La Vie éco Carrières
Comment faire de la sanction un outil de gestion efficace
Donner des sanctions au moindre écart peut inhiber l’esprit d’initiative.
Avant de sanctionner, il est nécessaire de bien analyser les causes de la faute.
Une punition motivée et équilibrée rappelle le fautif au respect des règles et fait un exemple.

Incompétence, fautes répétitives, faible rendement, fraude,
retards fréquents ou tout simplement insubordination...Toutes les entreprises
ont été, au moins une fois, confrontées à l’un
de ces maux. Et quand il s’agit d’y remédier, on ne voit que
la sanction. Faut-il recourir systématiquement à cette solution
? Ne doit-on pas plutôt privilégier la prévention ? Le dilemme
est là. En effet, une sanction dans le cadre professionnel est rarement
acceptée, quelle que soit sa nature ou sa justification. Trop «souple»
par rapport à la faute, elle mène à tous les abus. Trop sévère,
elle empoisonne l’environnement du travail. Elle démotive le fautif
et peut entraîner une réaction virulente des collègues. Il
n’est pas rare de voir des salariés se mettre en grève pour
contester une mise à pied ou un licenciement. Il est donc recommandé
de prendre beaucoup de précautions avant de prononcer des mesures disciplinaires.
Pour qu’elle soit utile et permette que l’erreur ne se reproduise
plus, la décision doit être prise selon un certain nombre de critères.
Les fautes sont parfois la résultante d’une carence managériale
Certes, le code du travail définit clairement tous les faits susceptibles
d’être punis (voir encadré), mais la réalité
est souvent complexe. Et pour que la sanction soit pertinente, les faits reprochés
doivent être replacés dans leur contexte. Une faute n’est pas
toujours intentionnelle. Et le fait de prononcer des mises en garde à tout
va ou de distribuer des avertissements au premier écart peut contribuer
à brider les initiatives. D’ailleurs, n’est-il pas contre-nature
pour un manager de casser les membres de sa propre équipe. Bref, il est
utile de comprendre avant de sévir.
«Quand les erreurs émanent d’une poignée de personnes,
les solutions peuvent être apportées. On sensibilise, on informe
et rappelle à l’ordre», souligne
Essaïd Bellal, administrateur directeur général de Diorh (cabinet
de conseil en ressources humaines). «Mais quand cela touche l’ensemble
du personnel ? Il faut alors se poser des questions sur l’organisation de
l’entreprise et son management» , précise-t-il. En somme, on
ne doit pas tout imputer aux collaborateurs. Le plus dangereux pour un manager
est de profiter d’une situation donnée pour prendre des mesures répressives
à l’encontre d’une personne pour des raisons d’incompatibilité
d’humeur et non pour sanctionner la faute en elle-même. Dans ce cas,
on aboutit forcément à un résultat contraire à celui
espéré. «Le plus souvent, les sanctions n’engendrent
que des conflits répétitifs» , note Abdelwahab Kadiry, DGd’une
agence de communication. A son avis, «il ne faut pas hésiter à
mettre carte sur table pour identifier les problèmes quand ça ne
va pas». Même son de cloche chez Khalid Oudghiri, DRH de Shell, qui
estime que «la sanction ne peut être prononcée que si toutes
les solutions comme la sensibilisation, l’information et la communication
sont sans effets».
L’absence de réaction assimilée à de la faiblesse
Il s’agit ici de privilégier d’abord la prévention.
A ce titre, il faut un règlement intérieur clair. Parfois, outre
les contraintes purement professionnelles, beaucoup d’entreprises établissent
des codes de déontologie régissant les comportements individuels
et les rapports entre personnes.
Il n’est cependant pas dit que la sanction est inutile. Il faut punir quand
les faits l’imposent. «Ne pas sanctionner peut être fatal à
l’entreprise», fait remarquer Essaïd Bellal. Tout simplement
parce que certains peuvent interpréter le manque de réactions comme
de la faiblesse. Il y a cependant des précautions à respecter, notamment
«prendre le temps d’écouter et d’expliquer les motifs
avant de prononcer la sanction», rappelle M. Bellal, et s’assurer
que la sanction est proportionnelle à la faute. En un mot pour qu’elle
soit efficace, il faut que la punition soit justifiée, équilibrée
et que la même procédure soit appliquée pour tous.
B.H.
www.lavieeco.com
2003-06-12
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