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Discrimination à l'embauche : les petits "trucs" à surveiller


Beaucoup de candidats sont pénalisés à l'embauche à cause de leur physique, croyances religieuses, âge ou autres.
Les recruteurs parlent souvent de présentation, de tenue... sans jamais évoquer de façon explicite leurs réticences.
Pour mettre toutes les chances de son côté, un candidat à l'embauche doit au moins prendre soin de son apparence.

Discrimination à l'embauche : les petits "trucs" à surveiller

La dictature des apparences, Mouna, 42 ans, en sait quelque chose.  «J’ai toujours été obèse et très souvent j’ai connu une discrimination liée à mon physique», explique-t-elle. «Pour ce poste, j’ai constaté largement que seul le physique importait. Certaines entreprises, par exemple, cherchaient davantage à retrouver l’image fantasmatique de l’assistante sexy que la personne réellement compétente», poursuit-elle. Pourtant, elle n’est pas du genre à se décourager au premier obstacle. Battante, elle a tout de même pu trouver sa place. Mais, comme souvent pour certaines personnes, elle doit redoubler d’efforts pour s’imposer et n’a pas droit à l’erreur. Effectivement, il n’est pas facile de s’imposer comme assistante de direction lorsqu’on n’a pas le physique pour. Une fonction où la dictature de la beauté est une réalité dans tous les pays.
Victime de ségrégation non avouée, Laila B., cadre dans une société de services, en connaît aussi un rayon. Non pas à cause de son physique, cette fois-ci , mais parce que, tout simplement, elle porte le hijab. «Très peu de recruteurs osaient invoquer mon voile pour motiver leur refus», souligne-t-elle. Aujourd’hui, beaucoup de femmes voilées disent être victimes de discrimination à l’embauche, même si les entreprises commencent à changer d’attitude sur ce point.
Mais elles ne sont pas les seules. Dans notre société envahie par l’image, on peut dire que le physique nous impose parfois ses diktats.
Pour ainsi dire, personne n’ose en parler, mais c’est un phénomène qui existe bel et bien, même s’il est circonscrit.
L’âge est souvent la première forme de discrimination. Les offres d’emploi sont édifiantes sur ce critère. Au-delà de 35 ans, les chances de trouver un emploi s’amenuisent. Et ne parlons pas des seniors quinquagénaires. Pour se dédouaner, certains employeurs invoquent les problèmes de reconversion et les prétentions salariales qui peuvent être trop élevées par rapport aux attentes d’un jeune.
Pour ce DRH, «la société marocaine n’a pas encore créé de cadre favorable à cette population. Le plus souvent, les seniors se mettent à leur compte ou se replient dans un cadre associatif. Au moins, ils ont la possibilité de trouver d’autres satisfactions personnelles, d’autres sources de motivation, de la reconnaissance, le sentiment du service rendu...».
Vient ensuite le sexe. Une femme de 35 ans, ayant quatre enfants, possède moins de chances d’être convoquée pour un entretien, encore moins d’être retenue surtout pour certains types d’emploi.  
A compétence et qualification égales, on retiendra la façon de s’habiller, le physique, la façon de parler ou l’accent et l’existence d’un handicap. D’autres critères comme la couleur de la peau ou l’allure efféminée pour un homme ou trop masculine pour une femme viennent compléter la liste et peuvent aussi constituer un désavantage.

La plupart des recruteurs disent ne pas s'appuyer sur des critères subjectifs

Une chose est sûre, l’apparence renvoie une foule d’informations à nos interlocuteurs. C’est pourquoi, en Europe, certains cabinets en ont profité pour se positionner dans le conseil en image. Que ce soit à titre personnel, afin d’être plus séduisant, qu’il s’agisse d’un candidat qui souhaite faciliter son embauche, d’un dirigeant qui veut améliorer son impact ou d’une entreprise qui veut optimiser l’efficacité de ses commerciaux, ils sont de plus en plus nombreux à recourir aux conseils des professionnels du look.
Au Maroc, certains grands dirigeants ou politiciens recourent parfois à des coachs pour soigner davantage leur image. Qu’en pensent les spécialistes du recrutement ? La plupart d’entre eux disent ne pas s’appuyer sur des critères aussi subjectifs que l’apparence physique, le sexe, la couleur de peau et l’âge pour une embauche. La seule condition c’est d’être compétent et de respecter les valeurs de l’entreprise. «Il ne s’agit nullement de rentrer dans des considérations idéologiques avec l’entreprise cliente. On voit surtout ce qu’exige le poste en termes de compétences humaines. Si une femme voilée peut faire l’affaire, le problème ne se pose pas», souligne Siham Alaoui, consultante en ressources humaines au cabinet Convergence Conseil.
En revanche, un de ses confrères recruteurs reconnaît que certains clients n’hésitent pas à spécifier clairement les critères physiques, sans aucun problème.
Il faudra sans doute «forcer» un DRH à reconnaître explicitement la discrimination à l’embauche ou une gestion de carrière. Il y en a un qui a pourtant avoué que sa direction lui a demandé de retenir en dernier choix les candidatures des voilées et des barbus. Des managers n’en voulaient pas du tout dans leur service surtout s’il s’agit de postes supposant un contact direct avec la clientèle. Ce genre de  confessions est rare.

