Quand Casa danse le hip-hop
11 avril 2018
Fadwa Misk (373 articles)
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Quand Casa danse le hip-hop

«Danser Casa» est une création artistique pour huit danseurs marocains, pensée par les chorégraphes Mourad Merzouki et Kader Attou. La tournée marocaine du spectacle débute ce vendredi 6 avril, au Théâtre Moulay Rachid à Casablanca. Au programme également une tournée française, avec une cinquantaine de dates prévues.

Et si Casablanca était un spectacle de danse ? Il s’en dégagerait de l’énergie, de la joie, de l’effervescence et beaucoup de poésie. Un peu comme la création «Danser Casa» qui rend hommage à la métropole à travers le hip-hop. Conçu par la productrice Anne-Sophie Dupoux, le projet a fait appel à deux des plus grands chorégraphes français de la discipline : Mourad Merzouki et Kader Attou qui ont créé leur compagnie de danse à l’âge de vingt ans, avant de faire séparément des parcours admirables. Ils se retrouvent pour la première fois depuis quinze ans pour concevoir et imaginer un spectacle pour huit danseurs autour de Casablanca. Et ce n’est pas pour déplaire à Ayoub Abekkane, Mossab Belhajali, Yassine El Moussaoui, Oussama El Yousfi, Aymen Fikri, Stella Keys, Hatim Laamarti et Ahmed Samoud qui ont été choisis pour être les ambassadeurs de la ville dans ce spectacle à la fois singulier et pluriel.

Un art, une émancipation

Pour Kader Attou et Mourad Merzouki, la rencontre avec la communauté des danseurs hip-hop en décembre 2016 fut une révélation. A peu près 200 danseurs sont venus auditionner et exprimer la dynamique de la danse au Maroc. «L’audition a été une surprise ! Quand on voit cette jeunesse, ces talents, ces désirs d’exister, de partager, il est impossible de rester insensible. Cette énergie positive est à l’opposé de ce que nous traversons en France. Elle apporte la meilleure des réponses aux préjugés que l’on peut avoir en Occident sur le monde arabe», s’exprime Mourad Merzouki.
A l’issue des deux jours d’audition, les chorégraphes ont jeté leur dévolu sur huit danseurs, dont une seule fille. Stella Keys est originaire du Congo Brazzaville. Arrivée en escale à Casablanca depuis Moscou, elle y vit quatre ans. «Cette ville est mon destin. Je voulais être de ce spectacle. Je suis arrivée au casting en retard, mais je n’avais qu’un but, c’est d’être prise», raconte la jeune danseuse qui s’est tout de suite intégrée au groupe.
A partir de la personnalité et des aptitudes de chacun d’entre eux, la trame d’un spectacle a été composée par Attou et Merzouki, autour d’un récit urbain, où la danse aurait le dernier mot. Au retour au Maroc en mars 2017, les danseurs se sont retrouvés pour sept semaines de répétition non stop, pour apprendre la chorégraphie, affiner leurs mouvements et surtout harmoniser leur prestation de groupe. «Je suis danseur de popping à la base. Chacun de nous a sa spécialité dans laquelle il est très bon. Mais grâce à Mourad et Kader, nous avons appris à travailler en groupe. De plus, ils nous ont amenés vers des genres nouveaux pour nous, tels que la danse contemporaine, classique, avec de la musique arabe… Il y aura pas mal de surprises dans le spectacle», nous apprend Aymen Fikri, l’un des jeunes danseurs de la troupe.
Pour Kader Attou, «même s’ils ne sont pas des danseurs confirmés, les danseurs le sont, en tout cas, dans leur état d’être et dans leur générosité. On prend du plaisir à chercher avec leurs forces et leurs fragilités. Et tout l’intérêt de cette création est de les emmener ailleurs, au-delà de leur technique, pour être des interprètes sur un plateau au service d’un propos chorégraphique». Et de conclure : «Avec ces projets, on réalise davantage pourquoi nous sommes arrivés dans la danse et comment la danse est une ouverture et une émancipation».
La première de «Danser Casa» est prévue ce 6 avril au théâtre Moulay Rachid. Le spectacle ira ensuite à Tétouan, Meknès, Rabat, ElJadida puis à Agadir, avant de revenir à Casablanca pour un show au Studio des Arts Vivants, en date du 8 mai. En France, c’est dans le cadre du festival «Montpellier danse» que les danseurs se produiront les 23, 24 et 25 juin, avant de danser Casa une cinquantaine de fois, partout dans l’Hexagone.

Une tournée franco-marocaine

Pour la productrice Anne-Sophie Dupoux, «Danser Casa» est le fruit de son expérience professionnelle, mise au service des pays du Maghreb qu’elle chérit particulièrement. «En France, je travaillais sur un festival des cultures urbaines qui a un large public. Je voulais produire quelque chose avec la communauté hip-hop marocaine, vu que rien ne se fait dans ce domaine. Mais avec des effets induits, toucher des publics, créer des échanges, des rencontres et surtout partager des émotions. Dès que je suis arrivée au Maroc, la communauté artistique m’a tout de suite accueillie et aidée pour mener à bien ce projet», indique la productrice.
Mais une telle production dans un domaine quasi inexistant nécessitait des ressources importantes. Heureusement que la productrice disposait d’un répertoire bien fourni, ce qui permettra au spectacle de tourner au Maroc et en France durant toute une année.

Aujourd’hui, le spectacle est coproduit par la fondation Touria et Abdelaziz Tazi, l’Uzine, Casa Events et animations, l’Aparté, le Centre chorégraphique national de Créteil et du Val-de-Marine, le Centre chorégraphique national de la Rochelle, Théâtre du Vellein-Capi Villefontaine, Théâtre de Chartre et Etat d’esprit productions, avec le soutien de l’Institut français de Casablanca et le Studio des Arts Vivants.