L’image de la «femme-objet» est encore présente
7 septembre 2009
Brahim Habriche (1944 articles)
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L’image de la «femme-objet» est encore présente

Les écarts socio-économiques entre les hommes et les femmes sont toujours présents, ils sont dus essentiellement au poids des croyances sociales n L’évolution de la femme au travail dépend de la structure du secteur et de son mode de management.

L’évolution de la femme marocaine dans le monde du travail est certainement palpable. Elle a investi beaucoup de domaines jusque-là réservés aux hommes. Cependant, elle doit encore faire face à certains préjugés. Explications d’Ahmed Al Motamassik, sociologue d’entreprise.

Comment analysez-vous l’évolution professionnelle de la femme ?
Les femmes marocaines sont de plus en plus présentes dans la vie économique du pays. De tout temps, elles ont participé au soutien économique de leur communauté soit par leur travail formel, ou informel, principalement le travail de production domestique ou le travail agricole. Mais, depuis quelques années, elles sont de plus en plus nombreuses à investir le marché de l’emploi ou à développer une activité économique rémunératrice.
Je dirais que l’évolution est certes positive à tous les niveaux (formation, compétences, postes à responsabilités…) mais elle reste insuffisante. Il faut nuancer ce progrès. D’abord, il est beaucoup plus palpable dans le milieu urbain que rural. Et même dans le milieu urbain, l’évolution de la femme au travail dépend de la structure, du secteur, de la taille d’entreprise et son organisation…Malheureusement, l’informel ou le manque d’organisation de certains secteurs comme le textile nuisent au statut de la femme où elle est souvent exploitée de manière cruelle.
Il faut souligner également qu’une majorité de femmes ne peut être considérée comme active puisque la plupart d’entre elles sont présentes dans le secteur informel et réalisent des activités à domicile.

Peut-on aujourd’hui parler d’égalité entre les genres?

Je ne le crois pas. Malheureusement, les écarts socio-économiques entre les hommes et les femmes sont toujours présents, ils sont dus essentiellement au poids des croyances sociales. L’acteur masculin dispose toujours de privilèges qu’il n’accorde pas facilement à la femme. Il y a lieu de voir l’inconstance, voire l’hypocrisie de la société à l’égard de la femme. En général, l’homme a une image souvent positive de la femme. Toutefois, la question devient plus sensible et plus tendue quand il s’agit de hautes responsabilités et ce, pour des raisons purement sociales et culturelles. Il faut dire que la femme a également intégré et intériorisé cet état d’esprit qui fait que l’homme soit supérieur à la femme. Elles ont accepté ce rôle que leur donne la société marocaine et contribuent inconsciemment à le perpétuer.

Les combats menés appartiennent-ils au passé ou sont-ils toujours  d’actualité ?

Les combats sont toujours d’actualité. On a bien vu qu’au niveau juridique certaines avancées ont été non négligeables. Les combats à mener sont surtout sur le plan social. Au niveau professionnel, son professionnalisme n’est plus à démontrer au niveau de l’entreprise, il reste néanmoins qu’elle a encore du mal à imposer sa légitimité.
Fort heureusement, il nous arrive de constater que, dans des postes à responsabilités, la femme, à compétences et formations égales, arrive à s’adapter et à réaliser des résultats meilleurs que l’homme. La raison est que la femme veut prouver qu’elle est capable de réussir autant que l’homme.

Elles arrivent tout de même à percer dans certains domaines…
Oui, par exemple, dans la fonction publique, on constate une féminisation importante dans certaines administrations ou ministères notamment le corps enseignant ou celui de la santé. En revanche, la très haute fonction publique reste très masculanisée, comme en témoigne le faible nombre de femmes directrices d’administration centrale.
Dans le privé, on observe une sur-représentation des hommes dans les professions techniques supérieures (ingénieurs), une spécialisation des femmes dans les fonctions ressources humaines, administration, communication…et, de ce fait, une sous-représentation dans les missions considérées comme stratégiques (développement produits, finances…). Elles occupent une faible part quant aux postes de décision. Ce n’est certainement pas faute de compétence qu’elles soient ainsi reléguées au second plan. Aujourd’hui, les femmes sont de plus en plus nombreuses à effectuer des études supérieures. Par conséquent, sur ce plan, elles peuvent lutter à armes égales avec les hommes.

Quelles sont les difficultés qu’elles rencontrent souvent?
Malheureusement, sur le plan effectif, les mentalités n’ont pas encore évolué. L’image de la «femme-objet» est encore présente. Dans les situations de crise, elle devient sujet de dénigrement. Sur le plan professionnel, la femme est aussi appelée à fournir plus d’efforts que son alter ego masculin. Exclue des réseaux informels de cooptation, seule une compétence avérée lui permet d’assurer son ascension.
Bien évidemment, la vie familiale constitue l’autre handicap pour une femme. Elle doit jongler entre le travail, les corvées domestiques et l’éducation des enfants. Dans la rue, on entend souvent que la Moudawana n’a fait que renforcer beaucoup plus le rôle de la femme que celui de l’homme, que la gent féminine est en train de gagner du terrain et qu’elle s’éloigne de son principal rôle : celui d’épouse et mère de famille.
Autre difficulté, cette fois-ci sur le plan légal. Il y a encore des efforts à faire sur la question de harcèlement.