Fake-news
14 septembre 2018
Nabila Fathi (33 articles)
Partager

Fake-news

Twitter, Facebook, WhatsApp… Ce qui se passe sur les réseaux sociaux au Maroc est un phénomène récent, qui prend tout le monde de court , et mérite une profonde réflexion.

Le sensationnalisme s’est emparé du fil d’actualité du Marocain avec, en fond de toile, des fake-news qui se propagent à la vitesse de la lumière. Les partages se font en masse, peu importe que l’information soit vraie ou fausse. Il faut être le premier à la partager dans son cercle d’amis, de connaissances. Dès lors que l’information semble crédible, il faut être dans le coup, comme le résume un fin connaisseur du monde des médias digitaux. Et c’est exactement cette mécanique qui donne tout leur pouvoir aux fake-news. Toucher cette corde sensible, c’est être sûr d’être suivi. Et généralement, c’est sur Twitter que la fake-news est lancée et commentée par des initiés avant d’atterrir sur Facebook, qui se l’approprie et l’adapte à son audience, et finit sur WhatsApp qui se veut encore plus grand public.

Mais qu’est-ce qui fait qu’une information devienne virale sur les médias sociaux ? Comme pour les médias classiques, la fake-news doit être porteuse d’une information inédite, quelle mérite d’être lue et qu’elle soit cernée dans la forme. C’est le cas du mot «baghrir» qui a alimenté le débat sur la darija. L’habillage a été maîtrisé et le sujet bien «markété». Si le message avait été intellectualisé, il n’aurait aucune chance de faire le buzz. Pas autant, en tout cas.

Face à cette maîtrise parfaite de la fake-news et de son modus operandi, on ne peut que se demander s’il n’y a pas des professionnels qui tirent les ficelles. Des groupes qui ont une parfaite connaissance de l’outil des réseaux sociaux, de comment créer le buzz et, au besoin, jeter de l’huile pour attiser la flamme. De parfaits connaisseurs de la cible.

Si la polémique sur la darija est jugée sans importance par les experts, comparativement par exemple à la campagne de boycott, c’est la mécanique qui entretient les deux événements qui interpelle, de même que les moyens mis en œuvre pour orienter le débat sur les réseaux sociaux. Et quand bien même certains contenus de base auraient été créés spontanément, la puissance de leur médiatisation et de leur mise en scène n’aurait pu émaner que d’une partie organisée, ayant des objectifs précis. Tous les experts le disent.

Le débat sur le bien-fondé ou non de légiférer en cas de fake-news est lancé sous d’autres cieux. Certains sont pour une pénalisation de la propagation de fausses informations, tandis que d’autres considèrent le phénomène sous le prisme de la liberté d’expression. Au vu de ce qui se passe au Maroc, gageons que ce débat ne tardera pas à alimenter nos discussions et surtout nos fils d’actualité.