10 décembre 2004
Saad Benmansour (1059 articles)
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Voyage en Inde: Jettou ne revient pas les mains vides

Immobilier, médicament, industrie, les créneaux d’affaires entre les deux pays ne manquent pas.
L’offre adressée à l’Inde en matière de technologie pourrait donner lieu à des délocalisations au Maroc, du fait de sa proximité avec l’Europe.

Detout temps, l’Inde a été connue pour la sensation de dépaysement que ce pays procure à ses visiteurs. Mais si cela reste plus valable pour les Occidentaux, le visiteur marocain, lui, n’est pas aussi dépaysé que cela tant les ressemblances entre le Maroc et l’Inde sont frappantes.
Certes, la capitale, New Delhi, sise dans le nord du pays au pied de la chaîne de l’Hymalaya, compte environ 15 millions d’habitants, soit presque 4 fois la population casablancaise. Mais dès le premier contact avec cette mégalopole, un Marocain ne peut qu’être frappé par les similitudes avec Casablanca. Voirie dans un état pas toujours au point, mobilier urbain parfois dégradé, circulation anarchique, festival de klaxons (à la marocaine !), autobus bringuebalants.
Et au fil des entretiens avec les Indiens, qu’ils soient officiels, hommes d’affaires ou société civile, on se rend compte que cette première impression, de ressemblance, n’est pas fausse.
Le premier ministre, Driss Jettou, le confirmera lui-même, au terme de deux jours d’entretiens avec les plus hauts responsables du pays. «Les problèmes du Maroc et de l’Inde sont similaires à une seule différence près : la taille», précise-t-il.
Normal, puisque l’Inde compte, selon les chiffres officiels du dernier recensement de 2002, 1,05 milliard d’habitants.

Ona Immobilier et Oberoï réactivent leur joint-venture
Mais pour M. Jettou, indépendamment de l’élément taille, la nature des problèmes reste la même : exode rural, bidonvilles, santé, accessibilité aux services de base, enseignement. Face à ces mêmes problèmes, le Maroc et l’Inde ont, chacun de son côté, développé des solutions et l’idéal pour Driss Jettou serait que «les deux pays puissent partager leurs expériences réussies respectives».
La visite de la délégation marocaine en Inde aura été donc la première étape effective de ce partage d’expériences et de coopération. Pour commencer, les hommes d’affaires marocains ont ainsi pu tenir la 3e session du Conseil d’affaires maroco-indien sous la présidence de Mourad Chérif. De cette rencontre avec le patronat indien, la Confederation of Indian industry (CII), certains chefs d’entreprises marocains sont sortis avec des intentions, des échanges de cartes mais aussi avec du concret. C’est le cas par exemple d’ONA immobilier qui relancera en 2005 sa joint-venture avec le groupe Oberoï dont le programme d’investissement au Maroc porte sur près d’un milliard de dirhams. Le groupe avait mis son projet en stand-by au lendemain du 11 septembre. Jamal Agueznaï, DG d’ONAPAR, confirme que les négociations avec Oberoï seront réactivées en 2005.
Le PDG de Comanav, Taoufiq Ibrahimi, était, lui, dès le lendemain de la rencontre, sur le terrain, puisqu’il devait se rendre, le mercredi 8 décembre, au port de Bombay dans le cadre de l’étude de la possibilité d’une liaison maritime entre Casablanca et Bombay.

Le souhait de Jettou ? Attirer les génériqueurs indiens
Les membres du gouvernement, pour leur part, n’ont pas chômé durant ces deux jours. Ainsi en plus des entrevues de Driss Jettou avec son homologue indien, les autres ministres ont pu conclure des accords ou du moins lancer des idées de coopération très concrètes.
Objectif ? «Profiter du savoir-faire indien et inciter les entreprises indiennes à venir s’associer, investir au Maroc», explique M. Jettou. Et il est incontestable que le Maroc a beaucoup à apprendre de l’Inde dans plusieurs domaines. Mais pour ne pas se disperser, le premier ministre et son équipe ont préféré axer leurs efforts sur quelques secteurs- clés, pour commencer. Parmi eux, les technologies de l’information (TI), la filière amont du textile (filature, tissage), l’industrie pharmaceutique (surtout à la veille de l’instauration de l’AMO au Maroc), la fabrication de machines agricoles et d’équipements et, enfin, la fabrication mécanique. Ainsi pour les TI, l’expérience indienne est aujourd’hui reconnue à l’échelle mondiale. Mais comment le Maroc pourrait en tirer le meilleur profit ? Comme l’explique Rachid Talbi Alami, ministre des Affaires économiques et générales, «le savoir-faire des Indiens en matière de développement de logiciels pourrait être utilisé au Maroc pour le marché européen». En effet, aujourd’hui, les entreprises indiennes de TI qui travaillent ou veulent travailler avec l’Europe peuvent être handicapées par la langue et le décalage horaire «En venant s’installer au Maroc, elles travailleront presque en temps réel avec leurs clients». Mais il n’y a pas que le software. Driss Jettou évoque le programme d’équipement des écoles marocaines en salles multimédia et qui pourrait constituer une opportunité pour les constructeurs indiens.
Pour l’industrie pharmaceutique, autre exemple, le premier ministre espère pouvoir attirer les génériqueurs indiens, reconnus mondialement, «surtout que nous sommes à la veille de la mise en place de l’AMO, et que nous aurons besoin de fournir des médicaments aux Marocains au moindre prix».
Mais à côté de ces secteurs où l’on savait la force de l’Inde, de nouvelles idées originales et inattendues ont fait leur apparition. C’est le cas du tourisme. Selon le gouvernement indien, 100 000 touristes originaires de ce pays vont passer leurs vacances à l’étranger chaque année. Un réservoir que pourrait exploiter le Maroc à condition de savoir attirer ces touristes indiens. Voilà qui fera plaisir à Adil Douiri, qui ne faisait pas partie du voyage .

100 000 Indiens passent chaque année leurs vacances à l’étranger, un marché potentiel à prospecter.