Délit de lèse-grammaire
21 décembre 2009
Et-Tayeb Houdaifa (80 articles)
Partager

Délit de lèse-grammaire

Dans sa livraison du dimanche 6 décembre, «Le Monde» daube des personnages publics sur leur manie de faire l’économie de l’accord en genre du participe passé. Exemple : «La secrétaire s’est épris de son patron», alors qu’on attend «La secrétaire s’est éprise de son patron».

Dans sa livraison du dimanche 6 décembre, «Le Monde» daube des personnages publics sur leur manie de faire l’économie de l’accord en genre du participe passé. Exemple : «La secrétaire s’est épris de son patron», alors qu’on attend «La secrétaire s’est éprise de son patron». Pareille désinvolture méritait d’être sermonnée, car, convenons-en, à quoi serviraient les règles grammaticales si elles n’étaient pas appliquées ? Seulement, à la page 10 du supplément «Télévisions», qui accompagne le même numéro, on tombe médusé sur cette hénaurme entorse à la langue :
«Trois acteurs d’une grande justesse pour un huis clos intriguant», dans le sous-titre, puis, «Philippe Venault oriente peu à peu sa fiction vers un huis clos intriguant», dans le corps de l’article. Ainsi notre excellent confrère, si donneur de leçons grammaticales, confondrait-il l’adjectif verbal, «intrigant», et le participe présent, «intriguant». Hubert Beuve-Méry, son fondateur, réputé pour sa sévérité envers toute intrigue contre la langue, aurait aussitôt renvoyé les fautifs à leurs études. Cet écart de conduite grammaticale flagrant est d’autant plus intrigant que le quotidien hexagonal ne dispose pas de quelques correcteurs, mais possède une véritable maison de correction, peuplée, au bas mot, d’une vingtaine de renifleurs d’outrages à la langue. Auraient-ils, par ces temps grippaux, le nez bouché ?