Les critères physiques sont quasiment absents des petites annonces

«Nous ne sommes pas une agence de mannequins. Nous cherchons avant tout des compétences», répète-t-on partout. En fait, ils sont rarement conscients de commettre une injustice, lorsqu’ils jugent une personne au physique déplaisant «sans charisme», un concept souvent utilisé comme alibi pour le culte du physique. Le sujet est encore tabou dans l’entreprise.
«Nous sommes dans le domaine du non dit», explique Chantal Aounil, responsable recrutement à Bil Consulting. «Nos clients parlent de présentation, de tenue, d’élégance... sans jamais évoquer de façon explicite le physique ou autre». Siham Alaoui ajoute également qu’un candidat qui a le physique de l’emploi peut être avantagé par rapport à un autre candidat. Il peut jouer sur ses atouts pour impressionner le recruteur.
Mais si les entreprises au Maroc font très rarement mention de critères physiques explicites, c’est davantage par déontologie naturelle que par peur de représailles juridiques.
Aucune loi, en effet, ne protège expressément les salariés contre des discriminations en rapport avec leur physique, comme cela existe dans nombre de pays. Des faits d’ailleurs souvent bien difficiles à prouver devant les tribunaux...
Ceci dit, les critères physiques sont quasiment absents des petites annonces. On retrouve cependant quelques qualificatifs évasifs comme «secrétaire discrète», et des mentions relatives au sexe et à l’âge, souvent interdites dans d’autres pays. En matière de desiderata physiques, le terme «bonne présentation» reste l’expression la plus couramment utilisée. La photo, en revanche, est de plus en plus sollicitée en accompagnement d’un CV. Elle est même vivement conseillée pour une candidature directe à l’entreprise «excepté pour les femmes voilées qui se priveraient alors de toute chance de trouver un travail», comme l’ont exprimé certains responsables de recrutement. Moralité : mieux vaut se donner le maximum de chances en laissant de côté ses idées personnelles.
A défaut de pouvoir changer certaines caractéristiques physiques, les spécialistes en recrutement recommandent au moins de soigner son image à travers des critères simples : une allure générale et une attitude corporelle correcte.
Bref, même si l’habit ne fait pas le moine, un peu de tenue ne fait pas de mal.



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CODE Ce que prévoit la loi sur la discrimination



L'article 9 du code du travail prévoit qu'il est interdit à l'encontre des salariés toute discrimination fondée sur la race, la couleur, le sexe, le handicap, la situation conjugale, la religion, l'opinion politique, l'affiliation syndicale, l'ascendance nationale ou l'origine sociale, ayant pour effet de violer ou d'altérer le principe d'égalité des chances ou de traitement sur un pied d'égalité en matière d'emploi ou d'exercice d'une profession, notamment, en ce qui concerne l'embauche, la conduite et la répartition du travail, la formation professionnelle, le salaire, l'avancement, l'octroi des avantages sociaux, les mesures disciplinaires et le licenciement.
Ce code est en revanche muet sur la tenue vestimentaire. Il insiste seulement sur les conditions de travail en matière d'hygiène et de sécurité. C'est-à-dire que l'entreprise doit prendre toutes les précautions pour assurer la protection des salariés, entre autres, mettre à leur disposition des tenues et outils adaptés à leurs missions. Mais dans certains secteurs, l'entreprise peut exiger des tenues vestimentaires conformes à l'exercice de l'activité sans qu'il y ait entorse à la loi. Notons par ailleurs que l'article 6 de la Constitution marocaine garantit à tout citoyen la liberté d'exercer ses convictions religieuses.


Brahim Habriche
www.lavieeco.com

2010-03-08

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