BTP : BMCE Capital prône la prudence
24 mai 2018
Loubna Chihab (248 articles)
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BTP : BMCE Capital prône la prudence

La banque d’affaires conseille aux investisseurs d’alléger leurs portefeuilles des titres de Ciments du Maroc et LafargeHolcim et de conserver les actions de Sonasid. Les sidérurgistes devraient s’employer à faire en sorte que les mesures de sauvegarde soient reconduites après 2018.

Dans leur dernier Stock Guide, les analystes de BMCE Capital ont émis leurs recommandations de trois valeurs du secteur BTP, à savoir Ciments du Maroc, LafargeHolcim et Sonasid.

La société de bourse conseille d’alléger le titre du groupe Ciments du Maroc dans les portefeuilles, qu’elle valorise à 1 756,10 DH, soit le même cours observé à la clôture de la séance du 11 mai. En 2018, le groupe table sur une demande en ciment en quasi-stagnation, voire en légère baisse comparativement à l’exercice précédent, et ce, en raison des fortes pluies enregistrées en début d’année. Dans ce contexte et malgré la recrudescence de la concurrence dans sa région de prédilection, le groupe devrait capitaliser sur le positionnement de son usine à Aït Baha d’une capacité de 2,2 millions de tonnes, du potentiel de l’activité à l’export (dont le poids dans les revenus devrait dépasser les 30% à court terme) ainsi que de ses efforts d’amélioration de l’efficience de sa production. A moyen terme, Ciments du Maroc ambitionne d’élargir sa présence dans le Royaume, notamment via son projet de broyeur à Nador de 800 000 t, dont l’état d’avancement est satisfaisant.

Sur le plan international, le groupe semblerait porter un intérêt aux marchés mauritanien et gambien pour le lancement de broyeurs. A défaut de la réalisation des opérations stratégiques annoncées, il serait vraisemblable qu’il procède à des remontées de dividendes importantes. Par ailleurs, il faut noter qu’à ce jour, le groupe marocain serait en lice pour jouer le rôle de hub continental de Heidelberggement AG. Un rôle qui devrait lui permettre de tirer profit d’une demande croissante en Afrique subsaharienne. En dépit de ces éléments globalement positifs, la recommandation d’alléger le titre est basée sur la morosité du secteur immobilier ainsi que des niveaux de valorisation élevés. La même recommandation est formulée pour les titres du leader national LafargeHolcim Maroc. Le cours du titre devrait s’établir à 1 894,50 DH, soit un potentiel de baisse de 5% par rapport au cours du 11/05.

Valorisation du savoir-faire de l’industrie nationale

Au cours de 2018, le groupe anticipe une demande nationale en ciment stable par rapport à 2017. Dans ce contexte, il devrait poursuivre sa stratégie de différenciation et d’innovation afin de mieux satisfaire les besoins de ses clients tout en accélérant son développement dans les provinces du Sud. En effet, LHM a poursuivi en 2017 sa stratégie de développement dans les provinces du Sud avec l’entrée en production de sa station de broyage à Laâyoune (d’une capacité de 200 000 t) ainsi que le lancement de la commande de la ligne de clincker pour sa nouvelle cimenterie du Souss, devant être opérationnelle à l’horizon 2020. En parallèle, le groupe devrait renforcer sa présence sur les grands chantiers d’infrastructures, notamment celui du port Nador West Med et de la trémie de Casablanca. Pour sa stratégie de développement en Afrique, l’opérateur devrait continuer son activité export de clinker via sa société sœur LHM Afrique. Toutefois et après plus d’une année post- fusion absorption de Holcim par Lafarge Ciment, le nouveau mastodonte ne semble pas encore cueillir les fruits des synergies tant attendues, notamment en termes de redimensionnement de l’outil industriel.

Enfin, les analystes conseillent de conserver les actions de Sonasid qu’ils valorisent à 715,40 DH le titre, ce qui représente un potentiel de hausse de 13,9% par rapport au cours de référence. Opérant dans une conjoncture sur-capacitaire et fortement concurrentielle tant à l’échelle nationale qu’internationale, le groupe semble manquer de réactivité stratégique pour contrer la concurrence locale qui présente actuellement des signes d’essoufflement sur le plan financier. A l’international, le risque de la baisse des prix suite à la montée du protectionnisme américain pourrait induire un déversement d’importantes capacités, notamment en provenance d’Europe et de Chine sur le marché local, impactant négativement les marges de l’opérateur. Sur le plan réglementaire et face à ce contexte, le secteur sidérurgique marocain gagnerait à valoriser le savoir-faire de l’industrie nationale en adoptant des actions normatives et tarifaires, à l’image des pratiques mondiales, et ce, en raison des dysfonctionnements que connaît le secteur. Les industriels devraient également batailler pour la reconduction des mesures de sauvegarde post-2018 pour la pérennité de la sidérurgie marocaine. En dépit de cette conjoncture difficile, Sonasid entend poursuivre sa stratégie visant à consolider son leadership via, notamment, le développement de son dispositif de distribution nationale et internationale, l’amélioration de son offre de produits et services ainsi que la rationalisation de ses coûts de production.