casablanca jusqu’au 18 février. Comme chaque année, l’événement fait son lot d’heureux et de dépités, avec quelques changements notés. Bilan.

Et de 24 pour l’événement annuel phare du livre et de la littérature. Le Salon international de l’édition et du livre continue sur son élan fédérateur des professionnels du livre, issus de tout bord. Renforcé, depuis deux ans, par la journée des professionnels de l’édition, l’événement tend à créer des ponts effectifs entre les différents acteurs concernés, en plus d’un programme important d’activités et de rencontres littéraires au profit du large public. Installé comme chaque année, au cœur de la Foire internationale de Casablanca, un tour dans les différents stands dévoile quelques différences et améliorations, quand d’autres aspects accusent des lacunes notables.

Capharnaüm

«C’est la foire !», s’écrie-t-on désespérément lorsque les foules envahissent le salon. Le grand espace de la Foire internationale de Casablanca ne serait pas propice aux salons du livre, selon les divers acteurs invités. Le bruit de fond, les problèmes de sonorisation, la signalisation précaire, le manque de communication autour des rencontres, les espaces de consommation alimentaire qui invitent davantage à la promenade qu’à la lecture… Tous ces petits soucis sont imputés à l’immensité de l’espace, alors que d’autres événements similaires s’en sortent très bien dans de pareils espaces.
Pour faciliter l’accès aux livres, le ministère de la culture offre la bonne surprise de chercher un titre sur la base de données des ouvrages disponibles pendant le SIEL. Excellente initiative qui n’a pas été menée jusqu’au bout, puisque l’on ne dit nulle part dans quel stand trouver le livre !

L’on pourrait se satisfaire globalement de la qualité de l’événement. Mais la comparaison avec le «Printemps des livres de Tanger» ou avec l’excellent Salon «Lettres du Maghreb» s’impose d’elle-même. En somme, une meilleure organisation de l’espace et des ressources pourrait changer la donne pour cet événement phare de l’année culturelle. Une privatisation de l’événement ne serait d’ailleurs pas inutile, car le besoin en ressources humaines spécialisées se ressent à plusieurs niveaux de l’organisation.

Un meilleur contrôle

Lorsqu’on a fait les précédentes éditions du SIEL, on remarque inéluctablement une différence de taille: la place accordée à une certaine «littérature» à fort penchant idéologique s’est rétrécie petit à petit. Au grand bonheur des professionnels de la littérature qui voyaient d’un mauvais œil le public se ruer sur des livres sur la sorcellerie, sur un courant extrémiste de l’islam, avec contenu misogyne et raciste, sur une médecine alternative erronée ou des manuels de développement personnel de bas de gamme. Aujourd’hui, un liseré fin de livres spirituels encercle le salon, avec un contenu plus ou moins épuré, probablement grâce à la surveillance des publications mises en vente.

Côté jeunesse, l’offre reste modeste, bien que les visites de classe et les particuliers en demandent. Les maisons d’édition marocaines Yomad et Yanbouê Al Kitab y sont présentes avec un contenu nouveau et original, aux côtés des livres importés aux prix modiques, mais sans grande valeur ajoutée. A noter, par contre, les livres de la Yamama Edition qui propose des adaptations pour enfants de «L’assommoir» de Zola, de «Le père Goriot» de Balzac, ou encore les versions arabes de «Othello» de Shakespeare et «Le procès» de Kafka.