Santé au travail : Entretien avec Abdessamad Bourbah, Directeur associé du cabinet Partenaire
9 juin 2015
Brahim Habriche (1945 articles)
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Santé au travail : Entretien avec Abdessamad Bourbah, Directeur associé du cabinet Partenaire

Les exigences des donneurs d’ordres étrangers poussent les prestataires à  mieux traiter leurs salariés. Les inspecteurs du travail disposent de peu de moyens pour faire respecter la loi.

La majorité des organisations sont conscientes, à des degrés plus au moins différents, de la problématique de la santé au travail. Pourtant, beaucoup d’actions peuvent être mises en place, partant d’un service de médecine de travail, propre à l’entreprise ou mutualisé, jusqu’aux plans de formation et de sensibilisation. Explications d’Abdessamad Bourbah, directeur associé du cabinet Partenaire, spécialisé en conseil et formation.

La question de la santé au travail suscite beaucoup de débats mais peu d’actions sont visibles sur le terrain, pourquoi à votre avis ?

La santé au travail a été toujours au centre des débats au sein de toutes les organisations. C’est aussi une question multidimensionnelle complexe et compliquée à mettre sous contrôle et à maîtriser. C’est enfin une question qui évolue concomitamment avec l’évolution de nos sociétés. En effet, s’il y a quelques décennies les troubles musculo-squelettiques (TMS), à savoir les maladies professionnelles liées aux articulations occupaient le haut du podium des maladies professionnelles, aujourd’hui ce sont de plus en plus les troubles psychosociaux, liés au stress, qui détrônent les TMS. Les instances internationales telles que l’Organisation internationale du travail et le Bureau international du travail ont émis plusieurs directives dans ce sens pour inciter les organisations, de toute sorte, à mieux gérer la santé au travail de leurs salariés.

Au Maroc, sur le volet réglementaire, le code du travail en vigueur a réservé une place de choix à la santé et sécurité en lui consacrant le titre IV «De l’hygiène et de la sécurité des salariés». Mais sur le terrain, on peut constater que la majorité des organisations est consciente, à des degrés différents, de la problématique de la santé au travail de leurs salariés et surtout de l’impact sur la productivité et la performance.

Autre point, les actions mises en œuvre dépendent fortement de la taille de l’entreprise, du secteur d’activité, de l’ouverture ou non sur l’international (les exigences des donneurs d’ordre sont contraignantes sur ces volets et poussent les entreprises à mieux gérer la santé et la sécurité de leurs salariés), et enfin et surtout du type de management dominant. Enfin, les autorités en charge de l’inspection du travail, qui ont un rôle important dans le dispositif de la santé et la sécurité au travail, sont encore, compte tenu des moyens mis à leur disposition, focalisées sur le traitement des conflits et le contrôle des déclarations des salariés à la CNSS.
 
Pensez-vous que les entreprises sont peu regardantes sur la santé de leurs  employés ?

Je pense qu’il ne faut surtout pas généraliser. Ceci dit, nous pouvons dégager deux tendances, parfois extrêmes: des entreprises (toutes tailles et tous secteurs confondus) très avancées sur ce volet, ayant mis en place des démarches structurées et structurantes avec des résultats très parlants, et d’autres qui ne sont pas encore dans cette dynamique et pour qui la santé au travail n’est pas une priorité.

Quelles sont les actions que les entreprises mettent en place généralement ?

Plusieurs actions peuvent être mises en place. On peut parler d’un service de médecine de travail, propre à l’entreprise ou mutualisé, des plans de formation et de sensibilisation relatifs à la santé et sécurité au travail, des équipes dédiées et des relais opérationnels dans toute l’organisation, des démarches structurées pouvant aller jusqu’ à la certification, des audits et diagnostics réguliers s’inscrivant dans des démarches d’amélioration continue et surtout des managers conscients, leaders et veillant au pilotage stratégique et à l’implication opérationnelle dans ce processus
 
Dans quel cadre peut-on recourir à une visite médicale ?

L’article 327 du code de travail marocain est clair sur ce volet. Il précise les différentes situations où le recours à un examen médical par le médecin du travail est obligatoire :
– tout salarié avant l’embauchage ou, au plus tard, avant  l’expiration de la période d’essai ;  
– tout salarié, à raison d’une  fois au moins tous les douze  mois, pour les salariés ayant atteint ou dépassé 18 ans et tous les six mois pour ceux ayant moins de 18 ans ;  
– tout salarié exposé à un danger quelconque, la femme enceinte, la mère d’un enfant de moins de deux ans, les mutilés et les handicapés suivant une fréquence dont le médecin du travail reste juge ;  
– tout salarié dans les cas suivants : après une absence de plus de trois semaines pour cause d’accident autre que l’accident du travail ou de maladie autre que professionnelle, après une absence pour cause d’accident du travail ou de maladie professionnelle ou en cas d’absences répétées pour raison de santé.  

Les conditions de travail sont souvent source de problèmes médicaux. Comment les entreprises peuvent-elles s’organiser, notamment sur le plan ergonomique ?

L’action ergonomique se fonde sur l’observation de l’activité réelle de travail là ou se structurent les savoirs et les savoirs-faire des opérateurs. Elle s’intéresse aux aspects suivants: ambiance physique (bruit, éclairage, température…) ; efforts (manipulations, manutentions…), postures (qui sont en relation avec les efforts et dépendent de la nature de l’activité réalisée), la charge mentale (la monotonie, l’attention, l’interdépendance, la polyvalence), le travail sur écran, les nuisances chimiques et physiques ou encore l’accès et circulation.  Pour les entreprises, le cheminement pour mettre en place une démarche ergonomique globale s’articule en 3 étapes : l’aspect sécurité avec notamment la maîtrise des risques, l’aspect confort avec l’adaptation des conditions matérielles de travail à l’individu et l’aspect bien-être, à savoir le contentement exprimant l’adéquation des conditions physiques et sociales de travail aux attentes des individus.